Star Wars, mythologie moderne ou poudre de perlimpinpin ?

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17.12.2017
Pour donner vie à sa vision, le jeune metteur en scène d'"American Graffiti" s'appuie sur l'ouvrage de Joseph Campbell, "Le Héros aux mille et un visages" (1949)

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Lorsque George Lucas se penche sur un projet du film de science-fiction au début des années 1970, "2001 : l'odyssée de l'espace" de Stanley Kubrick est sorti et a posé les nouvelles bases du genre: Rigueur scientifique (le scénario a été élaboré en collaboration avec la NASA) et trip métaphysique et contemplatif. Mais loin d'être influencé par le chef d'œuvre du réalisateur de "Shining", Lucas a surtout en tête deux références. Littéraire d'abord, avec "Le Seigneur des anneaux" de J. R. R. Tolkien, le personnage de John Carter, créé par le romancier américain Edgar Rice Burroughs et les vieux comics strip des années 30 "Flash Gordon" ou "Buck Rodgers" et ensuite, les grandes épopées mythologiques.

"STAR WARS : LES DERNIERS JEDI" ET LES DERNIERS RESTES DE GEORGE LUCAS

Les héros sont éternels

Pour donner vie à sa vision, le jeune metteur en scène d'"American Graffiti" s'appuie sur l'ouvrage de Joseph Campbell, "Le Héros aux mille et un visages" (1949), d'abord paru en France sous le titre "Les héros sont éternels" qui analyse différentes mythologies pour en dégager un schéma narratif redondant. Il se concentre sur le voyage du héros et des différents personnages archétypaux qu'ils rencontrent sur le chemin de sa destinée. Des éléments que l'on retrouve, de la mythologie Grecque aux chevaliers de la table ronde en passant par les grandes sagas nordiques. l'ordre des Jedi rappelle les chevaliers de la table ronde, la princesse en détresse Guenièvre/Leia, Obi-Wan Kenobi se rapproche de Gandalf, le lien sonore entre Han solo/ Lancelot, etc.

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Lucas va encore plus loin en mélangeant toutes sortes de légendes et mythes occidentaux mais aussi en introduisant des références chrétiennes et Asiatiques. On peut évoquer les ressemblances entre les chevaliers aux sabres lasers et les samouraïs de l'air féodale, ainsi que de leurs casques proches de celui de Dark Vador. De même, les principes de la "force" sont quasi similaires à la philosophie chinoise du Tao. Lucas va même jusqu'à emprunter au zoroastrisme (ancienne religion monothéiste iranienne) le principe de coexistence du bien et du mal qui habite chaque individus. Un dilemme auquel sera confronté tout au long de la saga Luke Skywalker et son père Anakin. Quant à la religion on peut difficilement faire plus explicite que le "que la force soit avec vous" qui évoque fortement "que le seigneur soit avec vous".


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L'univers de Star Wars est aussi technologique, multipliant les petits détails insignifiants (connus sous le terme de Greeble) et les noms techniques improbables conférant à l'ensemble une sensation de science futuriste. Une addition de multiples références qui accouche d'une étrange synthèse, devenant à sa sortie en 1977, un phénomène mondial et universel.

Mais un phénomène, aussi puissant soit-il, est-il pour autant un mythe contemporain?

S'être inspirée d'histoires déjà existantes et en avoir fait une synthèse n'est pas forcément excluant. Ce n'est pas très original, tous l'on fait, la Bible reprend par exemple à son compte des légendes babyloniennes.

D'abord porté par un groupe obscur, pas encore connu sous le nom de Geek, la saga finie par toucher un public de plus en plus important et par se constituer un noyau dur de fan. Des individus qui vont nourrir un univers étendu (dessins animés, jeux vidéo, bandes dessinées, romans) si bien que la paternité de star Wars n'est plus seulement le fait de George Lucas mais bien l'addition de plusieurs contributeurs.

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Le vecteur cinéma n'est pas non plus un rempart à la création du mythe. Il en est seulement un nouveau vecteur, un média de masse touchant au plus grand nombre. Que ce soit par un livre ou par un film, l'important est que le message soit transmis et la philosophie diffusée. Aujourd'hui on constate d'ailleurs un glissement du médium cinéma "sacré" vers la série TV qui a acquis un public plus large encore. Une revitalisation du mythe glissant de l'individu au collectif. La caractérisation de la figure du héros change, l'expérience devient collective et virale.


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La saga dépoussière et remet en question ses propres sources d'inspirations. Dans les épisodes IV, V et VI Luke est l'élu, aucun doute là-dessus. Pourtant, dans la trilogie débutée en 1999, il nous est révélé quand réalité c'était son père Anakin, futur Dark Vador, qui l'était. Plus encore, Lucas supprime le principe d'être l'élu par principe, mais qu'au contraire cette destinée est influencée par le taux midi-chloriens présent dans le sang. Une intervention non plus divine, mais génétique et scientifique. Star Wars invente également une nouvelle forme de mythologie, s'intéressant aux intelligences artificielles, (R2-D2, C3-PO), à l'amitié inter espèce (Chewbacca et Han Solo) à l'égalité homme-femme et à la place de l'homme dans l'univers, à une époque où l'on envisage son exploration.


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Pour certains, Star Wars ne reste qu'un divertissement ayant recyclé de nombreuses références pour d'autres, la saga de George Lucas est un mythe bien contemporain. Une oeuvre remplit de sens pour beaucoup, dans un étroit dialogue avec ceux qui ont décidé d'y croire. Une démarche de crédibilisation d'un univers et de ses lois, illustrées par Roland Barthes dans son ouvrage Mythologies (Seuil, 1957) "Chaque objet du monde peut passer d'une existence fermée, muette, à un état oral, ouvert à l'appropriation de la société". L'acquisition de Lucasfilm par Disney en 2012 ouvre une nouvelle voie et peut inquiéter quant aux risques d'orienter la saga vers un simple divertissement, vidé de sa profondeur mythologique et de sa dimension politique extrêmement importante également.


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Rédaction Cinktank