"A Ghost Story" de David Lowery, mélancolie fantoche?

Critiques
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02.01.2018
"A Ghost Story" subit la comparaison, ne parvenant pas à transcender son postulat de base, se reposant sur des effets de mise en scène qui donnent souvent l'impression de se regarder, plus que d'explorer son contenu.

A GHOST STORY

"A Ghost Story" de David Lowery est un film aux multiples interprétations, abordant le thème du deuil, mais du côté du disparu. Le réalisateur embarque son fantôme dans une boucle temporelle où l'espace et le temps se confondent et se confrontent. Une odyssée sur l'acceptation de la perte de l'être aimé, une lutte contre l'oubli, un combat contre sa propre disparition. Souvent à la lisière du ridicule "A Ghost Story" provoquera soit l'ennui, soit l'émerveillement. Un Chef d'œuvre pour les uns ou un trip pompeux pour les autres. Le film de David Lowery, après une première impression positive, peine finalement à se démarquer de ses influences. Son manque de profondeur est également trop souvent masqué par une mise en scène inventive et des partis pris esthétiques (les scènes du fantôme ont été tournées à 33 images par seconde afin de le faire bouger lentement, tandis que les autres personnages sont filmés à 24 images par seconde, cadre format 1:33) souvent somptueux mais aussi parfois absurdes.



Il y a d'abord la référence évidente au cinéma évanescent de Terrence Malick. Comme tout réalisateur culte et innovant, il se fait allègrement pomper son style depuis des années, déjà "Les Amants du Texas" du même Lowery portait la marque du maître. C'est encore un peu le cas avec "A Ghost Story" qui tend vers un même naturalisme, sans pour autant parvenir à la même profondeur philosophique et poétique du réalisateur de "The Tree of Life".

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A GHOST STORY

A GHOST STORY

Vient ensuite la comparaison avec le cinéma asiatique version "Les Contes de la lune vague après la pluie" du japonais Kenji Mizoguchi, "Le Voyage de Chihiro" de Miyazaki (notamment à travers le personnage de Sans-Visage) et les films du thaïlandais Apichatpong Weerasethakul, particulièrement "Syndromes and a Century" et "Oncle Boonmee, celui qui se souvient de ses vies antérieures" dont "A Ghost Story" partage beaucoup de thèmes, mais aussi beaucoup de similitudes dans sa mise en scène. On retrouve de longs plans fixes, perturbés par des mouvements brusques de caméras et ou la tranquillité apparente d'une scène est bouleversée par un élément extérieur improbable, souvent au second plan. Tout comme on reconnaîtra des similitudes dans l'utilisation de la musique et dans les repères sonores redondants.

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 a ghost story

Encore une fois "A Ghost Story" subit la comparaison, ne parvenant pas à transcender son postulat de base, se reposant sur des effets de mise en scène qui donnent souvent l'impression de se regarder, plus que d'explorer son contenu. Une sensation de "prétention" qui trouve particulièrement son sens dans une séquence au début du film, durant laquelle M (Rooney Mara, touchante) mange une tarte avant de se précipiter aux toilettes pour vomir. Une séquence sensée montrer la douleur du personnage, mais qui s'étire sur une durée non justifiée et incohérente avec le reste de la mise en scène, portant trop le label "scène culte". Ou alors était-ce une façon pour le réalisateur de tester la patience du spectateur? Difficile de trancher.

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A GHOST STORY

C'est un peu le sentiment qui prédomine à la vision du film. Une œuvre ambitieuse, mais trop consciente d'elle-même, poseuse et fleuretant parfois avec le ridicule. Une merveilleuse idée de court-métrage qui perd de sa force sur la longueur par son manque de profondeur et d'épaisseur idéologique. Pourtant "A Ghost Story" laisse entrevoir de très bonnes idées de mise en scène, notamment lors des ellipses temporelles, la lumière d'Andrew Droz Palermo est superbe et la partition de Daniel Hart, envoûtante. le fantôme, malgré ce drap blanc, transpire d'une mélancolie touchante et rare qui ne le quitte jamais.Un traitement du film de fantôme original pour une œuvre clivante.


A GHOST STORY

A GHOST STORY

De David Lowery

Avec Casey Affleck, Rooney Mara, McColm Cephas Jr

Date de sortie 20 décembre 2017

Rédaction Cinktank