"A Beautiful Day", voyage au bout de l'enfer pour un Joaquin Phoenix habité

Critiques
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10.11.2017
Ce qui intéresse la réalisatrice, c'est d'explorer la psyché d'un homme brisé, à travers un film de genre dont elle détourne les passages obligés par d'habiles séquences.

a beautiful day

Écrit et réalisé par Lynne Ramsay, d'après la nouvelle de Jonathan Ames "You Were Never Really Here" (titre conservé dans la version originale du film), à qui l'on doit l'excellent "We Need To talk about Kevin" (2011), "A Beautiful Day" explore les traumatismes de l'enfance. Recherche des racines d'un mal-être déjà présent dans son premier film "Ratcatcher" (1999).



Surprenant prix du scénario au dernier festival de Cannes avec une histoire qui tient en 3 lignes. Le film n'a pas volé celui du prix d'interprétation masculine pour Joaquin Phoenix. Boursouflé et barbe hirsute, il traîne sa masse de Golem suicidaire vivant toujours chez sa mère, seulement secoué par des accès de violence son seul moyen d'expression, tant sa capacité à communiquer par la parole est inerte.

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Habité par les traumatismes de son enfance et son passé de militaire, il trouve dans le sauvetage d'une jeune fille prisonnière d'un réseau de prostitution, non pas un acte de rédemption, mais un contre-point à ses propres peurs et une raison de vivre.


You Were Never Really Here

On a facilement fait des parallèles avec "taxi Driver" (1976), mais Lynne Ramsay n'est pas hantée par la même dimension religieuse que Martin Scorcese. Son film ne partage pas non plus la profondeur critique d'une société américaine schizophrène, indissociable du chef-d'oeuvre du réalisateur de "Raging Bull" (1980).

Ce qui intéresse la réalisatrice, c'est d'explorer la psyché d'un homme brisé, à travers un film de genre dont elle détourne les passages obligés par d'habiles séquences. Elle s'intéresse à ce qui n'est généralement pas montré. Démonte les codes, minimise ses dialogues, détourne les scènes de violence, toujours filmées de loin ou par l'intermédiaire d'écrans de contrôle. Tout est suggéré, seul compte le dépouillement émotionnelle de son antihéros, forcé de se dévoiler à cause des évènements qu'il subit.

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On n'assiste pas à une évolution psychologique classique du personnage, mais bien à un assèchement du superflu pour toucher au plus profond, au plus juste d'une âme meurtrie.


You Were Never Really Here

La mise en scène, élégante et jamais gratuite, suggère par des flashes mentaux les évènements du passé. Comme pour mieux nous préparer à leur confirmation dans le récit et augmenter la charge émotionnelle, sans jamais surligner.

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Le film est court, tenu et tendu, déroute parfois, mais jamais n'ennuie. Il n'y a peut-être pas de dimension politique ou l'expression d'une vision du monde de la réalisatrice. Dans "A Beautiful Day", le monde est vu à travers le regard de Joe, homme usé par une vie insupportable. Un monde "en-soi" désespéré, sans vie, seulement promis à une éventuelle lueur d'espoir par la jeune Nina au travers d'une phrase, non dénuée d'ironie, qui renvoie au titre français du film "A Beautiful Day".


You Were Never Really Here

A BEAUTIFUL DAY

De Lynne Ramsay

Avec Joaquin Phoenix, Ekaterina Samsonov, Alessandro Nivola

Date de sortie 8 novembre 2017

Rédaction Cinktank