Guy Ritchie a sûrement fait son unique "King Arthur"

Critiques
Audio picto à l'écoute
17.05.2017
Le moins que l'on puisse dire c'est qu'on est ressorti du cinéma avec l'impression bizarre de ne pas du tout quoi savoir penser de ce film.

Enfin - je dis bien "enfin" car ça fait longtemps qu'on nous le fait pendre au nez - ENFIN le "King Arthur : Legend of the Sword" de Guy Ritchie est là. Et même s'il est sorti depuis déjà une semaine aux USA et qu'il se fait démonter par le peu de gens qui vont le voir (14 millions de dollars de recettes, autant te dire : rien), eh bien on était présent pour voir de quoi il en retourne.



Et il en retourne, mais de manière vraiment mi-molle. Lorsqu'on est habitué aux cultes du genre fantasy, telle que la trilogie du Seigneur des Anneaux, on est vraiment chahuté. Et en cela il faudrait beaucoup plus rapprocher "King Arthur" de "Chevalier" (Brian Helgeland, 2001) pour son approche contemporaine de la vie médiévale. Ici, Guy Ritchie fait du Guy Ritchie, mais en costumes. Et lorsqu'il s'agit des scènes plus épiques, comme la dantesque scène d'introduction, le réalisateur applique son style à ce genre très codifié. C'est de là que commence le premier paradoxe.
Un film épique empreint de la pâte Guy Ritchie est certes rafraîchissant, mais il pêche forcément là où il devrait être démesuré, poétique, lyrique.


le-roi-arthur

Si l'on cherche bien, où pourrait se situer l'erreur ?

Il y a d'abord l'histoire. Est-ce que la légende du Roi Arthur intéresse encore les gens ? De nos jours, ce sont les héros de comics qui font bouger le public dans les salles. Les histoires revisitant des mythes de notre culture socio-religieuse ont tellement été adaptées des milliers de fois sous diverses manières que les spectateurs se sont peut-être lassés. On a eu encore l'exemple récemment avec "Tarzan" et "Pan" et on espère que ce ne sera pas le cas avec "Transformers : The Last Knight" qui parle aussi des Chevaliers de la Table Ronde. Pareil pour le "Robin Hood" avec Taron Eggerton qui sortira en 2018.
Pourtant, d'un classique comme Sherlock Holmes vu et revu au cinéma, Guy Ritchie a su rendre des films maitrisés et neufs. Chose enrichie évidemment par le choix de Robert Downey Jr, alors en pleine renaissance artistique avec "Iron Man" et un duo parfait avec Jude Law. Pourtant ici Guy Ritchie a fait appel au scénariste fétiche de Danny Boyle John Hodge (oscarisé pour son adaptation de "Trainspotting"). Mais si l'on veut pinailler un peu, on admettra facilement que la trame de l'intrigue ressemble à celle de l'épisode IV de "Star Wars". Un héros qui s'ignore, une guerre ancestrale, tous les magiciens (jedi ?) qui ont été décimés par le pouvoir en place, le méchant qui est de la même famille...bref


le-roi-arthur

Ce qui nous amène à la question du casting : Charlie Hunnam était-il une bonne idée ? Même s'il se révèle être un excellent acteur pour ce genre de rôle (le petit jeune con arroguant, beau et impertinent mais avec plein d'amour au fond de lui), d'autres sont passés avant lui. On pense notamment à Chris Pratt dans "Les Gardiens de la Galaxie". Donc déjà qu'avoir un mec à l'écran qui ressemble à d'autres (on le confond avec l'acteur de la série "Vikings") n'est pas un point fort pour s'y attacher, si en plus il incarne un style de personnage qu'on a déjà vu mille fois, ça aide encore moins. Même si c'est drôle.


le-roi-arthur

Alors peut-être que c'est l'interminable attente qui nous a lassé ? "King Arthur" devait initialement sortir l'été dernier, mais a été repoussé par la Warner car elle sortait également "Star Trek Beyond" à ce moment. Il était donc décalé à Février 2017, puis Mars et finalement Mai. Pas facile dans ce cas là de créer du buzz et de l'excitation.


le-roi-arthur

Un problème de montage final? Le film contient plusieurs introductions et a la lourde tâche de mettre en place un univers entier prévu sur 6 long-métrages (chose qui parait compromise à présent). Et même si l'on peut apprécier les effets de style du réalisateur dans ses flash-backs constants en plein milieu de l'action (chose déjà vue dans son "The Man from U.N.C.L.E."), ça ne participe pas toujours à la compréhension de ce que l'on nous montre. La version initiale durait 3h30 mais le réalisateur a dû écourter. Et on sait très bien ce qu'il se passe quand on doit sacrifier des passages d'un film clé dans un univers nouveau. Il n'y a qu'à voir avec le "Batman V Superman" de Zack Snyder qui s'avère être bien plus lisible avec ses 20 minutes manquantes lors de la sortie.


le-roi-arthur

Enfin bref, va le voir et ensuite on en reparle. Le seul point indéniable c'est la qualité de la bande originale, composée par Daniel Pemberton, qui apporte une belle puissance au récit sans l'enfermer dans un score pompeux classique. Arthur a été élevé dans la rue et la musique le fait magnifiquement ressentir. Mais tout cela est bien dommage car on sent que ce sera la dernière fois qu'on le voit au cinéma. Sachant que Guy Ritchie part diamétralement à l'opposé avec son nouveau projet, l'adaptation en live action du Aladdin de Disney. Oui oui.



King Arthur : Legend of the Sword
Un film de Guy Ritchie avec Charlie Hunnam, Àstrid Bergès-Frisbey, Djimon Hounsou, Jude Law, Eric Bana, Aidan Gillen, Mikael Persbrandt...

rédaction Cinktank