Et l'Oscar du meilleur film n'est pas attribué à... «2001, l'Odyssée de l'Espace» (1968) de Stanley Kubrick

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20.11.2017
Car oui, «2001,....» n'a pas été un grand succès auprès de la critique et encore auprès d'une large partie de la profession.

Film préféré de Christopher Nolan ou de Tom Hanks, considéré par certains spécialistes ou certains cinéastes comme le film de SF définitif et insurpassable, véritable inspiration aux répercussions innombrables dans la pop culture (David Bowie, références au monolithe noir, look de l'IPad) et bien sûr, chef d'oeuvre du cinéma accompagné d'une multitude d'innovations techniques et d'une reconstitution minutieuse d'un voyage spatial, nous voilà donc face à un mythe absolu du cinéma, un de ses films qu'il faut avoir vu pour se comprendre et grandir.


2001 : L'ODYSSÉE DE L'ESPACE

Le genre de la SF n'a pas toujours été un genre noble du cinéma et le film arrivait après la vague des films 50's mettant généralement aux prises les humains face à une menace extra-terrestre, le tout à travers un affrontement plus orienté vers le divertissement plutôt que vers la réflexion. En adaptant le roman de Arthur C. Clarke, le cinéaste sait qu'il tient un sujet propre à changer la face du genre et aussi un peu le devenir de l'homme.

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Point d'interrogation métaphysique majuscule, le cinéaste américain, exilé en Angleterre depuis la sortie mouvementée de son «Lolita», se décide donc à interroger la nature humaine à travers une histoire en quatre actes aux interprétations multiples, développant son propos à travers des plans hypnotiques rythmés par les compositions de Strauss, Ligeti et Khachaturyan. Le sens du film demeure volontairement cryptique et c'est sans doute ce qui joua contre lui au final pour truster les récompenses.



Par ailleurs, si Stanley Kubrick sera bien nommé pour l'Oscar du meilleur réalisateur, le film ne sera pas nommé pour l'Oscar du meilleur film (il sera par contre nommé pour l'Oscar de la meilleure adaptation, des meilleurs effets visuels et celui des meilleurs décors). Cela peut déjà venir du fait que le film n'a pas un propos politique bien affirmé, ce qui est quand même la norme pour postuler à une nomination aux Oscars, surtout à la fin des années 60.

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Pourtant, la concurrence n'a pas semblé privilégier l'aspect progressiste cette année-là puisque les 5 films nommés étaient «Oliver» de Carol Reed (le vainqueur de la statuette), adaptation d'«Oliver Twist» de Dickens, «Funny girl» de l'habitué William Wyler, «Le lion en hiver» d'Anthony Harvey, «Rachel, Rachel» de Paul Newman et une version de «Roméo et Juliette» de Franco Zefirelli (par ailleurs totalement fan du film de Kubrick). Il y avait donc largement la place pour ce film peut-on penser. Oui, mais voilà, pour être en lice, encore faut-il plaire aux votants.


2001 : L'ODYSSÉE DE L'ESPACE

2001 : L'ODYSSÉE DE L'ESPACE

Car oui, «2001,....» n'a pas été un grand succès auprès de la critique et encore auprès d'une large partie de la profession. La grande Pauline Kael, référence de la critique US pour les Européens, n'a pas vraiment été enchantée par le film qu'elle a trouvé incroyablement peu imaginatif. Par ailleurs, Variety, le New York Times et plusieurs autres journaux influents n'ont pas aimé le film. À noter que d'autres critiques, comme Roger Ebert ainsi que le Los Angeles Times ou le Boston Globe ont loué le caractère visionnaire du film dès sa sortie. Le hic, c'est que le film a aussi pâti d'une première présentation face à la presse mal maîtrisée par le studio.

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Le 1er montage du film durait en effet 2h41 (contre 2h22 dans sa version définitive) et que le film a été présenté à la presse contre l'avis de son réalisateur. Les mauvaises critiques viennent en partie de là, trouvant le film long, ennuyeux et trop peu divertissant. Lors de la première du film, plus de 240 personnes quittèrent la salle, dont l'acteur Rock Hudson et sans doute beaucoup d'autres stars, ne comprenant pas ce que l'on voulait leur raconter. Sans doute pas assez accessible pour la plupart des gens, il se détourna d'une partie de la masse des votants (il sera par contre sacré meilleur film de l'année aux DGA Awards par exemple, récompense accordé par le syndicat des réalisateurs et qui comptabilisent les votes des réalisateurs et des assistants réalisateurs).


2001 : L'ODYSSÉE DE L'ESPACE

Il faut dire que le film est bien entendu assez peu dogmatique dans son propos, cherchant plutôt à nous parler de l'Homme, de poser beaucoup de questions et d'apporter peu de réponses. Et puis d'un autre côté, il y a aussi la personnalité sulfureuse de Kubrick exilé donc, frappé par le scandale de la sortie de Lolita, new-yorkais littéraire loin des paillettes d'Hollywood et qui ne sera jamais complètement en phase avec la philosophie du milieu.

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En dépit de ses 4 nominations pour l'Oscar du meilleur réalisateur, Kubrick ne remportera jamais la statuette dorée, si ce n'est cette année-là en tant que responsable des effets spéciaux. Bien que le réalisateur a supervisé en grande partie ses derniers, une large partie de la profession s'éleva contre la décision de le nommé comme seul responsable de ces derniers. Ceci entraînera une modification du mode de nomination pour cette catégorie. Ce n'est sans doute le grand changement qu'espéré Kubrick par rapport à son film mais il pourra toujours se consoler en se disant qu'il continue encore de passionner les foules et de nous pousser à une réflexion toujours plus profonde sur cette grande question qui nous taraude : qui sommes-nous ?


2001 : L'ODYSSÉE DE L'ESPACE

texte : Loïck Guérel

rédaction Cinktank