"Horace and Pete" : Rencontre du troisième trip

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19.09.2017
Le nom donné à l'OVNI : Horace And Pete. Une série de et avec Louis CK sur la vie d'un bar new-yorkais, tenu depuis un siècle par des générations de Horace et des générations de Pete.

Les phénomènes inexpliqués prennent souvent de cours ceux qui les vivent. Ils font irruption dans un univers familier, en déstabilisent jusqu'au dernier fondement puis disparaissent en loucedé. Ils regagnent alors un néant dont on doute qu'ils soient jamais sortis et ne laissent aux témoins de leur venue que le souvenir confus d'une rencontre insolite.


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Louisck.net a été le théâtre de tels phénomènes. Début 2016, un objet vidéographique non identifié s'est laissé observer sur la plateforme du comédien, suscitant incrédulité, exaltation et descentes d'organe dans sa fanbase.

Le nom donné à l'OVNI : Horace And Pete. Une série de et avec Louis CK sur la vie d'un bar new-yorkais, tenu depuis un siècle par des générations de Horace et des générations de Pete. Une œuvre profonde et sobre - également portée par Steve Buscemi, Alan Alda et Edie Falco -, dont les observateurs peinent à se remettre aujourd'hui encore.

Les « Yo mamèèène! Ct koi se bail mdrrr? » n'ayant d'ailleurs cessé de résonner depuis dans les coursives de la chancellerie artistique, un retour s'impose.

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1 : L'Apparition

Comme dans toute bonne histoire d'OVNI selon Jacques Pradel - et comme dans tout bon braquo selon 113 -, Horace And Pete est entrée sans faire toc toc toc. La série s'est invitée dans le quotidien de ses futurs spectateurs sans pimpage promotionnel aucun, tout juste annoncée par son créateur via sa messagerie personnelle. De plus, H&P n'a réclamé que deux mois et dix épisodes durant l'attention des spectateurs ; trop éphémère pour obtenir d'eux qu'ils interrompissent leurs louanges masturbatoires à la gloire de blockbusters surcotés. Rares étaient ceux au rendez-vous.


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2 : Le Vaisseau

Comme dans toute bonne histoire d'OVNI selon Dana Scully – et comme dans tout bon fix selon Swanney -, il faut un vaisseau. Ce sera le bar lui-même, établissement anachronique dans un Brooklyn qui s'embourgeoise. Quelques tables, un piano accordé dans un coin, un jukebox condamné au silence dans un autre et guère plus. Rien qui oserait égayer l'austérité assumée de l'endroit. De même pour la carte. « Beer, Whiskey, Gin, Vodka. No cocktails, no mixed drinks. ». Un mantra-couperet qui s'abat net sur les commandes fantaisistes d'hipsters déshydratés en quête de beuveries instagrammables. Plus qu'un pub, une navette spéciale.


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3 : Les Extra-Terrestres

Comme dans toute bonne histoire d'OVNI selon David Vincent – et comme dans tout bon programme politique selon Robby Ménard -, il faut des gens venus d'ailleurs. C'est le rôle des clients qui, à la faveur d'échanges alcoolisés, élèvent le débat bien au-dessus du commun et participent de l'atmosphère extraterrestre du bar. D'apparence banale, les habitués d'H&P trahissent des manières d'agir et de penser étrangères à ce monde ; les illuminations sporadiques du légendairement taiseux Steven Wright rappelant à elles-seules que la vérité est ailleurs. De quoi aimer les petits hommes-verres.


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4 : L'Abduction

Comme dans tout bonne histoire d'OVNI selon Grichka Bogdanov – et comme dans tout bonne guérilla selon les FARCs -, il faut un enlèvement. Ici, ce sont les codes visuels et sonores des séries qui disparaissent. Niveau mise en scène, exit les tournages en extérieur, les effets spéciaux et les changements d'ambiance : le pub constitue l'unique décor ou presque de chaque épisode. Côté son, pas de rires enregistrés made in Sheitan et une musique quasi-absente de la série à l'exception d'un générique chanté assez culte. Dans cet écrin minimaliste, les textes peuvent alors donner leur pleine mesure, dans l'humour et la tragédie. Rien n'est enlevé au hasard. Rien n'est enlevé qui fasse défaut.


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5 : Le Message

Enfin, comme dans toute bonne histoire d'OVNI selon Steven Spielberg – et comme dans tout bon rap selon Grandmaster Flash -, il faut un message. Et H&P en offre à deux niveaux. Sur le fond d'abord, la série montre comment cultiver des avis parfaitement inconventionnels mais intellectuellement défendables et foncièrement convaincants, sur des sujets que l'on croyait taris en terme d'analyse (au choix, avortement, Trump, racisme, schizophrénie, léchage de chattes, relations familiales, cancer...).
Sur la forme ensuite, la série rappelle ce que peut être la création lorsqu'elle est libre de toute contingence mercantile. Zéro calibrage des épisodes : tous ont des durées, des contenus et des formats différents. Largement inspiré du théâtre, la série se paie même le luxe d'un épisode en quasi-monologue sur 45 minutes avec en vedette Laurie Metcalfe, nominée aux Emmy pour la performance. Une ode discrète à la créativité en somme. Un mollard à la face du conformisme ambiant en sus.


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La dissection façon Roswell d'Horace And Pete s'achève là. La série aussi d'ailleurs. Elle n'aura pas de saison 2. Les OVNIs ne s'attardent jamais longtemps par ici.

Horace and Pete
Une série de et avec Louis C.K., Steve Buscemi, Edie Falco, Steven Wright, Kurt Metzger, Alan Alda et Jessica Lange

texte : MJC
rédaction Cinktank