"L'Île aux chiens" : Royal canin

Critiques
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14.04.2018
Parfois faussement adoré pour sa hype, Wes Anderson creuse un peu plus sa vision du monde, via des héros décalés à la recherche d'une liberté contrariée par un monde oppressant

L'île aux chiens

"L'Île aux chiens" de Wes Anderson continu d'explorer le monde chimérique de son auteur, mélangeant avec succès une mise en scène riche et poétique et un discours politique appelant à la désobéissance civile.

Dans un futur dystopique au Japon un virus contamine la plupart des chiens forçant les autorités à déporter la population canine sur une île poubelle. Or, cette maladie ne serait peut-être pas le fruit du hasard, mais bien une création d'un groupe d'individus pro chat bien décidé, dans un large complot, à exterminer nos amis à quatre pattes. Mais c'est sans compter la volonté d'un petit garçon, Atari qui s'envole sur l'île maudite à la recherche de son chien Spots et qui tombe sur une bande canine composée de Chef, Rex, Boss, Duke et King bien décidée à l'aider.



Prouesse visuelle utilisant la technique de l'animation en volume (stop-motion, mais avec des objets et figurines), le film explore avec talent la profondeur de champ créant un univers riche et crédible. "L'île aux chiens" doit aussi sa grande réussite à sa capacité à nous immerger dans un monde fictif et à adhérer aux aventures de ses protagonistes. L'une des clés de ce succès est la volonté de Wes Anderson de ne faire parler de façon directe que les chiens. Alors que les humains parlent dans leur langue originale (le japonais) et sont traduits par différents procédés (traducteur dans le champ, sous-titres, panneaux).


L'île aux chiens

Résultat, le spectateur est naturellement du côté des chiens et nous suivons le récit de leur point de vue. L'empathie se créer donc et l'anthropomorphisme prend pleinement sens. La qualité du casting voix, en version originale ou française, participe aussi à cette empathie et on prend beaucoup de plaisir à entendre Vincent Lindon, Romain Duris, Mathieu Amalric, Isabelle Huppert ou encore Léa Seydoux et Jean-Pierre Léaud dans un exercice rare pour eux.


L'île aux chiens

L'univers onirique et décalé du réalisateur de "The Grand Budapest Hôtel" prend, via le prisme de l'animation, tout son sens et la beauté visuelle de sa mise en scène s'accorde pleinement avec un sens du timing comique parfait. Il n'oublie pas pour autant de ponctuer sa narration d'éléments dramatiques, plus soulignés que surlignés, rappelant que l'apparente légèreté de l'histoire ne cache pas moins un discours politique acerbe. Parfois faussement adoré pour sa hype, Wes Anderson creuse un peu plus sa vision du monde, via des héros décalés à la recherche d'une liberté contrariée par un monde oppressant. On regrettera seulement comme parfois chez lui, une tendance à la redondance dans le dernier tiers du film, affaiblissement un peu le plaisir et le discours.


L'île aux chiens

L'ÎLE AUX CHIENS

De Wes Anderson

Avec Bryan Cranston, Edward Norton, Bill Murray, Jeff Goldblum, Liev Schreiber, Greta Gerwig, Frances McDormand et Scarlett Johansson

Date de sortie 11 avril 2018.

Rédaction Cinktank