"L'Homme qui tua Don Quichotte" et presque Terry Gilliam

Critiques
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28.05.2018
Après 2h10 de projection, une sensation domine les autres. Terry Gilliam est fou. Fou de cinéma, fou de frustration, fou d'imaginaire, fou d'un autre temps, cliniquement fou.

L'homme qui tua Don Quichotte

On peut reprocher plein de choses à Terry Gilliam, mais s'il y a bien une qualité qu'on peut lui reconnaître, c'est la persévérance. Presque 20 ans après une première tentative avec Jean Rochefort et Johnny Depp "L'Homme qui tua Don Quichotte" arrive enfin dans les salles obscures. Attaché à l'œuvre de Gilliam et aux artisans du cinéma qui, voulant sortir du giron des grosses cylindrées hollywoodiennes capitalisant sur des recettes éprouvées, peinent à trouver des financements. C'est donc en totale partialité que je rentre dans la salle avec une bienveillance inhabituelle.

Après 2h10 de projection, une sensation domine les autres. Terry Gilliam est fou. Fou de cinéma, fou de frustration, fou d'imaginaire, fou d'un autre temps, cliniquement fou. Le film est trop long, trop plein de tout et l'ennui cohabite avec des moments de pure poésie visuelle, rappelant les meilleurs œuvres du réalisateur de "Brazil".


L'homme qui tua Don Quichotte

L'histoire même du film qui ne ressemble plus trop à ce que devait être la version de 2000 est une superbe mise en abîme des aléas et des épreuves qu'a du dépasser Gilliam pour concrétiser son projet.

On y suit les (més)aventures de Toby, jeune réalisateur de pub cynique et désabusé qui se retrouve embarqué dans le trip halluciné d’un vieux cordonnier espagnol convaincu d’être Don Quichotte.



Partant de l'univers réaliste, mais franchement triste de Toby le film glisse doucement vers la folie du vieux cordonnier. À la question de savoir où se trouve la frontière entre rêve et réalité, le réalisateur a choisit. La réalité de ne peut se vivre sans imaginaire, les deux ne sont pas à opposer, mais bien à associer, se nourrissant l'un et l'autre. L'imaginaire peut être à la fois une aide à la compréhension du monde qui nous entoure, autant qu'un refuge à celui-ci.


L'homme qui tua Don Quichotte

C'est pourquoi "L'Homme qui tua Don Quichotte", porté par un casting génial (Jonathan Pryce et Adam Driver en tête), est plus qu'un film. C'est une profession de foi. Un appel à l'émerveillement et a pousser toujours plus loin les frontières du fabuleux. On est depuis plus de 10 ans abreuvés de films de super-héros souvent cloisonnés dans des récits répétitifs et écrasés par des effets spéciaux se copiant les uns sur les autres. Chez Marvel par exemple, difficile pour un héros d'exprimer une réelle identité de narration et visuelle tant il fait partit d'un tout qui se veut (doit?) être cohérent. Et quelques semaines après la sortie d'"Infinity War" (que l'on a d'ailleurs aimé) on se dit que malgré une relative déception, des longueurs et des incohérences scénaristiques. Il y a dans "L'Homme qui tua Don Quichotte" plus d'idées visuelles, plus de tentatives d'explorer la signification du mot imaginaire que dans n'importe quel Marvel.


L'homme qui tua Don Quichotte

Gilliam ne cherche pas à plaire et ce n'est pas comme on nous l'a souvent présenté qu'un simple "amuseur". Non, lui c'est en fait un explorateur. C'est le baron de Münchhausen, le Roi pêcheur, le docteur Parnassus, Don Quichotte. En fait, Terry Gilliam, c'est un personnage du monde des rêves qui de film en film cherche à rentrer chez lui. Ok, on s'enflamme un peu, mais on lui doit bien ça.


L'homme qui tua Don Quichotte

L'HOMME QUI TUA DON QUICHOTTE

De Terry Gilliam

Avec Jonathan Pryce, Adam Driver, Olga Kurylenko

Date de sortie 19 mai 2018

Rédaction Cinktank