"Comme des garçons": droit dans le mur

Critiques
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28.04.2018
Et là, au bout de 5 min, sensation étrange, on se demande si on n'est pas dans le salon de mamie en train de mater un épisode de "Miss Marple"

Comme des garçons (2018)

Après le mastodonte décérébré et affligeant "Taxi 5", on avait envie d'une petite comédie française sans prétention, mais exigeante dans la conception qui rappellerait que populaire pouvait rimer avec qualité. C'est donc avec les meilleures attentions qu'on se cale dans la salle de ciné pour mater "Comme des garçons". Premier long-métrage de Julien Hallard (connu pour ses courts-métrages à l'ambiance Jarmushienne) dans lequel on suit (inspiré de faits réels) la création de l'équipe féminine du stade de Reims en 1969 par Paul Coutard, journaliste sportif branleur au quotidien Le Champenois et Emmanuelle Bruno, secrétaire de direction dans ce même journal.



Et là, au bout de 5 min, sensation étrange, on se demande si on n'est pas dans le salon de mamie en train de mater un épisode de "Miss Marple". Dialogues qui sonnent faux dans la bouche de comédiens qui habituellement tiennent la route (c'est dur pour Max Boublil et Vanessa Guide).Mise en scène télévisuelle (et on parle de "Game of Thrones" hein) où tous les effets comiques sont filmés avec une distance et un manque de rythme qui font s'effondrer la moindre tentative humoristique. C'est comme si au lieu de prendre les blagues à la volée, on assistait un peu gêné à l'échauffement, l'installation et le lancement d'une course vers le rire. Le problème et pour faire une métaphore footballistique de merde, mais de circonstance, sans les bons crampons tu peux pas faire un bon match.


Comme des garçons (2018)

Comme des garçons (2018)

Les rapports entre les personnages sont mécaniques et chaque péripétie, au lieu de faire avancer l'histoire, ne font que forcer que les évènements au détriment des personnages, de l'intrigue, et même du postulat de base féministe (voir le traitement du personnage de Jeanne, interprété par Mona Walravens). Adieu l'intérêt pour l'histoire, bonjour l'ennui. C'est dommage, car l'on sentait bien tout le potentiel de cette comédie sociale à l'anglaise. Mais ce que semblent oublier les instigateurs de "Comme des garçons ", c'est que les bons sentiments, ce n'est pas suffisant. Alors le casting fait comme il peut (Solène Rigot et Sarah Suco en tête) et on apprécie la relation entre Emmanuelle et son père. Mais tout a un air de déjà vu, tout est trop artificiel. Le manque de parti-pris artistique clair accouche d'une schizophrénie filmique. D'un côté des blagues misogynes à l'os 117, mais sans le second degré et la distance outrancière qui font le charme des films de Michel Hazanavicius, et de l'autre la charge sociale à la "Joue-la comme Beckham" ou "Coup de tête", sans un minimum de cynisme, d'ironie et d'une réelle caractérisation des personnages. Un film oubliable donc, mais surtout frustrant et criant de manque d'exigence dans sa réalisation. On ressort de la salle en se disant finalement que taxi 5 ce n'était pas si mal, non, on déconne, on est juste déçu et on se rappel la citation de l'écrivain André Birabeau: "Dès qu'on s'aperçoit qu'un acteur veut à toute force vous faire rire, il cesse d'être comique, pour devenir risible."


Comme des garçons (2018)

COMME DES GARÇONS

De Julien Hallard

Avec Max Boublil, Vanessa Guide, Bruno Lochet, Solène Rigot, Sarah Suco, Carole Franck, Delphine Baril et Luca Zingaretti

Date de sortie 25 avril 2018