"Au revoir là-haut" ou la nouvelle preuve qu'Albert Dupontel est un des meilleurs cinéastes français

Critiques
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28.10.2017
Maintenant, on est chez Albert Dupontel. Et le cinéma d'Albert Dupontel, c'est Charlie Chaplin, c'est Takeshi Kitano, c'est Terry Gilliam. Des cinéastes engagés, et maîtres dans l'art du divertissement.

C'est toujours avec un plaisir immense et à peine dissimulé que l'on va voir un nouveau film d'Albert Dupontel au cinéma. La réponse est dans la première phrase. Avec "Au revoir là-haut", il faut que tu gardes en tête que tu ne vas pas voir l'adaptation du livre culte de Pierre Lemaître, mais le nouveau film d'Albert Dupontel. Si t'a capté ça, tu verras mieux passer le film.


au-revoir-la-haut

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Le livre d'origine est un matériau noir, vache, critique, violent, cynique. C'est l'histoire d'hommes qui décident de se venger d'autres hommes en les arnaquant. C'est donc une histoire humaine parlant de lutte des classes et associant un bien-né défiguré à un pauvre débrouillard. Deux "fruits" de la société française de l'époque, deux extrêmes, qui vont se mettre à vendre des faux monuments aux morts pour essayer de se sortir de la misère dans laquelle la guerre les a jetés.

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C'est un livre ultra documenté permettant de te faire voir que ce qu'on t'a appris sur la Première Guerre Mondiale est plus nuancé que cela au niveau des méchants et des gentils. Et que c'est une guerre dont la cause ne repose QUE sur l'assassinat de l'héritier du trône impérial et royal, François-Ferdinand d'Autriche-Este. Que chacun y trouve ses intérêts (le renforcement militaire des pays européens et de la Russie depuis le début des guerres balkaniques, les rivalités coloniales etc...). Voilà donc ça, c'est le livre de Pierre Lemaître. Une étude des comportements humains lorsque nécessité se fait et au-delà de ça, une charge ultra fine sur la société contemporaine.


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Maintenant, on est chez Albert Dupontel. Et le cinéma d'Albert Dupontel, c'est Charlie Chaplin, c'est Takeshi Kitano, c'est Terry Gilliam. Des cinéastes engagés, et maîtres dans l'art du divertissement. Par divertissement, on englobe aussi bien l'humour que l'épique, la volonté de raconter des histoires et de dépeindre des personnages forts. Albert Dupontel aime ça et, en grand modeste qu'il est, semble le faire du mieux qu'il peut (c'est un des seuls cinéastes qui a l'air de se faire chier à toujours trouver le meilleur mouvement de caméra possible pour chaque plan).

On est donc chez Dupontel, avec son personnage de naïf au grand coeur (qu'il fait revenir souvent). Chose qui arrive hélas par la force des choses puisqu'il ne devait pas à l'origine interpréter le rôle d'Albert Maillard et qu'il n'a pas donc pu se préparer correctement. Et comme dans tout film du cinéaste, grand admirateur de Chaplin, c'est la mise en scène et la gestuelle qui va compter. Des gags visuels au personnage du défiguré Édouard Péricourt (Nahuel Pérez Biscayart, la révélation de "120 battements par minute") qui, caché derrière une galerie de masques splendides, va développer un langage physique proche de la commedia dell'arte.


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Ainsi, à la sombre et crue lutte des classes, Albert Dupontel va préférer la comédie humaine drôle et bienveillante, parfois cynique (Merci Michel Vuillermoz). Mais jamais sans espoir. Et encore une fois, il faut garder en tête qu'on est chez ce réalisateur, et qu'on doit le prendre comme tel. Un film fait du mieux que l'on peut, servi modestement alors qu'il est incroyable de "cinéma" (les effets spéciaux, les costumes, le casting, la musique, la couleur reproduisant la trichromie des vieilles photos). Ne le prends pas pour un film "historique", cher(e) lecteur(trice). Non, "Au revoir là-haut" c'est une histoire d'arnaque bien contemporaine, mais en costumes.



Au revoir là-haut
Un film de et avec Albert Dupontel, Laurent Lafitte, Nahuel Pérez Biscayart, Niels Arestrup, Émilie Dequenne, Mélanie Thierry, Philippe Uchan, Kyan Khojandi, Philippe Duquesne...

rédaction Cinktank