Ou comment j'ai foiré mon premier jour au Comic Con de Paris

Chroniques
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30.10.2016
Je me retrouve seul, assis sur le rebord de la fontaine qui fait face au pavillon de la Villette et j'observe triste et jaloux le départ des visiteurs du jour.

9h30, Vendredi 21 Octobre : Les portes de la Halle de la Villette s'ouvrent pour laisser entrer les visiteurs du Comic Con.
Je suis confiant, prêt à affronter la longue file d'attente qui me sépare de l'univers merveilleux des fans de pop culture.
10h44 : Je suis devant les portes, je touche au but.
10h45 : Je repars, j'avais rendez-vous avec mon Airbnb à 12h00 et toute sortie du salon est définitive.
13h30 : Je suis enfin à l'intérieur, j'ai hâte de commencer la visite, mais d'abord, j'ai très faim, je n'ai rien mangé depuis la veille au soir et toute nourriture ou boisson est prohibée et confisquée à l'entrée. "Pas grave" me dit un gentil bénévole, il y a des stands de hot-dog et de bouffe thaï un peu plus loin. C'est donc rassuré que je traverse l'enceinte d'un pas pressé, ayant déjà perdu beaucoup de temps.
15h00 : J'ai toujours faim. À priori, je ne suis pas le seul à avoir la dalle, je désespère de mon hot-dog, j'ai froid, j'ai chaud. Qui suis-je ? Où vais-je ? Pourquoi ai-je l'impression que chaque fois que mon regard se pose sur quelqu'un, c'est toujours sur Harley Quinn ou le Joker ?
16h00 : Je suis dans la file d'attente des toilettes du Comic Con, j'ai mal.
17h20 : Je sors des toilettes, je vais mieux.
17h30 : Je suis dans la file d'attente pour une conférence, les portes de la salle ouvrent à 18h00
18h00 : Je suis dans la file d'attente des toilettes, le hot-dog n'est définitivement pas passé.
18h52 : Je suis de nouveau d'attaque et impatient de commencer la visite.
19h00 : Les portes du Comic Con ferment.

Je me retrouve seul, assis sur le rebord de la fontaine qui fait face au pavillon de la Villette et j'observe triste et jaloux le départ des visiteurs du jour. Ils ont les sacs, généreusement offerts à l'entrée, remplis de BD, casquettes à l'effigie de R2D2 ou d'un Pokémon et de faux sabre laser.
Je revois encore ce trentenaire célibataire (j'en suis sûr) exhiber fièrement ses figurines des Chevaliers du Zodiac à ses amis ou bien encore la prétention de ce père de famille, déguisé, dans un superbe costume, en Batman face au regard ébahit de son fils.
J'avais envie de lui crier au visage : "Hey mec, t'aurais quand même pu mettre moins de thunes dans ton costume, pour offrir autre chose qu'un pauvre masque de Iron man et un t-shirt rouge en guise d'armure à ton gamin".
Mais je ne l'ai pas fait, freiné par la honte d'avoir manqué, néophyte que je suis, la découverte d'un monde peuplé de Geeks et de Nerds. Hier faction dissidente du bon goût et marginale, aujourd'hui croyance dominante qui veut paraître tendance. Je me suis senti exclu de la société par une minorité qui m'était pourtant jusqu'à aujourd'hui inconnu.
La pluie commence à tomber. Pourtant je ne bouge pas, laissant la grande esplanade se vider. Je ferme les yeux et me prends à rêver à ma Bretagne natale, au confort de ma maison au bord de mer. Je suis assis avec "Mémoire d'outre-tombe" sur mes genoux, écoutant le feu de cheminée qui crépite et les vagues se briser sur les falaises de Ploubazlanec. C'est décidé, je prends le premier train pour Paimpol dès demain. J'ouvre alors les yeux et tombe nez à nez sur l'insigne de la Starfleet. Je lève la tête et j'ai face à moi Monsieur Spock.
Il me fixe, je suis pétrifié, quand tout d'un coup, il commence à me parler sans qu'un seul mot ne sorte de sa bouche.

_"Ne t'inquiète pas je suis télépathe" me dit-il, enfin me télépathe t-il.

_"J'ai lu en toi et ressens ta détresse"
Je lui réponds sans émettre de son moi non plus.

_"Oui, tu as raison Spock, ce Comic Con n'est pas fait pour moi, je ne vais pas rester les 2 jours qui restent. Je vais rentrer et dire à ma rédaction qu'ils ont eu tort de me confier ce reportage"

_"Je ne te dirai rien de plus que ce que j'ai déjà dit à mon ami le Capitaine Kirk dans l'épisode 5 de la saison 1 de StarTrek intitulé L'imposteur : vous êtes le capitaine. Vous n'avez pas le droit d'être vulnérable aux yeux de l'équipage. Vous ne pouvez pas être moins que parfait."

_"Tu es sûr ? Tu crois que j'en ai le pouvoir ?"

_"Bien sur. Mais comme je le dis toujours : un grand pouvoir, implique de grandes responsabilités."

_"Ce n'est pas l'oncle Ben dans Spiderman qui dit ça ?"

_"Ta gueule. Bon le feras-tu ou non?"

_"Oui, oui je le ferai, tu as raison Spock"

_"Sage décision, allez rentre dans ton Airbnb maintenant"

_"Oui, mais attends, comment tu sais que je dors dans un…"

_"… Chut… Pars. Paix et prospérité"

_"Euh ok, faisons comme ça alors".

Sur le chemin de retour, jonché de cadavres de cosplayeuses déguisées en Harley Quinn s'étant entretuées, chacune d'elles ayant revendiqué la primeur du choix du costume, je décide de rester jusqu'au bout du festival. C'est ainsi que se termina mon premier jour au Comic Con ou du moins, c'est comme ça que je le décrivis à mon rédacteur en chef. Justifiant par là même, la non-production des articles devant traiter de la conférence sur "Eliza Dushku et le Buffyverse" ainsi que de la projection du pilote de Supergirl, parce que bon, faut pas déconner non plus.

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texte : Rédaction Cinktank