De l'art de savoir mourir à Hollywood

Chroniques
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26.09.2017
Il est implicite, au vu du titre de cet article, que nous allons évoquer la mort de personnages principaux dans plusieurs films donc l'alerte spoiler est déclenchée. Je répète, ceci n'est pas un exercice, l'alerte spoiler est déclenchée.

new york avenger

Dis Hollywood, pourquoi tu ne sais plus faire mourir tes personnages ?

Si vous avez grandi dans les années 80 et 90, alors vous avez dû remarquer une petite tendance assez néfaste des blockbusters actuels, c'est leur incapacité presque totale à bien faire mourir un des personnages principaux à l'écran.

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En effet, on pourrait penser que c'est facile, il suffit de prendre un personnage, de lui donner suffisamment de temps de présence à l'écran pour qu'on s'attache à lui et on le fait mourir au cours du film, de préférence au milieu ou bien dans le dernier tiers, le tout avec des violons et des larmes du héros à l'écran. Oui, ça, c'est la théorie. Elle vaut ce qu'elle vaut, elle est clichée à mort mais bien fait, cet effet simple peut avoir un impact sur votre film et le faire se distinguer du tout venant.

Car qu'est-ce qu'il se passe aujourd'hui ?

Aujourd'hui, dans les gros blockbusters modernes, le figurant meurt par parquet de 200 dans des plans larges truffés de CGI (effets spéciaux numériques). Ledit plan dure à peine plus de 10 secondes, au mieux, et on assiste donc, indifférent, à la «mort» de personnages que l'on ne connaît pas et qui ne servent qu'à illustrer la destruction d'un lieu ou d'un engin (exemple dans «Independance Day : Resurgence», les films Marvel et DC et bien d'autres).

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Quand on connaît le personnage, c'est parfois pire. Prenons le cas de Mary-Jane dans «Amazing Spider-Man 2». Faire mourir ce perso était un choix osé du studio mais voilà, histoire de bien préparer le public, de moins en moins dupe des ficelles scénaristiques, on lui fait prononcer à un moment du film des lignes de dialogues qui nous font penser que son sort est scellé longtemps avant la scène de sa mort. Du coup, quand elle arrive, on est ni étonné et encore moins ému !


Mary-Jane Amazing Spider-Man 2

Autre exemple de mort de personnage totalement foirée, celle de la mère de Thor dans «Thor 2». En dépit du fait que ce soit René Russo qu'il l'incarne, la mort de ce personnage est tellement mal amenée et tellement bâclée dans son exécution (tu l'as le jeu de mots !) que ça ne procure aucune émotion, surtout que la musique purement illustrative de l'ensemble n'aide pas. Marvel qui, d'ailleurs, tue le suspense avant même la sortie des films en annonçant son calendrier (DC a fait la même, en tuant Superman dans «Batman v Superman» tout en ayant annoncé des mois avant la sortie de «Man of Steel 2»).


batman vs superman death

Enfin, Hollywood a inventé un autre truc exaspérent, c'est le personnage-qui-meurt-mais-comme-tu-l'as-pas-vu-mourir-à-l'écran-en-fait-il-est-pas-mort-du-tout. On retrouve la trace de ce perso avant les années 2000 (par exemple, le nanar volant «Aigle de Fer» en 1986) et son héritage semble provenir des séries TV qui usent et abusent de ce motif mais c'est un véritable piège narratif. Encore une fois, le spectateur étant de plus en plus rodé et informé, cet effet ne marche plus du tout et paraît même obsolète. Il demeure pourtant largement utilisé et fait perdre le fil du spectateur, qui attend désormais chaque «résurrection» sans trop s'occuper de ce qui se déroule devant ses yeux ?

Alors qu'est-ce qui marchait dans les années 90 ?

Il semblerait que les studios lissent ce genre d'effets pour se prémunir des tsunamis de spectateurs sur les réseaux sociaux du style «je déteste tel film car mon perso préféré meurt dedans» et autres lamentations inutiles. Que l'on s'attache à un personnage, c'est normal et certains personnages secondaires sont aussi là pour ça (même si, là encore, les persos secondaires attachants deviennent rares) et le fait de provoquer une émotion fait partie de la richesse d'un film. Ce n'était sans doute pas plus accepté par les spectateurs avant mais les réactions étaient moins directes. Il y avait donc à la fois un savoir-faire de la part des créatifs mais aussi un savoir-vivre des spectateurs.

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Quand on repense aux années 80 et 90, on a encore tous en mémoire la mort de Goose dans «Top Gun» ou bien du cheval d'Atreyu dans «L'histoire sans fin» voire de Mufasa dans «Le Roi Lion» et bien d'autres encore. Mais aujourd'hui, quelle mort de personnage vous a vraiment surpris voire même beaucoup ému ?





À titre personnel, je dirais que la dernière fois que la mort d'un personnage m'a vraiment surpris, c'est celle de Han Solo dans «Star Wars VII» (oui, je suis un peu naïf) mais pour celle qui m'a vraiment ému, il faut remonter à 2012 avec la mort des équipiers de The Rock dans «Fast & Furious 5» (parce qu'ils avaient été bien présenté, qu'on les voyait évolué en équipe et qu'ils meurent au cours d'une lâche embuscade).



texte : Loïck Guérel

rédaction Cinktank