Les films du grenier: La Vengeance aux deux visages (One-Eyed Jacks) de Marlon Brando

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14.03.2017
Y. Frank Freeman, le patron de la Paramount de l’époque déclara : "J’ai eu ma première attaque cardiaque avec Les Dix Commandements, ma seconde avec Les Boucaniers. Le film de Brando provoquera la troisième."

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La Vengeance aux deux visages (One-Eyed Jacks) est un western de et avec Marlon Brando sorti aux États-Unis en 1961. C'est le seul film de Brando en tant que réalisateur.

L'histoire se déroule à Sonora, Mexique, en 1880. Après un hold-up, Dad Longworth (Karl Malden) abandonne son jeune complice Rio (Marlon Brando) aux mains des autorités et disparaît avec le butin. Cinq ans après sa sortie de prison, Rio retrouve Longworth devenu un homme respectable, père de famille et shérif d'une petite ville de Californie. Va-t-il réussir à se venger ?

Bide à sa sortie, le film connut une production mouvementée, d'abord scénarisé par Sam Peckinpah, qui se consacra à l'écriture pendant 5 mois avant d'être évincé par Brando. Il aurait dû être réalisé par Stanley Kubrick, mais encore une fois, Brando décida de le remplacer. Ce qui permit à Kubrick d'aller prendre la place de Anthony Mann, écarté dans le même temps par Kirk Douglas du tournage de Spartacus. La star de Sur les Quais décida de réaliser lui-même le film avec un budget de départ de 1.8 million de dollars, qui devant l'inexpérience et les caprices de Brando, grimpa jusqu’à six millions. Les six semaines de tournage prévues, se transformèrent en six mois, emmagasinant pas moins de 300 kilomètres de pellicule ! Le premier montage terminé, le film avait une durée de 4 heures 42 mn, ramené à la moitié par les studios. C’est cette version qui est sortie dans les salles et que nous avons toujours connue.

Y. Frank Freeman, le patron de la Paramount de l’époque déclara : "J’ai eu ma première attaque cardiaque avec Les Dix Commandements, ma seconde avec Les Boucaniers. Le film de Brando provoquera la troisième."


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Marlon Brando s’est approprié le matériau de base pour en faire une œuvre très personnelle, au ton assez atypique pour un western. Il n'hésite pas se débarrasser de la violence physique, représentatif du genre, pour se concentrer sur celle psychologique, beaucoup plus dérangeante. Le rapport qu'entretient son personnage Rio avec Dad Longworth (Karl Malden) est teinté de masochisme et de conflit Oedipien, directement inspirés des rapports que Brando entretenaient avec son père, alcoolique et mari volage, mais à la personnalité écrasante, autant aimé que détesté. La notion d'homosexualité latente entre les personnages est également abordée de façon assez évidente pour l'époque.

L'interprétation de Brando est magnifique, son jeu tout en intériorité fait partie des plus belles prestations de l'acteur et influença grandement le personnage de l'homme sans nom interprété par Clint Eastwood dans La Trilogie du dollar ( Pour une poignée de dollars (1964), Et pour quelques dollars de plus (1965) et Le Bon, la Brute et le Truand (1966) ) de Sergio Leone. Brando s'avère également un formidable directeur d'acteur et la totalité du casting offre une performance de haut vol. Tous les acteurs sont excellents, que ce soit les débutants, notamment Pina Pellicer et Katy Jurado ou bien les confirmés, comme Karl Malden, toujours bon, et ici superbement ambigu. Quant à Ben Johnson et Slim Pickens, ils sont d'une authenticité troublante. Acteurs merveilleux, qui méritent d'être redécouverts et que l'on retrouvera par la suite dans de nombreuses productions de Sam Peckinpah.


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Le film navigue constamment entre cynisme, lyrisme et ambiguïté des rapports entre les personnages, soutenus par une mise en scène crépusculaire et envoutante, magnifiée par la lumière du chef opérateur Charles Lang (L'Adieu aux armes, Sabrina, Charade) . La Vengeance aux deux visages est un des derniers films où Brando s'investira artistiquement et émotionnellement. Bien qu'inégal, diminué ici et là par des séquences maladroites, le film eu une grande influence sur Sergio Leone, Sam Peckinpah et Clint Eastwood, sur Impitoyable notamment. Il fait partie des films préférés de Martin Scorsese, qui via sa fondation restaura La Vengeance aux deux visages l'année dernière et le présenta au 54e Festival de film de New-York.

Vous pouvez d'ailleurs regarder son introduction dans la vidéo ci-dessous.





Texte: rédaction Cinktank