"Carré 35" d'Eric Caravaca une plongée intime et déchirante dans la mémoire familiale

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06.11.2017
Il part à la recherche de cette sœur, morte avant la naissance de l'acteur et de son grand frère, tentant de comprendre les raisons de l'omerta qui pèse autour de Christine, dont seul l'emplacement de la tombe (la carré 35) est connu, premier enfant d'un couple à la vie tourmentée par les drames personnels et les affres de la décolonisation.

Carré 35

Il y a des films qui touchent au plus profond de chacun avec une économie d'effets et une pudeur teintée d'élégance. "Carré 35" en fait partie et bien plus encore. À mi-chemin entre documentaire et fiction, le film de l'excellent Éric Caravaca (acteur dans "La Chambre des officiers" de François Dupeyron ou dans "Son frère" de Patrice Chéreau) enquête sur un lourd secret familial, mêlant images d'archives de l'histoire avec un grand H, des images 8 mm familiales et témoignages contemporains.

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Il part à la recherche de cette sœur, morte avant la naissance de l'acteur et de son grand frère, tentant de comprendre les raisons de l'omerta qui pèse autour de Christine, dont seul l'emplacement de la tombe (le carré 35) est connu. Premier enfant d'un couple à la vie tourmentée par les drames personnels et les affres de la décolonisation.



Éric Caravaca évite l'écueil du drame intimiste laissant à sa porte les spectateurs, en optant pour une narration très cinématographique, mélangeant le Film Policier, les parallèles avec l'histoire française mouvementée des années 50/60.
Questionnant également sur le sens des images, quelle connexion elles entretiennent avec notre rapport au réel et aux souvenirs des êtres aimés qui ne sont plus là. Proposant la photographie d'une époque tragique, renforçant l'empathie que l'on ressent pour ses "personnages" et les épreuves qu'ils ont enduré.

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Il n'oublie pas non plus de mettre en scène son histoire de façon élégante et structurée. Il propose des magnifiques plans, jamais gratuits, toujours évocateurs d'un être inconnu dont on n'a conservé aucune image. Qui était cette petite fille? De quoi est-elle morte si jeune ? Pourquoi tant de contradictions lorsque l'on parle de son existence ?


Carré 35

Des questions qui petit à petit trouvent leurs réponses et révèlent le vrai sujet du film. Celui du portrait d'une femme, d'une mère, celle du réalisateur. Femme brisée par un drame, qui fera le choix de faire table rase du souvenir de son propre enfant. Un déni de la réalité pour mieux oublier, pour ne pas chuter, pour ne plus pouvoir se relever. Oublier pour se donner une nouvelle chance de vivre. Elle ne conservera de sa petite fille aucune photo, expliquant qu'il ne sert à rien de pleurer les disparus. On apprendra que ce n'était pas la seule raison. Que la douleur a également le goût de la honte.


Carré 35

Éric Caravaca, ne juge jamais ses parents. Il veut savoir, a besoin de comprendre. Lui, qui a ressenti le besoin de mettre en images ses recherches, le jour où il est devenu père.Il porte sur ses parents un regard juste et bienveillant, mais jamais complaisant, n'hésitant pas à mettre sa mère face à ses propres contradictions. Mais aussi un regard de cinéaste, œuvrant à faire partager ses drames intimes, pour mieux faire ressentir que chacun d'entre nous a, ou sera touché par les mêmes lourds silences. Son histoire devient la nôtre, c'est la plus grande réussite d'un film dont la délicatesse n'a d'égale que sa charge émotionnelle.


Carré 35

CARRÉ 35

De Eric Caravaca

Date de sortie 1 novembre 2017

rédaction cinktank