Le Cinéma et la Réalité Virtuelle : Bienvenue dans le Turfu

Chroniques
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16.12.2016
Allons-nous tout de même continuer d’aller au cinéma et nous sociabiliser afin de garder en nous une part de civilité ? En même temps chez soi y’a pas le connard qui bouffe du popcorn la bouche ouverte ou le gang des filles qui font des commentaires de merde chaque minute…

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Tout comme il y a toujours eu une convergence entre révolution industrielle et moyens de communication, il y a dans les arts audiovisuels une convergence entre la technologie et l’« expérience cinématographique ». L’évolution des caméras a permis de montrer toujours plus choses incroyables aux spectateurs, autant dans le sujet filmé que dans les plans et les scènes, dans le numérique comme la 3D et l’Imax. L’évolution des enceintes a elle facilité une meilleure immersion dans les films au cinéma et à la maison. De même, les avancées technologiques en terme d’écran ont largement contribué à prolonger cette expérience du cinéma chez soi. Internet et les ordinateurs portables ont changé notre consommation de la télévision et des séries et donc intrinsèquement l’écriture même des scénarios (qui doivent s’adapter pour maintenir l’attention d’un spectateur qui n’est plus enfermé dans une salle).

La Réalité

Qui sommes-nous ? Qu’est-ce que la Réalité ? Comment l’être humain a t-il inventé ce concept ? Non je déconne, on ne va pas parler de ça ici.

L'Art Forain

Poussée par l’univers du jeu vidéo, la réalité virtuelle s’avère être un marché très convoité par l’industrie du cinéma. Récemment et à titre d’exemple, Michael Bay a rejoint The Rogue Initiative, un studio de production d’environnements en réalité virtuelle en tant que conseiller stratégique. Leur but étant de proposer leurs services aux productions cinématographique comme aux éditeurs de jeux.
Les débuts de ce genre de technologie se sont toujours faits là où leur prix très élevé pouvait être amorti : les salles de jeux et les parcs d’attraction. C’est de cette manière que les films en 3D à grand spectacle se sont développés. Ceux de 30 ans qui sont allés à Disneyland Paris étant jeunes se souviendront surement de Captain Eo (1986) avec Michael Jackson, réalisé par Francis Ford Coppola sur un scénario de Georges Lucas. Il serait injuste de ne pas citer le tout premier film en relief connu, Bwana Devil, sorti en 1950 aux Etats-Unis. Une histoire de chasse aux lions en noir et blanc mais en 3D stéréoscopique. On voit là encore que l’utilisation de ce procédé, tout comme pour le train de Méliès, correspond à une envie de surprendre le spectateur en lui montrant quelque chose qu’il n’a jamais vu. C’est le principe du Zoo, et c’est aussi pour cela qu’à ses débuts le cinéma était considéré comme un Art Forain. On venait s’immerger, tromper ses sens, vivre une expérience.


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L'Immersion

Le premier sens que l’on a tenté de tromper, c’est notre vue. D’abord avec le sujet montré à l’écran, que ce soit de manière observatrice avec des paysages ou plutôt active (la vue subjective du train qui avance dans le Napoléon d’Abel Gance, 1927). Cette étape passée, ce sera avec les costumes, les maquillages, les effets spéciaux naturels puis numériques et maintenant les images de synthèse (la CGI, comme on dit quand on veut montrer qu’on s’y connait).
Le deuxième sens trompé a été l’ouïe, avec le Dolby Surround et le son en 4 dimensions. La perception du mouvement aussi, avec ces attractions où le siège bouge en suivant ce qu’il se passe sur l’écran (en ces temps anciens où aller au Futuroscope, c’était cool).
Pour l’odorat c’est encore assez compliqué à mettre en place, puisqu’on ne peut pas utiliser les molécules d’odeurs comme des notes de musique. Plusieurs tentatives ont été faites, à partir de 1906 déjà, mais cela se limite à une ou deux odeurs différentes ou bien des cartes à gratter et sentir à certains moments de la projection.
L’apparition des caméras filmant à 360° (merci Google et sa Street View) a contribué à démocratiser cette offre d’immersion, surtout sur internet, car c’est là que les vidéos sont le plus échangées. C’est tout naturellement que ce procédé est devenu un outil de marketing de plus en plus utilisé pour la promotion de films, séries, documentaires ou clips musicaux. On a donc de cette façon pu visiter les décors du Bureau des Légendes (Canal+) et même la Batcave de Bruce Wayne pour le film Batman V Superman (Zack Snyder, 2016).


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L’évolution technologique suit une logique de dématérialisation. Et bientôt les écrans les plus performants seront remplacés par des projections. Les casques Oculus se perfectionnent et seront au fil des ans plus accessibles (pour l'instant le casque Playstation VR est encore plus cher que la console). Ils s’intégreront parfaitement dans notre paysage domotique. D’ailleurs les progrès en terme de projection rétinienne sont à ce point remarquables que bientôt nous n’aurons plus besoin de casque. Et depuis 10 ans maintenant, les poids-lourds du high-tech ne cessent de vouloir proposer une nouvelle expérience audiovisuelle dans les foyers des gens. Face à ce marché très concurrentiel, le cinéma tente tout pour continuer à attirer le public dans les salles. Il y a eu la 3D, puis les salles de cinéma avec canapés et sièges ultra confortables. L’apparition de plus en plus fréquente de séances en 4D (avec son, mouvement et odeurs). Les offres de cartes illimitées avec leurs avantages, les avant-premières et master-class, la re-diffusion de classiques du Cinéma. Au MK2 du Palais de Tokyo à Paris le chef cuisinier Jean Imbert a même ouvert son Ciné Club où l’on peut manger tout en visionnant un film choisi par une personnalité qui sera là pour en discuter avec vous. Et d'ailleurs le groupe vient d'ouvrir sa salle de réalité virtuelle : MK2VR au sein de leur complexe MK2 Bibliothèque à Paris.

Alors comment cela va t-il finir? Serons-nous tous gros dans notre canapé, la tête dans un monde parallèle bien plus intéressant que nos vies insipides et nébuleuses ? Allons-nous tout de même continuer d’aller au cinéma et nous sociabiliser afin de garder en nous une part de civilité ? En même temps chez soi y’a pas le connard qui bouffe du popcorn la bouche ouverte ou le gang des filles qui font des commentaires de merde chaque minute…

texte : Rédaction Cinktank