"DUNKERQUE" où comment Christopher Nolan oppose la "chair" et le "fer"

Chroniques
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20.07.2017
Pour appuyer son propos, celui-ci ne cesse d'opposer "mécanique" et "chair" avant de les faire fusionner dans le montage d'une séquence faisant prendre toute l'ampleur de sa vision et au travers des deux derniers plans du film au fort symbolisme.

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Attention cet article contient des spoilers.

Alors que "Dunkirk" vient de sortir sur nos écrans, au-delà des qualités et des défauts du film, un aspect de sa réalisation nous a semblé mériter une analyse à part entière.

Le film, qui narre le sauvetage de plus 400 000 hommes des cotes françaises au début de la seconde guerre mondiale, se concentre sur un moment d'histoire fondamentale dans la suite du conflit. Les historiens sont aujourd'hui en grande partie d'accord : sans la réussite de l'évacuation de ces hommes, La bataille d'Angleterre qui fit suite et le visage tout entier de la seconde guerre mondiale auraient été différents.

Pourtant, à l'époque, bien que plus de 300 000 hommes furent sauvés, le gouvernement et Churchill auraient accepté un chiffre de 30 000. Ils pensaient que l'opération d'évacuation ne pourrait s'effectuer que sur un jour, compte tenu de l'avancée des troupes allemandes. Devant le peu de profondeur des eaux et le manque de ponts d'amarrage, les destroyers étaient bloqués au large et pris systématiquement pour cible par les U-boot et la Luftwaffe. Les soldats, bloqués sur les plages de Dunkerque, durent leur salut en grande partie à l'arrivée des "petits navires" bateaux de pêche et bateaux de plaisance privés, manœuvrés par des civils anglais.

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Le gouvernement n'a pas envoyé tout son arsenal militaire à disposition pour sauver ses hommes, pensant qu'il serait trop exposé aux feux ennemis et que sans cet arsenal la guerre serait perdue.

L'objectif affiché de Nolan est de replacer l'individu au centre de l'histoire, d'explorer à travers son film l'idée que c'est l'humain qui a gagné la guerre.

Pour appuyer son propos, celui-ci ne cesse d'opposer "mécanique" et "chair" avant de les faire fusionner dans le montage d'une séquence faisant prendre toute l'ampleur de sa vision et au travers des deux derniers plans du film au fort symbolisme.

Le réalisateur éclate sa narration, notamment à travers 3 temporalités (celles-ci sont tributaires des moyens de transport utilisés par les protagonistes, rallongeant ou raccourcissant les distances et le temps), comme pour mieux déconstruire le processus d'évacuation des hommes à l'image d'un problème complexe que l'on veut résoudre. Nolan, comme nous le démontre sa filmographie est un méticuleux à l'esprit scientifique, mais c'est aussi un rêveur et un artiste. Derrière cette froide mécanique se cache une volonté de ramener à hauteur d'hommes des événements qui accouchèrent de "l'esprit de Dunkerque" prompt à motiver la population anglaise devant les épreuves terribles qui suivirent. Nolan remonte cette mécanique infernale pièce par pièce, où toutes les composantes matérielles fusionnent en un tout menaçant. Les temporalités se rejoignent en un moment précis durant lequel les hommes se battent contre l'océan transformé en étendue de feu par le carburant des bateaux et qui s'enflamme après la chute d'un avion qui sert d'étincelle. Les monstres d'acier coulent à pic, seul subsistent les petites embarcations, cibles secondaires des avions Allemands.

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Nolan transforme en tombeau, quasiment chaque machine dans laquelle un humain se trouve, excepté dans les bateaux en bois. Les navires de guerres ne peuvent se rapprocher des côtes ou bien sont systématiquement coulés, les avions sont abattus ou en panne d'essence, les véhiculent amputés de leur fonction, devenant de simples outils pour créer une berge artificielle. Les bruits des moteurs son noyés par la musique et les tic-tac incessants, comme pour annoncer leur fin programmée.

Malgré son apparente froideur, "Dunkerque" révèle une humanité inattendue, exprimée par le montage et par le choix d'opposer "la ferraille" à "l'individu", bien plus que par les mots et les dialogues (il y en a peu). Ses personnages n'ont pas de passé et agissent à un instant précis pour sauver leurs vies, mais le réalisateur leur offre la possibilité de se créer un futur, d'expier des actes qu'ils auraient jugé immoraux, de prendre leur revanche, ou d'explorer leur part d'héroïsme, qui s'est révélée durant l'évacuation.


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Les deux derniers plans sont en cela fort de symbolisme. L'avant-dernier est celui d'un avion anglais, en feu sur une plage française. Il n'est plus utile n'ayant désormais ni d'essence, ni de balles, le pilote préfère le brûler plutôt que de le laisser tomber entre les mains ennemies. Ce n'est qu'un "outil". Il est immédiatement suivit par le plan du jeune soldat avec qui l'histoire a commencé. De retour en Angleterre, ne sachant quoi penser de l'épreuve qu'il vient de vivre, il doit attendre la vision de l'opinion publique, au travers de la presse, pour prendre conscience de la valeur (symbolique) de son évacuation et de sa place (physique) dans les combats qui s'annoncent.



Rédaction Cinktank