"Churchill", l'homme derrière le politique était-il à la hauteur du mythe?

Critiques
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31.05.2017
C'est un homme hanté par le tragique évènement de la bataille des Dardanelles (1916) durant la première mondiale. Alors premier lord de l'Amirauté il fut désigné coupable de la débâcle et de la perte de 205 000 soldats Britanniques

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Juin 1944. 48 heures avant le débarquement de Normandie, Winston Churchill s'oppose à la stratégie Omaha Beach soutenue par le général américain Dwight Eisenhower.

Focalisé sur une période peu connue de la tumultueuse vie politique du vieux lion, "Churchill" ne manque pas d'intérêt d'un point de vue historique. Malheureusement, sa réalisation pompeuse et un récit frisant la caricature, plombent rapidement le film, tombant dans l'effet de style, dénué de point de vue critique et d'une véritable proposition cinématographique.

Le réalisateur Jonathan Teplitzky, s'engouffre dans une mise en scène clipesque pour palier au manque de rythme et de profondeur dont souffre son récit. Quant à l'interprétation de Brian Cox, son cabotinage prêtera à discussion.

Churchill est un homme hanté par le tragique évènement de la bataille des Dardanelles (1916) durant la première mondiale. Alors premier lord de l'Amirauté il fut désigné coupable de la débâcle et de la perte de 205 000 soldats Britanniques. Il fut bercé dans son enfance, par les exploits de son illustre aïeul le premier Duc de malborough (1650-1722) et collectionne les soldats de plomb avec lesquels il reconstitue les célèbres batailles comme Waterloo. Il ne supporte pas cette défaite et même si l'histoire démontre qu'il n'est pas le seul responsable, elle le hante encore 30 ans plus tard.

Churchill, est né en 1874 et fut reçu, à la troisième tentative, au royal military collège de Standhurst, équivalent de Saint-Cyr. Le problème, c'est que dans son école militaire, les officiers de la cavalerie n'étaient pas initiés aux secrets de la stratégie, ce que les généraux et les amiraux britanniques déploreront pendant 5 ans, à chaque fois que Churchill se lancera dans des stratégies militaires, au mieux audacieuses, aux pires farfelues.

Cependant, et c'est là ou le film tombe dans la caricature, la Seconde Guerre mondiale a révéler un homme, prodigieux organisateur, propagandiste de génie, qui a incarné à lui seul, un pays, une force et une conviction, qui sans conteste firent basculer le destin du côté des alliés.


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Néanmoins, il manquait à l'homme d'état des règles de stratégies de base qui firent hurler les militaires en charges tels que le général américain Dwight Eisenhower et le maréchal anglais Montgomery.

D'abord, la concentration des forces. Il harcèle ses généraux pour qu'ils passent à l'offensif alors qu'ils n'ont pas encore ni les moyens humains, ni matériels. En deuxième lieu, il néglige l'interdépendance des théâtres d'opérations. Il est constamment tenté de se focaliser sur les détails au détriment du plan d'ensemble. Par exemple, il veut prendre l'île de Rhodes en 1944, alors que la campagne d'Italie traine en langueur faute de ressources nécessaires. La troisième règle est son incapacité à distinguer le possible, du souhaitable. Au début du conflit, il insistait pour mettre en place le plan Catherine, consistant à faire pénétrer la flotte britannique par la mer baltique, en débarquant sur les côtes nord allemandes, non fortifiées. Idée géniale, mais irréalisable, au vu des difficultés de naviguer dans les détroits danois, des mines, des avions, des sous-marins qui pullulent dans ces eaux. Il ne cesse de demander l'impossible en citant la maxime de napoléon "on s'engage et puis on voit !". Malheureusement, l'art de la guerre a bien changé et il est petit à petit mis à l'écart des prises de décisions militaires. On lui reproche, à juste te titre, de sous-estimer le domaine de la logistique, dans lequel les Américains sont passé maîtres. Il ne voit pas l'intérêt et estime les budgets alloués à ces services "démesurés".

Pourtant, Churchill, bien que colérique et autoritaire (seul sa femme semble avoir un certain ascendant sur lui), était avant tout un démocrate. Il reconnaît deux pouvoirs au-dessus de lui : le Roi et le Parlement et sait s'entourer de "garde-fous" toujours prêts à le contredire. Churchill ne refusait pas que l'on le combatte, il refusait la médiocrité intellectuelle. Il attendait des autres le même investissement physique et mental que lui et que les circonstances exigeaient. C'est cette association entre ce stratège zélé et des militaires plus réalistes, mais moins inventifs, qui assurèrent la victoire finale.


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Homme imparfait, victime de périodes de profondes dépressions, il fut l'un des seuls à sentir venir la menace nazi et a dénoncer les accords de Munich (1938), alors qu'il était au même moment marginalisé dans la vie politique anglaise. Ce suractif obsédé par l'effort de guerre, fut nommé au poste de premier ministre en 1940 et ne cessa d'incarner une nation et d'infléchir sur la destiné d'un pays. ce n'est pas un hasard si les anglais estiment encore aujourd'hui qu'il est la figure britannique la plus importante de l'histoire.


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"Churchill" de Jonathan Teplitzky, ne parvient jamais à effleurer la gravité du moment et les contradiction d'un homme d'état rentré dans l'histoire, dont jamais le récit n'apporte de point de vue critique. Le film s'enlise dans une narration faiblarde et répétitive, pour aboutir à un résultat final, dont le seul intérêt réside dans son sujet.

CHURCHILL

De Jonathan Teplitzky

Avec Brian Cox, Miranda Richardson, John Slattery

Date de sortie 31 mai 2017



Rédaction Cinktank