"120 battements par minute", de la pellicule pour qu'on s'encule !

Critiques
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24.08.2017
Bouleversant, intransigeant dans son propos autant que dans sa forme, mais jamais avare d'ironie (bienveillante) et de pointes d'humour qui permettent de reprendre son souffle

120 battements par minute

Auréolé de nombreux prix, dont celui du Grand Prix du Jury à Cannes, encensé unanimement par la presse, "120 battements par minute" mérite assurément tous les superlatifs qui lui sont accolés.

Bouleversant, intransigeant dans son propos autant que dans sa forme, mais jamais avare d'ironie (bienveillante) et de pointes d'humour qui permettent de reprendre son souffle. "120 battements par minute" est surtout le film d'un réalisateur, Robin Campillo, qui met son intelligence et sa sensibilité au service d'un sujet qu'il maîtrise, ayant été lui-même militant d'Act Up-Paris.

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Composé de deux parties, du combat collectif (la théorie) au combat individuel (la pratique), le film met en exergue toutes les contradictions qui peuvent toucher le groupe et l'être, face à la maladie et aux moyens de l'affronter.

Jamais larmoyant, jamais dans l'apitoiement, le récit s'attache à ses personnages, interprétés par une troupe de comédiens exceptionnels, Nahuel Pérez Biscayart en tête (une révélation, que l'on retrouvera prochainement à l'affiche de "Au revoir là-haut" d'Albert Dupontel), sans jamais les lâcher et laissant à chacun la possibilité d'exister sans les caricaturer. D'ailleurs, le personnage de Sean (Nahuel Pérez Biscayart) n'est pas sans rappeler le second président de l'association, Cleews Vellay, décédé à l'âge de 30 ans, connu pour la ferveur de son engagement, son cynisme, son humour, mais aussi ses colères.


120 battements par minute

Robin Campillo, n'a pas seulement écrit un texte brillant, même s'il évite les possibilités de contradictions de certaines actions d'Act Up-Paris, il fait également des choix de mise en scène forts. Peu de décors, des fulgurances visuelles poétique, peu ou pas de démonstrations du monde qui entoure les militants. La plupart d'entre eux ont à peine la vingtaine et vivent dans une société hermétique à leurs revendications.

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La réalisation appuie ce sentiment d'isolement et accentue l'effet "d'entre nous" qui prévaut dans les mouvements contestataires minoritaires qui veulent bousculer les codes d'une société trop sourde à leurs revendications. C'est malin de la part de Robin Campillo, évitant ainsi d'orienter son film vers les classiques oppositions de points de vues existantes à l'époque et qui aurait rendu son récit didactique.

Ce qu'il l'intéresse n'est pas de juger les actions ou le bien-fondé de l'existence d'Act Up-Paris, mais bien de faire ressentir que la maladie existe, qu'elle est un fléau implacable, qui anéantit la vie de celui qu'il la porte mais qu'elle en fait aussi une arme pouvant contaminer ceux qu'il aime et qui l'entoure.

La lutte contre le SIDA, ne se limit pas à des actions de préventions ou de slogans provocateurs. Pour le réalisateur, lutter contre la maladie, c'est se battre contre la mort et aussi pour la vie.


120 battements par minute

Plus qu'un film sur le passé (une temporalité et un écho des actions différents des nôtres, pas de réseaux sociaux à l'époque), plus qu'un film sur une génération éprise de liberté, en colère, déçue par la politique (les belles promesses de l'élection de Mitterand en 1981 et des lendemains qui chantent ont disparu) dans un monde nouveau (éclatement de l'URSS et fin de la guerre froide), "120 battements par minute" est un message envoyé à la génération actuelle. Celle-là même, qui comme le montre les différentes études faites sur le sujet, rejète de plus en plus l'utilisation du préservatif et est moins sensibilisée aux risques que représente la SIDA.

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Un film beau, mais qui n'évite jamais de montrer la vérité crue de la maladie, sans jamais tomber dans le misérabilisme. Une oeuvre forte, à hauteur d'homme, nécessaire, qui donne autant envie de se protéger du SIDA que de s'abandonner à l'amour.


120 battements par minute

Rédaction Cinktank