"Justice League" est-il un gâchis total?

Critiques
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17.11.2017
Ce ne sera ni tout, ni rien. Pas un navet mal écrit et mal exécuté (coucou "Suicide Squad") ni un chef d'œuvre de divertissement intelligent (coucou "The Dark Knight")

On avait encore un peu d'espoir après les déceptions (moins depuis la version longue) du "Batman VS Superman" et (monumentale) de "suicide Squad". On se disait que les types en charge de la Warner et de DC Extended Univers étaient des gens intelligents, qu'ils avaient le droit de se tromper et d'apprendre de leurs erreurs. Après tout, c'est vrai que de dépenser 200 millions de dollars en moyenne par film sans avoir fini le scénario ou ne pas avoir une vision claire du ton et de la direction que ton univers étendu doit prendre, ça peut arriver à tout le monde....


justice league

Bien que pour le moment, aucun incident industriel ne soit venu compromettre l'avenir de la franchise DC, voir du genre "Super-héros" tout entier, on attendait une véritable reprise en mains du destin de Batman, Superman, Wonder Woman et consorts. Tous existent dans l'imaginaire collectif depuis longtemps, Batman créé par Bob Kane et Bill Fingers, apparaît dans le 27e numéro de Détective Comics en 1939 et tous possèdent un background passionnant à explorer.



C'est donc avec une fébrilité teintée d'espoir que l'on pénètre dans la salle conscient de risquer le tout ou rien. Passé les premiers plans mêlant l'univers visuel de Zack Snyder et des "Batman" de Tim Burton, le couperet tombe. Ce ne sera ni tout, ni rien. Pas un navet mal écrit et mal exécuté (coucou "Suicide Squad") ni un chef d'œuvre de divertissement intelligent (coucou "The Dark Knight"). Non, "Justice League" est un objet filmique indolore et inoffensif qui par crainte de déplaire, choisit de ne prendre aucun risque, pour aboutir à une histoire sans goût ni saveur.


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La faute a une mise en scène transparente, initiée par un Snyder fébrile qui a perdu sa maestria visuelle (qui divise) et a dû abandonner le tournage, suite à un drame personnel, laissant sa place à Joss Whedon. Le mélange de deux visions du super-héros se ressent tout au long du film, entrainant une sensation de "bricolage" normalement impensable pour ce type de production. La faute aussi à un récit cousu de fil blanc, provoquant ce petit aparté : arrêtez avec ces boîtes contenant le pouvoir ultime hyper dangereux que si on met ces trois boîtes entre des mauvaises mains elles pourront se transformer en une force destructrice, que c'est pour ça qu'on les a cachées sur une seule et même planète, dont une, dans le fond d'un jardin à 2 mètres de profondeur! Marvel est déjà sur le coup avec les pierres (boite, casseroles, tupperware, etc.) d'infinités.

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À croire également qu'il ne peut pas y avoir d'autres enjeux que celui de conquérir l'univers en passant obligatoirement par la case terre. Celle la même, qui confirme film après film, être la planète la plus casse couille de l'espace. De toute façon, ça sert à rien de se donner tout ce mal, la terre deviendra inhabitable d’ici l’année 2600. Je ne l'invente pas, c'est Stephen Hawking, qui est plus intelligent que toi et moi, qui le dis. Donc, amis scénaristes, l'univers est jusqu'à preuve du contraire infini, alors faites preuves d'inventivité et faites nous voyager. Surtout qu'aujourd'hui les effets spéciaux permettent de rendre crédible n'importe quelle idée toute droite sortie de notre imagination.


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Enfin des effets spéciaux mis au service d'une direction artistique de bon goût . Ce qui n'est malheureusement pas le cas de "Justice League" (l'élimination de la moustache d'henry Cavill est une vaste blague). Le film n'est pas particulièrement beau et "l'ambiance visuelle" ne se prête absolument pas à la volonté des scénaristes d'insuffler de l'humour dans les séquences et dialogues. C'est le gros point faible du blockbuster. Cette incapacité à mêler un univers aussi sombre, avec des fulgurances comiques sensées alléger un récit qui ne vole de toute façon pas très haut. Les enjeux dramatiques sont faibles et on n'est jamais vraiment concerné par ce que subissent les personnages, tant leurs histoires personnelles sont survolées et trop indépendante les unes des autres. Ce qui entraîne une artificialité dans les échanges, renforcée par le manque de danger qui plane sur eux. Steppenwolf, le grand méchant, n'est en effet jamais réellement une menace, mais plutôt le prétexte au rassemblement des justiciers. Rappelons-nous alors les paroles du cinéaste qui aimait beaucoup trop les blondes, Alfred Hitchcock : "Plus réussi est le méchant, plus réussi sera le film".

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Même si les acteurs sont dans l'ensemble convaincants, aucun ne se voit offrir un espace de jeux satisfaisant, trop stéréotypé et "utilitaire", pas aidés non plus par un choix de cadre télévisuel surprenant. Si bien que les ficelles du scénario se voient tellement que l'on en vient à anticiper chaque réplique et comportement attribué aux personnages (Flash, le comique, Batman, le terre à la terre, Wonder Woman, la bonne conscience, ...).

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Et pourtant, malgré tous ses défauts "Justice League" a pour lui une sincère démarche de divertissement et une surprenante modestie pour ce genre de production. Modestie, ou alors manque d'ambition à chaque niveau de création qui cloue le film au sol. Un film, a qui il manque un souffle épique et des plans "symboliques" en adéquation avec la mythologie qui entoure ses personnages.La tentative de les faire se marrer entre eux entre deux dégommage de paradémons est louable, mais ça ne fonctionne pas. Comme si l'image projetée de la réunion de tous ces super-héros était un idéal inatteignable.


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Cette pression pesant sur les épaules des décideurs, financiers et artistiques, accouche d'un film peureux, manquant cruellement de cette confiance qui engendre imagination et parti pris scénaristique osés. Il y aurait eu tellement à faire, tant de possibilité de jouer avec la personnalité complexe de ces super-héros, de les mettre devant des nouveaux défis. Une direction diamétralement opposée à celle prise par "Justice League". Un chemin de la sécurité qui risque peut être de lasser les spectateurs ? Ou alors arrivons-nous simplement au bout de l'exploitation du filon du genre "super héros" ? Les résultats artistiques et au box-office d'"Avengers: Infinity War" en avril 2018, donneront à coup sur des éléments de réponse.

JUSTICE LEAGUE

De Zack Snyder

Avec Ben Affleck, Henry Cavill, Gal Gadot

Date de sortie 15 novembre 2017

Rédaction Cinktank