La ligne rouge (1998) de Terrence Malick : la guerre et la philo.

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24.07.2017
Du coup, entre ses "Moissons du ciel" avec Richard Gere et "La ligne rouge", le type était devenu une légende, un mythe, si bien que son retour attira la plupart des acteurs hollywoodiens afin d'être de la partie

La ligne rouge

A l'occasion de la sortie de son nouvel opus "Song to song" (tourné il y a déjà plusieurs années, en même temps que son précédent « Knight of cups »), le film de guerre "La ligne rouge" de Terrence Malick est ressorti dans les salles. Et si aujourd'hui le cinéaste tourne de manière plus régulière (et presque de manière compulsive), ce film marquait son retour après 20 ans d'absence !

Du coup, entre ses "Moissons du ciel" avec Richard Gere et "La ligne rouge", le type était devenu une légende, un mythe, si bien que son retour attira la plupart des acteurs hollywoodiens afin d'être de la partie (sauf quelques uns comme Harrison Ford, qui savait très bien qu'il pouvait tourner 6 mois avec lui et finir dans le chutier des rushes et qu'en plus, il ne serait pas payé ses 20 millions de $ habituels).

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la ligne rouge

Il est vrai que pour cet artiste, seul compte le film et peu importe le nom de l'acteur et son éventuel poids au box-office. C'est ainsi que Viggo Mortensen, Mickey Rourke, Martin Sheen (qui jouait pourtant dans son 1er long, « La balade sauvage »), Jason Patric, Gary Oldman, Bill Pullman ou encore Billy Bob Thornton, qui avait enregistré une voix off pour couvrir 3 heures de film, ne seront pas dans le montage final malgré plusieurs semaines de tournage. De même, le jeune espoir Adrian Brody avait invité toute sa famille à l'avant-première pour qu'ils puissent le voir dans son 1er grand rôle, il ne sera présent qu'une poignée de minutes à l'écran, dans un rôle quasi-muet et essentiellement durant le 3ème acte.

Il sera ainsi éclipsé par un acteur encore moins connu à l'époque, Jim Caviezel, qui devient le fil conducteur du récit. Un récit qui s'inscrit dans un genre alors revigoré la même année par "Il faut sauver le soldat Ryan" de Spielberg. Car si Malick signe un film personnel, il respecte le format du genre avec reconstitution pointilleuse, explosions, combats sauvages, des figurants en pagaille et un certain respect des conventions du genre.

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Malick étant un cinéaste cosmique (dans le sens où il filme des histoires qui parlent de l'Homme, de sa place dans l'Univers), il signe un film de guerre qui parle de la Nature, de la condition de l'Homme au milieu de cette dernière, de sa sauvagerie « naturelle ». Désireux de circonvenir à certaines conventions du genre, il ne fait tirer son 1er coup de fusil, mortel, qu'au bout de 45 minutes de film. De même, l'essentiel des scènes spectaculaires constituent le 2ème acte. Cela provoque une rupture certaine au niveau du rythme, mais c'est aussi ce qui lui permet de devenir plus qu'un film de guerre.

Le casting étoilé du film resplendit dans chaque scène, composant des personnages puissants, immédiatement charismatiques et incarnés. Voir défiler un tel nombre de stars impressionnent, surtout que certaines ne sont là que pour quelques minutes, mais le tout forme un film guerrier d'une puissance émotionnelle sans équivalent à l'époque. Alors bien sûr, le genre avait vu quelques grands cinéastes faire évoluer le genre, donner plus d'importance à l'Homme au cœur d'un conflit (Fuller, Fleischer, Milestone, Walsh voire Ford), mais Malick impose un point de vue si personnel, si peu conventionnel, que ça en devient indispensable.

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Bon, en plus de compter plus d'images à tomber par terre qu'il n'y a d'étoiles dans le ciel, de s'avérer d'une richesse philosophique inépuisable, le film nous offre aussi l'une (la ?) plus belle partition de la carrière de Hans Zimmer, qui écrira plus de 4 heures de musique pour le Maître. Le tout forme un spectacle hollywoodien irréel, inédit, insurpassable et qui sera justement récompensé par plusieurs nominations aux Oscars à l'époque (au milieu d'une sélection de très haut niveau) mais il sera injustement battu par un « Shakespeare in love » parfaitement markété par les frères Weinstein.

Alors pour ceux qui ont pu revoir l'un des derniers chefs d'oeuvre du XXème siècle en salles, vous êtes chanceux, pour les autres c'est aussi très bien en DVD!



Loïck Guerel