Les films du grenier: "Le point de non-retour", l'acte de naissance du Nouvel Hollywood

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06.06.2017
Dites-vous que si les fameux movie brats que sont Spielberg, Scorsese, Coppola et autres De Palma ont pu avoir les coudées franches au début des 70's, ils le doivent aussi à une bande de vieux routiers bravaches (Fleischer, Aldrich, Fuller, Siegel)

Le point de non-retour

A l'occasion de la ressortie du film, et entre deux séances de « Wonder Woman », il serait de bon ton que certains spectateurs plus curieux que les autres jettent un œil distrait puis attentif sur ce film important qui marqua les débuts à Hollywood d'un jeune réalisateur anglais, John Boorman. Avant de signer la meilleure version de la légende du Roi Arthur au cinéma avec son « Excalibur », le jeune homme profita d'un contexte favorable pour se frayer un chemin dans la Mecque du cinéma, alors en plein charivari.


Le point de non-retour

Dites-vous que si les fameux movie brats que sont Spielberg, Scorsese, Coppola et autres De Palma ont pu avoir les coudées franches au début des 70's, ils le doivent aussi à une bande de vieux routiers bravaches (Fleischer, Aldrich, Fuller, Siegel) et à une nouvelle génération avide d'en finir avec le code Hays et le fonctionnement à l'ancienne des studios, alors en train de péricliter (les Peckinpah, Penn, Pollack et autres Lumet). Boorman aura donc les pleins pouvoirs sur le film grâce à sa star, Lee Marvin donc, qui abandonnera son droit de regard sur le montage, le casting, le scénario et le menu de la cantine afin de laisser le jeune réalisateur faire ce qu'il veut.

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Il en découle un film libre dans sa forme, dans sa narration parfois aussi, novateur sur bien des plans tout en restant un divertissement agréable, accessible et surtout passionnant. C'est bien simple, avec des moyens conséquents à sa disposition (3 M$ de l'époque soit à peu près 22 M$ de nos jours), Boorman expériementa visuellement (éclairages néons, bagarres réalistes avec sueurs, coups portés, caméra épaule et essoufflement visible, tournage dans la rue) mais aussi narrativement avec plusieurs séquences qui font plus appel à nos sens qu'à notre logique. En gros, du pur cinéma sensoriel, instinctif, vibrant et d'une belle puissance.


Le point de non-retour

Pressé, le film installe son intrigue rapidement (là où les blockbusters actuels mettent une demie-heure à nous dire comment s'appelle le héros, même si c'est le titre du film, d'où vient son prénom et pourquoi il est comme ça) et Walker fait un retour fracassant, avec cette séquence magistrale où le personnage avance face caméra (le héros s'appelle Parker dans les romans à la base du film mais devient Walker ici, walk signifiant marcher, on voit que ce choix n'est pas un hasard), le bruit de ses pas résonnant dans l'appartement et la tête de sa « cible » avant qu'il n'apparaisse subitement sur le pas de la porte de son ex, au mépris de toute logique. Une ellipse brutale mais d'une audace folle ! On retrouvera aussi d'autres séquences comme cette scène d'amour qui mêle différents couples dans un même mouvement par la grâce d'un montage savant.

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Marvin, déjà une star à l'aura conséquente, reçoit l'aide dans ce film de la sublime Angie Dickinson, dont les plans en petite tenue devraient hanter certains de vos doux rêves nocturnes, et si le casting est composé pour beaucoup de 2nds couteaux pas forcément très connus, chacun fait le job avec application.


Le point de non-retour

Le film s'impose comme l'un des plus grands polars des années 60, renouant ainsi avec la tradition du néo-noir des années 40 et 50 tout en retravaillant les codes formels et narratifs du genre. Le film reste surtout un classique indémodable du cinéma, imposant un héros qui connaîtra de multiples adaptations (la dernière en date étant le très moyen « Parker » de Taylor Hackford avec Jason Statham) sans oublier un remake (ou plutôt une nouvelle adaptation du roman de Donald Westlake, en 1999, signé Brian Helgeland avec un Mel Gibson impeccable dans ce rôle). Mais rien qui ne puisse égaler la maestria de ce chef d'oeuvre, qui ressort dans une version restaurée qui vous permettra de profiter du superbe travail sur les couleurs de John Boorman et de son directeur photo Philip Lathrop.

LE POINT DE NON RETOUR

De John Boorman

Avec Lee Marvin, Angie Dickinson, Keenan Wynn

Date de sortie 5 avril 1968

Date de reprise 7 juin 2017 - Version restaurée



Texte: Loïck Guerel