"Le Château de verre", l'exemple type du film qui se livre au chantage émotionnel

Critiques
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29.09.2017
Loin de retrouver la modestie et la sensibilité de "States of Grace", Destin Daniel Cretton se perd dans un sujet qu'il n'arrive pas à maîtriser, incapable de faire une proposition claire et d'apporter un point de vue critique.

Le Château de verre

Destin Daniel Cretton revient au cinéma, après son magnifique et touchant "States of Grace" (2013), avec "Le Château de verre", adaptation du livre éponyme et autobiographique de la journaliste mondaine New Yorkaise Jeannette Walls.

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Le réalisateur s'entoure à nouveau de Brie Larson, dans le rôle principal de cette femme dont l'enfance a été marquée par ses parents abusifs, Rose Mary (Naomi Watts), une artiste excentrique et Rex Walls (Woody Harrelson), un inventeur alcoolique.



Allez retour dans le temps, détestation, amour, pardon rancœur, le film ne cesse de jouer sur les dualités et l'ambivalence des sentiments sans jamais choisir et échoue à maintenir un équilibre affectif.

Le seul choix fait, est celui de procéder au chantage émotionnel, tendance hollywoodienne quand on court après une nomination aux oscars en tirant sur telles ou telles cordes sensibles et en te susurrant, à toi spectateur, que c'est maintenant qu'il faut chialer.


Le Château de verre

Le film n'est pas non plus une insulte, la réalisation est classieuse et la lumière élégante, la direction d'acteur juste et le film est presque sauver par la partition de Woody Harrelson. Acteur précieux, il est exceptionnel dans le rôle de ce père abusif. Mal desservi par une écriture bancale et une caractérisation foireuse, qui misent dans les mains d'un autre acteur aurait simplement rendu son personnage détestable. Il réussit, avec subtilité, à retranscrire toute l'ambiguïté d'un homme tiraillé entre sa personnalité et ses responsabilités de père.

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Loin de retrouver la modestie et la sensibilité de "States of Grace", Destin Daniel Cretton se perd dans un sujet qu'il n'arrive pas à maîtriser, incapable de faire une proposition claire et d'apporter un point de vue critique.

Pourtant, l'histoire possédait en elle un véritable champ d'exploration des rapports familiaux, de la pression du groupe face au besoin d'émancipation individuelle.


Le Château de verre

Malheureusement, et c'est là ou le film est le plus mauvais, dans le dernier acte le personnage principal, celle qui portera toute sa vie le poids d'une enfance faite de privation, doit pardonner à ses parents. Alors qu'il y avait matière à secouer le sacro-saint dogme familial selon lequel on doit amnistier ceux qui t'on fait souffrir sous prétexte qu'ils sont tes parents.

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C'est dommage, Destin Daniel Cretton est talentueux et on n'a pas envie de le taxer de réactionnaire, obligé de la bien-pensance et du politiquement correct. On se dit juste, qu'il est passé à côté de son sujet et que même avec les meilleures intentions du monde, on peut aboutir à l'inverse et proposer un film tendancieux et artificiel.


Le Château de verre

LE CHÂTEAU DE VERRE

De Destin Daniel Cretton

Avec Brie Larson, Woody Harrelson, Naomi Watts

Date de sortie 27 septembre 2017

Rédaction Cinktank