"Bright" avec Will Smith, pourquoi tant de haine?

Critiques
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24.12.2017
Ce qui est véritablement intéressant avec "Bright" et qui explique peut-être la "haine" qui l'entoure, c'est sa plateforme de diffusion sans publicité, Netflix.

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"Bright" se fait globalement défoncer par la critique, pourtant après visionnage on est loin du navet de l'année (coucou "Snowman") ou d'une catastrophe industrielle (coucou "La Momie") pour Netflix.

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Dans un monde contemporain alternatif, où Le Seigneur des anneaux serait un roman autobiographique, les humains vivent au milieu des elfes (bourges qui vivent à Beverly Hills) et des orques (marginaux qui vivent en banlieue et qui écoutent du black métal). L'agent Daryl Ward est obligé de faire équipe avec le premier orque flic, Nick Jakoby, mal aimé par les siens, rejeté par les autres policiers. Duo old school improbable, façon "Tango et cash", qui (attention à lire à haute voix avec l'accent du sud) devra au péril de leur vie, protéger une elfe et surtout une baguette magique, objet de convoitise, capable de détruire le monde ou d'exaucer les rêves les plus Frappadingues.



Rien de neuf aux pays de Mickey et "Bright" est un film concept pas plus débile qu'un autre, mix curieux entre "Futur immédiat, Angeles 1991" ("Alien Nation") et le jeu vidéo "Shadowrun". Scénarisé par Max Landis, auteur de "Chronicle" et de "Dirk Gently, détective holistique", fils de John Landis réalisateur de "Thriller" et du "Loup-garou de Londres". Un habitué du film de genre et scénariste plutôt talentueux, qui dans "Bright" empile pourtant les clichés en forme d'hommage, sans jamais trouver sa propre identité. L'allégorie sociale sert de toile de fond et n'est jamais vraiment exploitée, pas aidée non plus par des dialogues basiques et déjà entendus mille fois.


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La réalisation de David Ayer, capable du meilleur ("Bad Times") comme du pire ("Suicide Squad"), est certes paresseuse, mais on est loin d'une catastrophe insuivable. Le récit enchaîne les situations prévisibles et téléphonées, mais il n'y a pas non plus de foutage de gueule. À la limite, on peut relever la maladresse de l'adaptation de l'expression "Black lives matter" en "Fairies life don’t matter" à l'effet discutable.

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Quant au casting, Will Smith fait du Will Smith (chacun son interprétation) et continue d'égratigner son statut de Star enchaînant les productions moyennes voire nulles depuis et bien depuis "Je suis une légende" en 2007. Joel Edgerton est plutôt bon en orque naïf, mais déterminé et le reste de la distribution se tient. En fait, "Bright" n'était effectivement pas fait pour le cinéma malgré son casting et son budget. "Bright", c'est plutôt un produit consommable, maté entre deux épisodes d'une quelconque série, ou en plusieurs fois dans les transports en commun. Aussitôt vu aussitôt oublié, qui ne t'as pas fais perdre ton temps, mais plutôt aidé à le passer.


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Ce qui est véritablement intéressant avec "Bright" et qui explique peut-être la "haine" qui l'entoure, c'est sa plateforme de diffusion sans publicité, Netflix. Le succès de ses productions ne repose pas tant sur les audiences que leurs capacités à ramener de nouveaux abonnés (source de revenus principale). À l'aide de ses algorithmes et des fameux Big Datas, Netflix fait le pari que "Bright", dont le visionnage peut provoquer la sensation d'être le fruit d'une intelligence artificielle, plaira à ses abonnés et en apportera de nouveaux. Une politique différente d'un simple producteur, qui doit défendre une œuvre pour exister en salles. Netflix regroupe à lui seul les trois principales entités de l’économie du cinéma. Il est tout autant producteur, que diffuseur et qu'exploitant. Un système d'optimisation risquée et cynique, mettant la politique de l'auteur à mal et devant des nouvelles problématiques.


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Un système, qui peut aussi s'avérer vertueux et qui n'est pas sans rappeler le système de financement du cinéma français. 10% de chaque billet vendu est reversé via la taxe sur les entrées en salles de spectacles cinématographiques (TSA) au CNC (centre national du cinéma) qui finance les films d'auteurs français, comme ceux de Xavier Beauvois, qui dans d'autres circonstances ne trouveraient pas d'investisseurs. C'est ce que fait Netflix, cherchant à plaire au plus grand nombre et qui grâce au succès (ou non) de produits calibrés comme "Bright", peut investir dans des œuvres plus ambitieuses comme "Mudbound" ou le documentaire "Jim and Andy : The Great Beyond".

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Rédaction Cinktank