"Altered Carbon" : la série qui a réussi à faire une intrigue pourrie dans un univers génial

Critiques
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16.02.2018
Alors oui. Mais en fait non. Enfin, oui et non quoi.

Netflix a récemment dégainé sa série blockbuster, son "Breakthrough Show" (on sait pas si ça existe mais bon ça sonne bien), sa série qui allait l'imposer comme une très grande du game. Tu vois les moyens colossaux employés pour faire "Blade Runner 2049" ? Bah Netflix allait faire pareil, mais en série.


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SPACE OPERA DE LUXE ?


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Mais hélas, c'est pas trop ça. Pourtant, les livres de Richard Morgan dont le show est l'adaptation, c'était trop ça. Une humanité qui a découvert comment transférer l'âme humaine de corps en corps et donc vivre éternellement. Des complots interstellaires, des questions philosophiques et religieuses, des enquêtes policières se rapprochant d'un style noir. La question de l'identité, publique comme sexuelle, complètement rajeunie et secouée...

Avec "Carbone modifié" et tout l'univers des aventures de Takeshi Kovacs (il y a également les tomes "Anges déchus" et "Furies déchaînées") il y avait matière à ce que "Altered Carbon" deviennent la future série Space Opera qui rassemble, au même titre que Game of Thrones est la version Fantasy des "Feux de l'Amour" (ouais on fait les beaux maintenant, mais on verra comment nos enfants se foutront de notre gueule).

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CE QUI EST BIEN


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Dans la série, il y a des choses bien, très bien même. Ce sont les questions soulevées par le récit original. On va essayer de faire concis...

Nous sommes en 2384. La plupart des humains sont "numérisés" (HD ou Humain Digitalisé), grâce à une pile faite d'un matériau chelou insérée à la place d'une de nos cervicales. Et qui permet de stocker la mémoire et la personnalité de chaque individu. Alors quand on meurt, il suffit de récupérer cette pile mémoire et de la réinjecter dans un corps humain (biologique ou synthétique) vide. Une enveloppe qui permet à l'être de "revenir à la vie". Comme quand tu changes de portable en gardant ta carte sim et que tu récupères tous tes contacts et toutes tes photos.


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Ces corps, ou enveloppes sont donc des marchandises qui obéissent aux mêmes lois de marché qu'un produit de consommation classique. T'as de l'argent, t'as une belle enveloppe et tu peux même t'en faire cloner d'autres au cas où. T'as pas d'argent, et t'auras une enveloppe de merde, même pas de ton sexe d'origine parfois. Elles peuvent être synthétiques, de plus ou moins haute gamme, organiques, c'est-à-dire humaines, ou être des clones de leur propriétaire.

Ainsi, imaginons que tu meures, si t'es blindé t'auras déjà prévu la suite avec un autre corps. Mais si t'es pauvre, il faudra hélas que tu attendes qu'on t'en file un, et ce sera pas forcément top. Tu pourras même ne pas avoir d'enveloppe du tout et attendre dans un tiroir. Ces "THD" peuvent être également loués ou encore pris sur des prisonniers en suspension (chose qui va arriver justement à Takeshi Kovacs). La suspension c'est la prison pour les piles, en gros. Et comme l'âme n'est pas sensée mourir, il peut y avoir des peines de prison dépassant les 200 ans.

Par contre, on peut mourir vraiment. Il faut que la pile soit détruite. Voilà, tu sais à peu près tout.

C'est ce postulat de base qui est le plus intéressant et soulève une multitude de questions fondamentales : L'esprit supporterait-il l'éternité ? Si l'humain devient un dieu aux yeux des autres, alors doit-il s'exclure ? Est-ce que c'est notre corps qui fait ce que nous sommes ? Où peut se placer la religion, si l'homme accède au pouvoir des dieux ? Est-ce que la vie signifie quelque chose si la mort n'existe plus ? Pourquoi diable la femme de Laurens Bancroft a t-elle constamment les tétons qui pointent ? Tant de questions. Tant de doutes.

CE QUI CASSE TOUT

"Altered Carbon" aurait pu être ce gros carton de Netflix, un sujet immensément contemporain finalement, avec comme véhicule une forme qualitative sous tous points. Mais hélas, on est déçus.


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On a beau en prendre plein la tête de décors, de costumes, de gadgets (normal, quand on découvre un monde nouveau), on reste sur la faim et aussi sur la fin. Jeu de mots, gratos. Déjà parce que le programme est parsemé de dialogues complètements pétés à base de "C'est pas le pouvoir qui décide de l'homme, c'est l'homme qui décide du pouvoir". Le choix de l'acteur Joel Kinnaman peut dérouter aussi, avec sa tête de con qui fait tout le temps la gueule sans jamais nuancer, alors que le personnage de Takeshi dans le livre est sensé être drôle (pas tout le temps, mais quand même).


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Et puis surtout, SURTOUT, alors que les catholiques s'opposent à la vie après la mort et entravent les enquêtes policières (ils refusent le passage d'une loi qui permettrai de ressusciter une âme assassinée pour qu'elle puisse identifier son agresseur)...alors qu'il y a de quoi nous faire une intrigue de malade mental mêlant religion et espèce, eh bien la showrunner Laeta Kalogridis a décidé de nous caler une histoire de frère et soeur QUI N'EST MÊME PAS DANS LE BOUQUIN et qui nous fait bien chier jusqu'à la fin.

Allez, ne soyons pas rabat-joie, parce qu'il y a tout de même de bonnes surprises. Le personnage de l'Intelligence Artificielle Poe par exemple. Ou encore la mise en scène lorsqu'elle se rapproche du jeu vidéo. On attend la suite, parce qu'on nous a parlé d'artefacts martiens et d'autres planètes, et qu'on aimerait beaucoup voir ça. Sinon on va devoir se rabattre sur logiquement sur "Totall Recall", "Starship Troopers" et "Jupiter Ascending".


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Altered Carbon
Une série créée par Laeta Kalogridis pour Netflix avec Joel Kinnaman, Renée Elise Goldsberry, James Purefoy, Kristin Lehman, Martha Higareda, Dichen Lachman, Chris Conner et Ato Essandoh

rédaction Cinktank