“Ce qui nous lie”, Et on boira le calice jusqu’à la lie

Critiques
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15.06.2017
C’est bien connu, le vin ça rapproche, surtout en soirée.

ce qui nous lie

“Ce qui nous lie” le dernier film de Cédric Klapisch pourrait très bien illustrer cette expression populaire un tantinet désuète signifiant “Supporter une épreuve pénible jusqu’à son terme”.
Mais on se rassure, ce n’est pas le film qui est éprouvant. C’est plutôt la situation d’une fratrie brutalement placée face à ses responsabilités après le décès précoce du père.

Avec l’appui d’un casting sympa qui fonctionne très bien en fratrie dans l’univers vigneron, Klapisch nous sert une petite histoire, tout ce qu’il y a de plus banal et ennuyeux avec son lot de problèmes dont tu passerais bien quand-même dans la vraie vie.La mort, le deuil, l’héritage dans tous les sens du terme, les droits de successions (c’est cher et compliqué), en y ajoutant le coeur de ce qui lie les êtres, la famille, les souvenirs, les décisions qui changent des vies et le passage à l’âge adulte, même après 25 ans...

Et c’est justement là, et encore une fois pour parler au plus grand nombre (est-ce pécher que de vouloir être universel dans son propos?), que les sujets abordés font mouche (expression populaire que seul ton oncle emploie encore et signifiant “toucher juste”).

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On y retrouve Charlotte (Ana Girardot) en soeur sensible mais au nez et au palais qui en moucherait plus d’un, Jérémie (François Civil) en petit dernier souffrant de sa position et de Jean (Pio Marmaï) en aîné qui lui non plus ne l’a jamais trop aimé, sa position. De toute façon c’est toujours l’aîné qui en bave, et on ne sait toujours pas pourquoi. Alors il est parti Jean, longtemps, 10 ans...


ce qui nous lie

Mais comme nous l’a si bien fait comprendre notre ami Orelsan, c’est bien beau de se casser mais après avoir fait le tour du monde (qui t’a au minimum coûté 15 000 euros petit insolent) tout ce qu’on veut c’est être à la maison. Mais laquelle? Evidemment pendant ton périple tu as pu rencontrer l’homme ou la femme de ta vie à une Full Moon partie en Thaïlande, et c’était pas du pinard bio que tu avais bu ce soir là. Bref, tu t’es installé, tu as fondé ta famille ailleurs, loin de tes racines de vigne et de tes souches adorées. Et alors, tu as le droit de revenir dire adieu à ton père sans arrières pensées cupides non?

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Et c’est donc Jean, l’aîné, qui nous fait entrer dans l’odyssée familiale peu mouvementée sur 4 saisons à son retour du monde. Mais ce qui aurait pu être bâclé en 15 jours s’est finalement prolongé, et c’est pour mieux mettre en parallèle la maturation du trio finalement bien soudé et leur première cuvée sans les conseils du feu patriarche. C’est bien connu, le vin ça rapproche, surtout en soirée.

Et ça tache les dents aussi, mais ce n’est pas traité dans le film. En revanche, ce sont les vignes du voisins qui sont traitées, et c’est le petit cadeau écologique de “Ce qui nous lie”.
Les jeunes vignerons font bien-sûr du vin bio, et on ne se demande pas de quoi est mort leur père, disons que Klapisch ne s’est pas étendu sur ce sujet controversé mais qu’il a probablement souhaité évoquer l’évolution positive qu’implique une transmission à la générations suivante.


ce qui nous lie

Dans ce film, on sent la volonté du réalisateur à nous ancrer dans la réalité, et malgré quelques petites caricatures (la belle-mère envahissante, le beau-père écrasant, les vendangeurs compétents mais dissipés...) “Ce qui nous lie” reste un film vigneron même si la fratrie y est au centre.

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Au final, le cycle de maturation du raisin et ses subtilités nous expliqueront que la date de récolte est une décision importante, un décalage de quelques jours et le vin sera différent, plus ou moins rond, équilibré, aromatique et… apte à vieillir. Mais le sommes-nous vraiment? On était quand-même bien gamins…

“CE QUI NOUS LIE”

De Cédric Klapisch

Avec Pio Marmai, Ana Girardot, François Civil

Date de sortie le 14 juin 2017



Charly Green