"La Momie" avec Tom Cruise, marque t-il un tournant dans la course à la franchise?

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14.06.2017
Alex Kurtzman, n'a pas réalisé un film qui ressuscite le mythe cinématographique de "La Momie", il a surtout fait un film commercial, esclave des conventions du cinéma grand spectacle populaire.

la momie

Alex Kurtzman, réalisateur de "La Momie" est avant tout un scénariste et producteur à succès (Fringe, les Star Trek de J. J. Abrams, les Transformers de Michael Bay et Edge of Tomorrow de Doug Liman, entre autres). C'est à lui qu'Universal, déjà blindé par le succès des Fast & Furious, à demandé de relancer la célèbre franchise des montres de son catalogue. Alex Kurtzman aurait dû être au Dark Universe ce que Joss Whedon a été à l'Univers cinématographique Marvel, après l'échec de la tentative de l'honnête mais bancal Dracula Untold (2014). Et bien, je te le donne en mille Émile, c'est loupé.

Alex Kurtzman, n'a pas réalisé un film qui ressuscite le mythe cinématographique de "La Momie", il a surtout fait un film commercial, esclave des conventions du cinéma grand spectacle populaire. Peu importe le sujet, le déroulement de l'histoire est toujours le même, les personnages interchangeables, le héros, le sidekick, le love interest, l'allié pas si allié que ça et le méchant, peut être pas si méchant. On navigue sur un terrain balisé, où la surprise est exclue, le tout emballé dans une réalisation pas vraiment inspirée et des effets spéciaux pas au niveau.


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On passera aussi sur la performance de Tom Cruise, qui lorgne du côté d'un sous Nathan Drake, de la série de jeux Uncharted. Même si, on peut souligner la tentative d'autodérision dans quelques scènes. L'acteur de 54 ans (mais les gros plans liftés numérique lui en donnent 25 de moins) chope à tout-va, casse du méchant, balance des punchlines qui sentent bon les années 90 et est au centre de toutes les attentions. Et la Momie alors ? Et bien, la bonne idée de la transformer en femme (Sofia Boutella, au jeu physique intense et crédible) s'évapore au moment où elle décide de faire de Tom "Ethan Hunt" son élu et de littéralement l'harceler sexuellement ! Entre elle et le personnage Jenny Halsey (Annabelle Wallis), on repassera sur la place de la femme au cinéma. Quant à Chris Vail (Jake Johnson) on sent que les scénaristes (ils sont six à être crédités au générique, un indice peut être) ne savent pas comment, à la fois l'utiliser et lui donner de la constance, sans faire de l'ombre à Tom "Top Gun" Cruise. Le même traitement est réservé au pauvre docteur Jekyll. Russell Crowe, quand il n'est pas correctement dirigé, est en totale roue libre et livre ici une prestation indigne du grand acteur qu'il a été, c'est Maximus Decimus Meridius bordel !


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Une réalisation plate (même si la scène de l'avion est vraiment réussie), un scénario paresseux, avec beaucoup d'incohérences et des acteurs pas au niveau, ça fait beaucoup. Je dirais même, ça fait trop (oui, je cite "La Septième Compagnie" nos Avengers à nous) et on en vient à regretter "La Momie" de 1998 (ah Rachel Weisz...), qui avait le mérite de ne pas se prendre la tête (Brendan Fraser était au top)et rendait, dans sa réalisation et son histoire, un vrai hommage aux films des années 30. Mal au point au Box-office mondial, "La Momie" pourrait éventuellement se refaire la cerise dans le nouvel Eldorado hollywoodien, le marché chinois. Si succès il y a, dans l'Empire du Milieu, on pourrait espérer (ou pas) que la franchise du Dark Universe ne soit pas morte née.

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"La Momie" est le symptôme d'une époque où Hollywood s'est engagé dans une course frénétique à une surproduction de blockbusters de super-héros, où chaque film de ce genre use encore et toujours des mêmes ficelles, jusqu'à en dégoûter les spectateurs. Plutôt que d'exploiter le succès de ces films, en évoluant vers de nouveaux horizons scénaristiques et filmiques, même si le premier "Gardiens de la galaxie" s'y était essayé avec succès, avant de sagement rentrer dans le rang avec un décevant second opus, Hollywood fonce tête baissée, en faisant d'elle la maxime de Napoléon "on s'engage et puis on voit !".


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Steven Spielberg et George Lucas, ne s'y trompent pas, en prédisant que la politique des studios à miser des sommes énormes (300 millions de dollars) sur un seul film pour décrocher un maximum de profit en un temps réduit. Engendre des risques de catastrophes industrielles, pouvant entraîner sur deux trois films l'écroulement du système financier des studios. Spielberg, insiste aussi sur le fait que ce sont les films de super-héros qui pourraient être à la base de la ruine du cinéma hollywoodien, estimant que comme le western en son temps, le genre est destiné à disparaitre.

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Et si "La Momie", au lieu d'être le premier film d'une franchise, marquait en fait, le début de la fin d'un genre ? Dans un marché du cinéma de plus en plus mondialisé, où les films doivent être compris par tous, la qualité des histoires s'effondre, au détriment d'un déferlement d'effets spéciaux et pourraient à terme détourner le public des salles obscures. Là, où Netflix et Amazon Studios s'accaparent le cinéma dit "d'auteur", la salle de cinéma n'est-elle pas vouée à devenir un lieu de grand spectacle aux places de plus en plus chères ?

LA MOMIE

De Alex Kurtzman

Avec Tom Cruise, Sofia Boutella, Annabelle Wallis

Date de sortie 14 juin 2017



Rédaction Cinktank