Hawks, Walsh, Wise, Fleischer : ils ont tout essayé !

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05.01.2018
Ainsi, la plupart des réalisateurs devaient maîtriser plusieurs genres. Mais il en est certains qui auront naviguer d'un genre à l'autre avec beaucoup de facilités, signant des films mémorables dans la plupart d'entre eux.

le jour où la terre s'arrêta

Dans le Hollywood de l'âge d'or, les réalisateurs étaient souvent considérés comme des techniciens plutôt serviles, aptes à tourner les scènes dans les temps impartis, en maîtrisant leurs stars tout en produisant des produits capables de satisfaire un très large public, en se conformant à la vision d'un producteur. Ainsi, la plupart des réalisateurs devaient maîtriser plusieurs genres. Mais il en est certains qui auront naviguer d'un genre à l'autre avec beaucoup de facilités, signant des films mémorables dans la plupart d'entre eux. Et à l'occasion de la ressortie du classique «Le jour où la Terre s'arrêta» de Robert Wise, nous vous proposons le portrait rapide de quatre de ces fameux routiers des genres, qui auront testé à peu près chacun des principaux genres en vogue à Hollywood des années 20 aux années 80.

On commence donc par le plus célèbre des quatre, à savoir le grand Howard Winchester Hawks. Au-delà du fait d'avoir un 2ème prénom qui s'avère être l'un des plus cools du monde, le brave Howard restera célèbre pour avoir tâté de tous les genres, signant au moins un chef d'oeuvre dans chacun d'entre eux.


Howard Winchester Hawks

Ancien assistant réalisateur, monteur et scénariste au début des années 20, il devient réalisateur en 1926 avec le drame «L'ombre qui descend». Il signera ensuite quelques comédies muettes avant de signer son 1er parlant en 1928 avec «Les rois de l'air». Il signera ensuite son 1er film policier en 1930 avec «L'affaire Manderson» puis ce sera son 1er film de guerre avec «La patrouille de l'aube».

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Son 1er chef d'oeuvre intemporel sera dans le genre criminel avec «Scarface», le film original duquel s'inspireront Oliver Stone et Brian DePalma pour le remake de 1982 (DePalma lui dédiera d'ailleurs sa version, assez différente et personnelle mais qui en reprendra certains motifs).


«Scarface»

Hawks signera ensuite un film sur le sport (genre très américain) via «La foule hurle», il enchaînera avec des films dans des genres variés (aventure, comédie romantique, drame, romance) avant de devenir un maître de la screwball comedy avec «L'impossible Monsieur bébé» et «La dame du vendredi», signant entre-temps un autre classique : «Seuls les anges ont des ailes».


Bringing up Baby

Comme la majorité de ses compatriotes, il signera de nombreux films de guerre durant le 2nd conflit mondial («Air force», «Sergeant York») avant de signer son 1er western en 1948 avec «La rivière rouge». Il aura aussi donné de sa personne dans le film noir via «Le port de l'angoisse» et surtout «Le grand sommeil». Il donnera aussi dans le péplum avec «La terre des pharaons», le musical via «Les hommes préfèrent les blondes» (même s'il n'a pas réalisé les scènes de danse), ou encore la SF puisqu'il est le co-réalisateur de «La chose d'un autre monde», signé en partie par son ancien collaborateur Christian Nyby et qui sera refait plus tard par un certain John Carpenter sous le titre de «The thing». Il finira sa carrière en signant 2 westerns, genre auquel il est affilié de manière abusive (il n'a signé que 5 films dans ce genre).



Considéré comme un auteur à part entière par une frange de la critique (comparé à Molière et Murnau dans les pages des cahiers du cinéma), il n'en reste pas moins un réalisateur efficace, doté d'une vraie personnalité, aux thématiques claires, qui aura collaboré avec certaines des plus grandes stars d'Hollywood (Gary Cooper, Cary Grant, Carole Lombard, John Wayne, Kirk Douglas, John Barrymore, Marilyn Monroe, Humphrey Bogart, Robert Mitchum, Lauren Bacall, James Cagney, Katharine Hepburn et bien d'autres) et qui compte au moins 12 chefs d'oeuvres sur presque 50 films !

Décédé le lendemain de la mort de Chaplin, il aura droit à une oraison funèbre dite par son ami John Wayne. Chapeau bas, Winchester !


Raoul Walsh

Un peu moins connu et célébré, le brave Raoul Walsh est pourtant l'un des grands borgnes d'Hollywood (avec John Ford, Fritz Lang et André De Toth, artisan méconnu mais admirable de la série B).

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D'abord acteur et scénariste au début des années 10, il passe réalisateur en 1913 avec le drame d'une bobine «The pseudo prodigual». Il signera son 1er long avec le film fantastique «Peer gynt» en 1915 avant de signer plusieurs petits westerns, films de guerre, drames et autres polars. Après plus d'une soixantaine d'oeuvres, il signera «Le voleur de Bagdad» en 1924, avec Douglas Fairbanks dans le rôle titre. Suivront là encore de nombreuses bobines, dans différents genres (comédie musicale, drames, western) avant de signer un modèle du film de gangsters via «Les fantastiques années 20».


Le voleur de Bagdad

Il commencera une riche collaboration avec Errol Flynn durant la 2nde guerre mondiale («La charge fantastique», «Gentleman Jim», «Aventures en Birmanie», «Saboteur sans gloire»), poursuivant une carrière riche et solide, qui l'amènera à tâter du film d'aventures sur mers («Capitaine sans peur», «Barbe-Noire le pirate»), beaucoup de westerns, des musicals, une épopée biblique et quelques drames. Une carrière hétéroclite qui se divise en plus de 120 longs-métrages, avec des chefs d'oeuvres, des films fauchés et parfois bâclés, des séries B méconnues, des œuvres de commande, bref, un pur artisan hollywoodien.



Formellement, Walsh était un classique, qui tournait vite et bien, préférant une certaine efficacité, et qui avait un credo principal : 15 minutes d'intro pour présenter les personnages et l'intrigue, puis de l'action, de l'action et de l'action. Une certaine idée du cinéma pour celui qui restera comme l'un des 36 fondateurs originaux de l'Académie (celle qui remet les Oscars, récompense pour laquelle il ne sera jamais nommé) et qui aura suivi Pancho Villa durant la révolution mexicaine.


Robert Wise

3ème larron, Robert Wise. Ce dernier souffre à peu près du même syndrome que Richard Fleischer : on a tous vu un de ses films, mais on ne sait jamais qu'il en est l'auteur. Monteur de «Citizen Kane» notamment, Wise passe à la réalisation en 1944 avec «La malédiction des hommes-chats», suite de ce classique du fantastique qu'est «La féline» de Jacques Tourneur. Il signera d'autres films d'horreur comme «Le récupérateur de cadavres» ou bien «La maison du Diable».


La maison du Diable

Il exercera surtout ses talents dans le cadre du film noir comme «Nous avons gagné ce soir», «La ville enchaînée», «Le coup de l'escalier» et quelques autres. Mais en bon routier/artisan, il exercera aussi ses talents dans le péplum («Hélène de Troie»), le western («Ciel rouge», «La loi de la prairie»), le film de guerre («Les rats du désert», «La cannonière du Yang-Tsé»), le musical («West side story», «La mélodie du bonheur»), le drame («Secrets de femmes»), la SF («Le jour où la Terre s'arrêta», «Le mystère Andromède», «Star Trek, le film»), la comédie romantique («Deux sur la balançoire»), le film catastrophe («L'odyssée du Hindenburg»).



Une carrière riche, remplie de films devenus cultes ou très connus, mais sans doute desservis par une réalisation très classique, une absence de thématiques fortes (bon courage pour trouver un lien parmi les œuvres cités là-haut, si ce n'est le fait que ça raconte une histoire avec des êtres humains) et un manque de reconnaissance de la critique. Pourtant, le bonhomme reste le détenteur de 2 Oscars du meilleur réalisateur !


Richard Fleischer

Évoqué plus haut, Richard Fleischer est un autre grand artisan des genres, qui aura presque tout traité. Après quelques courts, il signera le drame «Child of divorce», un de ses films de série B destiné à la 1ère partie de double-programme. Il signera ensuite d'autres séries B, orientées vers le polar avant de signer avec Disney en 1954 l'adaptation de Jules Verne «20 000 lieues sous les mers». Il enchaînera ensuite quelques polars, le western d'aventure «Bandido caballero», le film de guerre «Le temps de la colère», le film d'aventures historique «Les Vikings» puis ce sera à nouveau un film noir («Le génie du mal»).


20 000 lieues sous les mers

Il réalisera aussi un peplum («Barabbas»), un film fantastique familial se déroulant dans le corps humain («Le voyage fantastique»), le film de guerre «Tora ! Tora ! Tora !», la comédie «L'extravagant Dr Dolittle», un biopic sur le «Che !» (avec Omar Sharif dans le rôle titre !), le thriller «Terreur aveugle», le film d'anticipation «Soleil vert», le film d'action «Mister Majestyk», le drame historique «Mandingo» avant de finir sa carrière de manière moins glorieuse avec le musical «Le chanteur de jazz» (remake du classique de 1928), le film d'horreur «Amityville 3» et les nanars d'heroïc fantasy «Conan le destructeur» et «Kalidor, la légende du Talisman».



Un style classique, peu de grandes thématiques (si ce n'est la représentation du Mal sous une forme humaine et presque banale, que l'on retrouve dans de nombreux polars ou sa trilogie autour des faits divers), une capacité à planter un cadre réaliste («Les flics ne dorment pas la nuit») et en commun de tous ses films, une grande capacité à être lisible dans son montage, efficace dans ses intentions et toujours au service du propos. Une carrière malheureusement peu souvent récompensée, en dépit de la réalisation de quelques chefs d'oeuvre et de films parfois puissants.

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Texte : Loïck Guérel

Rédaction Cinktank