Petite histoire de l'humour made in usa part two: fuck you la bien-pensance !

Chroniques
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29.11.2017
Carlin en digne héritier de Lenny Bruce se fit connaître en 1972 avec son sketch "Seven dirty words" dans lequel il utilise les termes alors interdits en spectacle shit, piss, fuck, cunt, cocksucker, motherfucker, et tits.

saturday night live bill murray

Les décennies qui suivirent les années 50 virent l’apparition de comiques issus des différentes communautés ethniques du pays. Beaucoup trouvèrent en la télévision, notamment grâce à l’émission culte Saturday night live (1975), un vecteur de reconnaissance. On peut citer en exemple Bill Murray, Dan Aykroyd, mais aussi John Belushi et Eddie Murphy. Ces noms bien connus chez nous du fait de leur carrière cinématographique ne doivent pas éclipser l'apport et le succès d'artistes moins célèbres en Europe tel que George Carlin ou Richard Pryor. Carlin en digne héritier de Lenny Bruce se fit connaître en 1972 avec son sketch "Seven dirty words" dans lequel il utilise les termes alors interdits en spectacle shit, piss, fuck, cunt, cocksucker, motherfucker, et tits.

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Spectacle qui le verra se faire arrêter en pleine représentation et dont la controverse augmentera considérablement sa notoriété. Il fut le premier animateur de l'émission The Saturday night live et poursuivit sa carrière jusqu'à sa mort en 2008.

En 2004, la chaîne Comedy central le classa deuxième meilleur humoriste américain de tous les temps derrière Richard Pryor. Celui-ci devint dans la même période le premier comique Afro-américain à dépasser les barrières raciales et à toucher la plus large audience possible. Après des débuts où il acquit rapidement une certaine notoriété, il décida de prendre du recul. Il ne supportait pas que son succès repose sur un humour consensuel destiné à plaire sans froisser. Repoussant cette autocensure il revint plus tard dans un style beaucoup plus agressif et violent, abordant des sujets aussi risqués que la drogue (il était lui-même dépendant) et le racisme dans de longs monologues, continuant de développer le stand-up initié plus tôt par Lenny Bruce. Le succès ne fut que plus important et il ouvrit la voie à tous une lignée de comiques d'Eddie Murphy à Cris rock en passant par de nombreux artistes Afro-américains ou non. Son héritage reste une référence à travers le monde.


richard pryor

Toujours à la même période, un petit bonhomme à lunettes vint apporter sa pierre à l’édifice grâce à son humour absurde et incisif, l'inusable Woody Allen.** Héritier de “l’humour juif", il a changé pour toujours notre vison de New York et des psychiatres.** Jerry Seinfeld prit une place importante au panthéon des comiques US dans les années 80/90 avec un humour basé sur l’observation.

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Woody Allen

Le développement des techniques et la multiplication des moyens de diffusions permis aux comédiens américains d’explorer toutes les formes comiques possibles et inimaginables. Nous les retrouvons au travers des séries ("Seinfeld", "Louie", "Scrubs", etc.) à la TV avec les lates show qui abordent des thèmes aussi variés que la politique, le people et les problèmes de société avec humour et cynisme. Diffusés à la TV, ces émissions ont depuis longtemps compris l’importance des réseaux sociaux et prolonges leurs productions et leurs contenus via des millions de vues sur Youtube, Facebook et autres vecteurs de diffusions.

On peut citer en exemple Jimmy Fallon ("Late Night with Jimmy Fallon") ou Jimmy Kimmel ("Jimmy Kimmel Live !") pour les plus people. Bill Meyer ("Real Time with Bill Maher") et John Stewart ("The Daily Show"), remplacé par l'humoriste Sud-africain Trevor Noah depuis 2015, pour les plus politiques. Autre exemple, "Key & Peele" diffusé sur MADtv aborde, sous le prisme de l'humour, les problématiques raciales qui gangrènent le pays. D'ailleurs, l'un des deux membres, Jordan Peele, a connu un large succès en 2017 avec son film "Get Out". Il existe aussi un champ de l'humour qui n'hésite pas, avec autodérision, à critiquer la vision que les Américains ont d'eux-mêmes et vis-à-vis du reste du monde. On peut citer Judah Friedlander avec son spectacle "America Is The Greatest Country In The US".





On l’aura compris l’humour US est aujourd’hui multiple, varié et bénéficie d’une grande liberté de parole capable de pointer du doigt aussi bien les incohérences du quotidien que des problèmes de société. Il parle à l’individu et à une nation, capable de lui renvoyer un effet miroir et grossissant d’une société multiple et percluse de contradiction. Pourtant, l’humour Us n’est pas en dehors de la société et il véhicule en son sein les mêmes contradictions qu’il critique.

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Certes les différentes communautés qui composent la nation sont représentées mais à observer de plus près on se rend compte qu’il est très difficile pour un comique non issu d’une communauté de la moquer sans prendre le risque d’être accusé de racisme ou de condescendance. Être politiquement incorrect oui, mais seulement dans le cadre qui t’a vu naître. Faut-il alors être juif pour moquer les Juifs ou bien noir pour rire des noirs ?

L’humour US est bien à l’image de son pays, fondé sur la notion de liberté individuelle et le droit à ses propres croyances, mais devant cohabiter dans une société issue de plusieurs vagues d’immigration et fortement communautaire. Que dire des étrangers qui critiquent le pays? En 2014, l'humoriste Jim Jefferies défraya la chronique avec un sketch sur le port d’armes aux États-Unis qui se suivit de débats sur la plupart des plateaux télé.



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Mais au-delà du fond même du sketch, une question revenait : un étranger pouvait-il critiquer un droit aussi fondamental pour les Américains alors qu’il est resté un immigré. Le débat occupa l’espace médiatique pendant un moment avant d’être balayé par un autre sujet et les États-Unis restant les États-Unis, devant le succès de son spectacle, on pardonna à Jefferies comme on pardonna à beaucoup. Car s'il y a bien une vertu qui prédomine en Amérique, c’est celle de la réussite individuelle (et du mea-culpa).

Rédaction Cinktank