"Carbone", le premier film du nouveau Olivier Marchal

Critiques
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04.11.2017
Alors si l'on enlève cette partie, il nous reste quoi ? Des acteurs qui tiennent complètement la route, et Benoit Magimel qui sera vraisemblablement plus tard notre nouveau Lino Ventura mixé à du Ryan Gosling. Ryan Ventura quoi.

Le gros problème d'Olivier Marchal, c'est qu'il a créé son propre style. Un style qui a fait un bien fou aux policiers à la télévision puis au cinéma, qui se faisaient jusqu'alors bien bien saccager par Julie Lescaut et Taxi. Il leur a rendu leur honneur, ayant lui-même été flic, et donc ayant connu des choses autrement plus sombres et violentes que les histoires de sans-papiers dans "P.J." (qui était une bonne série, ne soyons pas de mauvaise foi).


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Mais à trop nous enfoncer le clou à base de policier dépressif et alcoolique, genre héros ruiné par la société mais au coeur pur au fond. Et à trop vouloir absolument nous balancer de la punchline de mec badass un peu partout, franchement, Olive, tu nous avais un peu perdus. Reprenons à la troisième personne, pas de familiarités.
Et en même temps, c'est bien le problème d'Olivier Marchal, de nous avoir d'entrée de jeu cassé la tête avec "Police District", "Gangsters" et "36 Quai des Orfèvres". La presse s'enflamme, le public aussi, du coup après on veut re-tenter le hold-up (petite métaphore de circonstance, mais bien pétée quand même).


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Donc voilà, on en avait un peu ras la casquette des créations Marchal, justement parce qu'il ne nous apportait rien de nouveau. Et qu'à force de tourner en rond, tu fais comme Hans Zimmer, tu finis par te copier. En plus on commençait à vraiment l'apprécier comme acteur, notamment dans des films comme "Le jour attendra" d'Edgar Marie.
Toute cette introduction pompeuse pour te dire qu'on s'attendait à du Marchal, mais qu'on a finalement été surpris.



"Carbone" raconte l'histoire d'un patron de PME (Benoit Magimel) acculé de dettes et qui décide d'arnaquer l'État français en exploitant une faille dans le système de la taxe Carbone. Une escroquerie basée sur la revente de quotas d'émission de CO2 en ne déclarant pas la TVA. On quitte les flics dépressifs et on va vers le banditisme financier, auquel se raccrochent inévitablement les gangsters.
Ainsi Olivier Marchal sort de son univers (un peu), de son confort (un casting tout neuf qui marche vraiment bien) et s'aventure vers le thriller financier. On y voit des pointes de comédie même.

L'ARNAQUE À LA TAXE CARBONE, C'ÉTAIT DE L'ARGENT TROP FACILE


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Alors, si on ne juge pas le film parce que c'est un travail que l'on ne sait pas faire, on peut tout de même se poser la question du traitement. Car Olivier Marchal a traité comme un film noir une histoire qui s'apparente à "The Big Short" ou "Le Loup de Wall Street". Il nous raconte l'histoire d'un homme qui, pour sauver son entreprise, va mettre sa vie en jeu. Mais le vrai ennemi dans tout ça, c'est pas le méchant arabe dealer de came qui veut récupérer son pognon. Non.
Le vrai ennemi, c'est l'industrie. Qui, pour pouvoir polluer plus, va racheter des droits à des entreprises qui en dépassent pas leur quotas. C'est également les gouvernements. Qui ont permis à des entreprises d'acheter leur DROIT DE POLLUER. C'est ça l'histoire. Des mecs qui veulent s'enrichir, c'est bien. Mais on s'en bat les couilles de leur histoire. Ce qu'on aurait voulu voir, c'est cette charge contre les dérives des hommes sur leur environnement.


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Mais bon. Déjà nous, on est mal placés pour juger. Et ensuite, impossible de contenter tout le monde. Alors si l'on enlève cette partie, il nous reste quoi ? Des acteurs qui tiennent complètement la route (Michael Youn, Idir Cheder, Gringe), et Benoit Magimel qui sera vraisemblablement plus tard notre nouveau Lino Ventura mixé à du Ryan Gosling. Ryan Ventura quoi.

Carbone
Un film d'Olivier Marchal avec Benoit Magimel, Michael Youn, Dani, Idir Cheder, Gringe, Laura Smet, Gérard Depardieu...

rédaction Cinktank