"En Guerre" : Vincent Lindon le dernier samouraï des Mohicans

Critiques
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19.05.2018
Ainsi il ne faut pas voir ce film comme un règlement de compte entre puissants et dominés, puisque la délocalisation d'une usine est un symptôme d'un problème plus grand. Ici, le réalisateur semble nous montrer que ce qu'il nous manque le plus et que pourtant nous avons tous, c'est la parole.

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Les lois des internets étant ce qu'elles sont, on est obligé de poster cet article avant de savoir si Vincent Lindon gagnera à nouveau un prix d'interprétation masculine à Cannes pour ce qu'il vient de nous mettre dans la gueule.


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La teneur de "En Guerre" de Stéphane Brizé est telle, qu'il est difficile de se lancer dans une critique sans mobiliser le débat sur les ouvriers face aux grands patrons et actionnaires. Les travailleurs face au "Marché", cette variable invisible qui pourtant plane sur les emplois tout au long du film (et de la vraie vie).
Et s'il est si difficile de juger le film, c'est que son fond dépasse tout le reste. C'est un vrai-faux documentaire avec des acteurs et des amateurs dont l'histoire est la leur. C'est en fait une reconstitution.

Dans "En Guerre", on découvre un ouvrier et leader syndical (Vincent Lindon) faisant tout pour empêcher la fermeture de son usine et la conservation des emplois. S'en suivent, à la manière d'un feuilleton social, les différentes étapes de blocages et négociations. Jusqu'à...on te dira pas.


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C'est violent, c'est constamment sous tension grâce à la musique de Bertrand Blessing (percussionniste qui a commencé en jouant dans la rue), c'est extrêmement dérangeant et pourtant tout passe. La bonne idée a été d'engager en consultant Xavier Mathieu, délégué syndical devenu très connu avec son combat des "Contis" de l'usine Continental AG de Clairoix. Avec lui derrière pour coacher Vincent Lindon, chaque scène devient un lieu où il faut un nouvel argument. Parce que le personnage principal, en plus de se battre contre les dirigeants, doit également faire face à la désunion au sein des ouvriers.

À qui s'adresse le film ?

C'est une question peut-être très conne mais pourtant elle est là. Difficile de croire que les hauts dirigeants vont aller le voir. Ou peut-être qu'il le verront dans l'avion entre deux réunions. Pourtant c'est eux les plus visés. L'État aussi, présenté comme une institution jouant le rôle d'arbitre entre ses concitoyens et les investisseurs étrangers, ne voulant faire aucune vague.
S'il s'adresse aux ouvriers industriels en général, cela va leur donner de la reconnaissance et du courage. Surtout parce que le film est à Cannes et que, soyons honnêtes, la majeures partie des gens qui le verront découvriront sûrement pour la première fois le combat de personnes voulant garder leur emploi.


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Par contre, il a oublié quelqu'un, c'est nous. Nous les consommateurs pauvres, moyens ou CSP+, nous qui consommons les produits et qui, comme le niveau de vie baisse et ainsi que nos salaires, préférons acheter moins cher. Et ce qui est moins cher l'est grâce à un seul levier possible : le coût de la main d'oeuvre. Exactement ce pourquoi les ouvriers dans le film se battent, pour empêcher la délocalisation.

Se parler

Ainsi il ne faut pas voir ce film comme un règlement de compte entre puissants et dominés, puisque la délocalisation d'une usine est un symptôme d'un problème plus grand. Ici, le réalisateur semble nous montrer que ce qu'il nous manque le plus et que pourtant nous avons tous, c'est la parole.
Dans "En Guerre", tout le monde parle mais personne ne s'écoute. Le dialogue est voulu mais n'est nulle part. Personne ne se comprend.


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Voilà ce qu'on retient, en plus d'un Vincent Lindon qui dépasse tout et fait basculer le film dans une illusion du réel très déstabilisante. Notre seul Avenger.

En Guerre
Un film de Stéphane Brizé avec Vincent Lindon, Mélanie Rover, Jacques Borderie, David Rey, Oivier Lemaire...

rédaction Cinktank