Où sont les superhéros ?

Chroniques
Audio picto à l'écoute
26.10.2016
Au début de « Superman Returns » de Bryan Singer, on découvre un article publié par Loïs Lane qui titre « Pourquoi le monde n’a pas besoin de Superman ».

Au début de « Superman Returns » de Bryan Singer, on découvre un article publié par Loïs Lane qui titre « Pourquoi le monde n’a pas besoin de Superman ». Dans le contexte chronologique du film, nous sommes en 2006 et Superman s’est absenté de la Terre pendant 5 ans. Je vous laisse faire le calcul, la première question que pose le film est clairement : « Où était Superman pendant les attentats du 11 septembre 2001? » C’est surement la première fois qu’un film souligne autant l’évidence que les superhéros n’existeront jamais, et qu’on ne pourra jamais identifier à eux. C’est ce qui différencie ce genre de film de celui d’espion, de flics ou de guerre. Je ferai ici une exception pour Batman, qui est un homme avec plein de gadgets super cools. Et quand on est enfant on veut toujours être Batman.

La volonté des studios hollywoodiens de rendre plus réels et « humains » les figures de comics s’est véritablement amorcée en 2005 avec le « Batman Begins » de Christopher Nolan. Bien que l’on puisse tout de même citer « Incassable » de M. Night Shyamalan (2000), qui entame une réflexion sur ce que veut dire être un héros et un surhomme face au réel. Mais cette tendance tout à fait louable de mettre plus de sérieux et de plausible dans les scénarios et les questionnements des films de superhéros amène un effet hélas inévitable : elle souligne le fait qu’ils ne sont qu’une invention. Si l’on vous présente un monde proche du vôtre, avec les même problèmes sociaux, et qu’on y incorpore des gens avec des super pouvoirs, alors n’est-il pas logique à un certain moment de vouloir faire la comparaison ?

Ainsi depuis bientôt 8 ans on voit des superhéros dans New-York, en Californie, dans un Gotham qui ressemble à Chicago, à San Francisco, en Afrique, en Europe etc… Mais où étaient-ils lorsque les bombes ont explosé au Nigéria ? Où étaient-ils lors du massacre du stade à Conakry ? Et pendant la prise d’otage du Bataclan ? Et en Syrie ? Comment pourrait-on s’identifier à eux alors que dehors Daech sévit et personne ne vient porter secours aux populations ?

Dans son livre « Mythes et Idéologies du Cinéma Américain » (éditions Vendémiaire), le critique et historien Laurent Aknin place les superhéros comme une vengeance sur le 11 septembre, après la mode des films catastrophe (qui ont perdu leur pouvoir cathartique suite aux attentats). « Soudain l’imaginaire, celui des films catastrophe comme Armageddon est devenu réel. Que faire quand l’imaginaire perd sa fonction poétique et cathartique ? En inventer un nouveau. C’est ainsi que les superhéros, plus ou moins à la retraite dans les années 90, ont fait leur retour en force. » Chose qui marche aussi si l’on considère les films d’espions comme vengeance du nazisme et de la guerre froide.

Pourquoi avons-nous créé les superhéros, ou plutôt qu’est-ce qui nous a amené à ce style de figure mythique? À la différence de la création des dieux pour expliquer l’inexplicable, le personnage aux super pouvoirs est la plupart du temps (excepté les héros aliens) un homme banal à qui l’on confie un pouvoir et une mission. Donc un sur-homme au sens augmenté, à mettre en lien avec le courant transhumaniste actuel où la médecine et la science cherchent à donner à l’homme le moyen de doper son cerveau et ses membres, ainsi que de pouvoir vieillir moins vite. Et si l’on considère les superhéros avant tout comme un divertissement populaire, alors on peut penser que par facilité, puisque l’on se sent impuissant face aux problèmes du monde, on a inventé un calque où des hommes comme nous mais « extra-ordinaires » venaient faire le boulot.
Ainsi cet intérêt pour les histoires de ce type met en lumière le besoin d’être rassuré. On va rêver que l’on est protégé. Va t-on voir un film de superhéros comme on regarde un porno, pour vivre quelque chose que l’on ne vit pas? Est-ce que ce fantasme de sécurité et de protection est à mettre au même niveau qu’un fantasme sexuel finalement ?

Nous avons toujours besoin de nous divertir, de nous sortir de notre réel. On en a jusqu’à minimum 2020 concernant les superhéros au cinéma (suivant le calendrier des sorties de Marvel et DC), mais il est clair qu’un autre genre va ré-apparaitre avant cela. Personnellement, je mise sur les films de conquête, de pionniers. On a déjà eu un début de renouveau avec Interstellar, et même les Gardiens de la Galaxie était un film qui nous faisait (enfin) partir de la Terre. Sachant qu’elle est maintenant trop petite pour nous, on va surement se prendre à rêver d’exploration de l’espace à nouveau.

texte : Rédaction Cinktank