Les adaptations de BD franco-belge par le cinéma français : c'est quoi le problème ?

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03.10.2017
Passons rapidement sur les piteuses tentatives d'adaptation de Gaston Lagaffe (sans l'accord de Franquin, avec donc interdiction d'employer les vrais noms de la BD, ce qui donnera le film «Fais gaffe à la gaffe») et celle des Bidochon, pour se téléporter à la fin des années 90 et l'arrivée sur grand écran de «Astérix et Obélix contre César» de Claude Zidi


Vous avez sans doute remarqué que cette année 2017 aura été riche en adaptation de BD française, le tout au sein de production prestigieuse, avec l'accord des ayants-droits et avec des films live, une combinaison a priori intéressante et légitime mais qui n'est jamais vraiment parvenu à convaincre le public.

Petit historique de la chose

Au commencement, il y avait donc les périodiques BD, ces hebdos qui se vendaient par centaines de milliers durant l'âge d'or (des années 40 à la fin des années 80 à peu près) avec Spirou, Pilote et Tintin pour les totems, rejoint peu après par (À suivre), Métal Hurlant, Pif Gadget ou encore Fluide Glacial, chacun avec des héros emblématiques et une foultitude de créateurs qu'il serait trop fastidieux de nommer ici. Un patrimoine franco-belge (et on insiste bien sur l'importance de la Belgique dans la création de BD populaires) d'une richesse inestimable mais qui a beaucoup trop souvent été considéré comme mineure par la production cinématographique.

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Alors bien sûr, il y a bien eu des co-productions européennes pour donner vie à différentes adaptations comme les kitchissimes mais sympathiques productions live autour de Tintin («Tintin et le Mystère de la Toison d'Or» et «Tintin et les oranges bleues»), d'autres films animés autour de Tintin toujours mais aussi Les Schtroumpfs, Astérix ou encore Lucky Luke. Malgré un certain succès de ces productions, il a fallu attendre quelques années pour voir le cinéma s'emparer avec force moyens des différents titres phares des catalogues des éditeurs Dupuis, Dargaud et du Lombard.


Tintin et le Mystère de la Toison d'Or

Passons rapidement sur les piteuses tentatives d'adaptation de Gaston Lagaffe (sans l'accord de Franquin, avec donc interdiction d'employer les vrais noms de la BD, ce qui donnera le film «Fais gaffe à la gaffe») et celle des Bidochon, pour se téléporter à la fin des années 90 et l'arrivée sur grand écran de «Astérix et Obélix contre César» de Claude Zidi. Large co-production européenne, acteurs connus pour tous les rôles, effets spéciaux numériques, décors gigantesques et gros carton au box-office à la clé. Suivront trois suites live, au succès et à la qualité fluctuants. Reste que la mode était lancée on va donc voir déferler petit à petit plein d'adaptations, dans divers genres, avec différentes approches.


Astérix et Obélix contre César

Pêle-mêle, on pense à «Blueberry», «Les chevaliers du ciel», «Largo Winch», «Les aventures extraordinaires d'Adèle Blanc-Sec», «Joséphine», «Boule et Bill», «L'enquête corse», «Lou, journal intime», «Les aventures du Petit Nicolas», «Les Profs», «L'élève Ducobu» jusqu'à cette année avec «Valérian», «Seuls» et «Le Petit Spirou» (en attendant les films sur Gaston et Spirou).



Bon, au milieu de tout ça, on trouve quelques trucs un peu honteux et bien caché comme l'adaptation de «Benoît Brisefer et les Taxis Rouges», lourdé en lousdé à Noël 2014 malgré la présence de Gérard Jugnot et de Jean Reno au casting mais aussi ses 9 millions d'euros de budget (pour 120 000 spectateurs en 2 semaines) ou encore «L'avion», adaptation de l'excellente série «Charly», série ouvertement fantastique et genresque, aspect bien sûr copieusement absent de sa version cinéma (d'où la question, pourquoi adapter une série de genre pour en faire un trip auteuriste ?).



Alors la question reste : pourquoi aucune adaptation vraiment satisfaisante ?

Déjà, il y a le fait que la plupart des BD franco-belge, et on entend par là les classiques, sont des BD basées sur des gags en une planche. Quant aux histoires dites complètes, elles ne s'étalent que sur 46 planches voire 52 parfois, insuffisant pour en tirer un film d'au minimum 1h30, y compris à destination d'un public enfantin (largement privilégié ces dernières années par les producteurs).

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Ce qui donne une dérive assez irritante. Pour les costards-cravate de la production, ce sont des BD donc c'est pour les mioches donc on va mettre plein de gags débiles à base de vomi et de prouts et ça fera rire les gosses ! Pour le respect du spectateur, on repassera.

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Ensuite, on pourra dire que se pose également la question du choix des hommes. Alors certes, Besson est un super cinéaste hyper visuel mais il lui a tout de même manqué de meilleurs scénaristes pour faire de ses œuvres des incontournables et aussi un meilleur sens du casting (Louise Bourgoin prise parce qu'elle était à la mode à l'époque, Cara Delvingne prise à cause de ses millions de followers sur Instagram, Dane De Haan clairement pas fait pour le rôle). Jan Kounen est pétri de talent mais pour faire Blueberry, il fallait plutôt un type attaché à faire un vrai western plutôt qu'un trip chamanique (grande marotte de Kounen). Quant à Christophe Gans, il n'a jamais réussi à faire aboutir ses projets de Bob Morane (avec Vincent Cassel) et Rahan (avec Mark Dacascos).


valerian

blueberry film

Du coup, on se rend compte que c'est qu'il manque à ces adaptations, ce sont de vrais créateurs visuels (la plupart des réalisateurs en charge de ces adaptations sont de sympathiques faiseurs au mieux, des fonctionnaires de la comédie le plus souvent) et qui n'ont parfois aucune connaissance de la BD de base (et quand c'est le cas, il arrive qu'ils la prennent de haut ou bien décident d'en retirer tout ce qui en fait sa spécificité).

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Alors certes, il y a bien eu de bonnes adaptations (rarement), on trouve parfois de bonne intentions et des idées plutôt sympas à la base mais on a surtout l'impression d'un grand gâchis, de certaines occasions manquées et le fan de BD de se consoler en relisant les grands classiques et en espérant des lendemains meilleurs. Et surtout de bons albums !

texte : Loïck Guérel

rédaction Cinktank