"Call Me by Your Name" une éducation sentimentale

Critiques
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03.03.2018
La villa, lieu de vie, se métamorphose en un espace où les deux protagonistes se cherchent, s'évitent, se cachent, se déchirent et s'aiment.

CALL ME BY YOUR NAME

"Call Me by Your Name" est un récit initiatique sur le passage à l'âge adulte, l'éveil de la passion, du désir, des doutes et de l'amour (rien que ça). Le film de Luca Guadagnino, dont il ne devait être au départ que producteur, la mise en scène ayant d'abord été confiée à James Ivory ("Les Vestiges du jour") qui restera tout de même scénariste et producteur, est l'adaptation du roman d'André Aciman "Plus tard ou jamais" ("Call Me by Your Name") publié en 2007.



Il y a des films, des images, des personnages et des couples de cinéma, qui vous marquent presque instantanément la rétine et vous accompagnent encore un moment après les avoir vus. ""Call Me by Your Name" en fait partie. D'une douceur et d'une légèreté qui ne cachent jamais la gravité et la détresse des personnages dans un cadre idyllique comme coupé du temps qui passe. Le film est une ode à un amour impossible, aussi soudain qu'éphémère, entre Élio, jeune garçon de dix-sept ans et Oliver, étudiant américain de 24 ans venu, pour ses recherches, passé l'été dans la villa des parents du jeune homme dans le nord de l'Italie en 1983.

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CALL ME BY YOUR NAME

Aussi subtil dans les non-dits que frontal dans les relations charnelles, le film ne cesse de jouer sur l'ambiguïté des sentiments. La mise en scène de Luca Guadagnino accompagne les doutes d'Élio, elle épouse ses tiraillements avec une distance digne, jamais dans un voyeurisme malvenu. La villa, lieu de vie, se métamorphose en un espace où les deux protagonistes se cherchent, s'évitent, se cachent, se déchirent et s'aiment. Un endroit caché des tourments extérieur ou d'une société qui jugerait et un lieu de liberté rendu possible par la bienveillance des parents aimants et ouverts.


CALL ME BY YOUR NAME

"Call Me by Your Name" est un film érudit et aurait pu s'écrouler sous le poids de ses références artistiques, se rendant opaque pour nombre de spectateurs. Le risque est palpable à l'écran, mais désamorcé lors d'une scène magnifique. Celle où Elio déclare pudiquement à Oliver les sentiments qui l'habitent. Cette séquence commence par une question simple de l'étudiant américain : "Y a-t-il quelque chose que tu ne connais pas?", réponse d'Elio : "oui, ce qui compte vraiment". Ça aurait pu être mièvre, c'est tout l'inverse. Le film délaisse à ce moment les paroles superflues et s'abandonne, à l'image de ses personnages, à la passion.

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Une recherche constante de toucher juste et une ode à la tolérance matérialisée par un échange déchirant sur le temps qui passe et les regrets entre le jeune homme et son père. La réussite n'aurait pu être complète sans un casting international génial. Armie Hammer et la révélation Timothée Chalamet sont incroyables, mais ce serait injuste de ne pas citer les seconds rôles aussi discrets qu'indispensables. Amira Casar et Esther Garrel sont justes et touchantes. Mais on soulignera un peu plus la performance de Michael Stuhlbarg, révélé dans "A Serious Man" des frères Coen et acteur trop peu reconnu, poignant dans le rôle du père d'Elio.


CALL ME BY YOUR NAME

On pense beaucoup à Claude Sautet et à Bernardo Bertolucci devant "Me by Your Name". Une œuvre bouleversante qui transcende la relation homosexuelle pour toucher tous ceux qui ont un jour aimé avec une pudeur et une sensibilité bien loin du cynisme ambiant.


CALL ME BY YOUR NAME

CALL ME BY YOUR NAME

De Luca Guadagnino

Avec Armie Hammer, Timothée Chalamet, Michael Stuhlbarg, Amira Casar et Esther Garrel

Rédaction Cinktank