"La Mort de Staline", Une dictature c'est quand les gens sont communistes. Qu'ils ont froid, avec des chapeaux gris et des chaussures à fermeture éclair.

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08.04.2018
"La Mort de Staline" évoque la guerre qui fit rage entre les principaux dirigeants communistes au lendemain de la mort de Staline le "petit père du peuple".

LA MORT DE STALINE

De "La Mort de Staline" on attendait une comédie noire et satirique, à la fois rageuse et drôle, aux dialogues millimétrés et à l'impertinence à la hauteur de la gravité de son sujet. On attendait tout ça, déjà parce que la BD dont le film est une adaptation était dans cette veine, même si plus portée sur l'idée d'un roman graphique dramatique, ponctué d'humour noir et ensuite, parce que le réalisateur, Armando Iannucci est un grand habitué de la satire politique avec ses séries "The Thick of It" (qui inspira le film génial film "In the Loop") et "Veep".



De toutes ses promesses, "La Mort de Staline" en tient une grande partie, mais un problème de rythme et la maladresse de certains gags ternissent l'ensemble. Empêchant le film d'atteindre le niveau d'"In the Loop", beaucoup mieux maîtrisé dans la rythmique et dans l'équilibre entre humour et cynisme. "La Mort de Staline" évoque la guerre qui fit rage entre les principaux dirigeants communistes au lendemain de la mort de Staline le "petit père du peuple". Les personnages sont réels, de l'affreux Beria, chef de la sécurité intérieure, au paumé Malenkov, président du Conseil des ministres, en passant par le faussement débonnaire Khrouchtchev, futur leader du pays.

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Interdit en Russie, pour de fausses raisons indignées "La Mort de Staline" perd au fur et à mesure de sa narration le mordant qu'elle démontrait en début de récit. Le surlignage parfois agaçant de certaines blagues alourdit le déroulement de l'histoire, mais est compensé par un sens du timing efficace et une partition géniale des acteurs (mention spéciale à Simon Russell Beale dans le rôle de Beria). Ils trouvent dans le film un terrain de jeux jouissif et prennent un plaisir communicatif.


LA MORT DE STALINE

LA MORT DE STALINE

Un plaisir qui s'accompagne pour le spectateur du désagréable (mais nécessaire) sentiment que le rire est un indissociable du drame qui se déroule. Du pathétique des haines qui gangrènent les relations des personnages, de leurs désirs de pouvoir aux conséquences tragiques et meurtrières qu'elles engendrent. **Le film maintient quasi tout le temps cet équilibre fragile entre humour noir et réalisme grave, avant de basculer violemment dans ses dix dernières minutes dans un sérieux saisissant et angoissant.

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Du ton burlesque et quasi monty Pythonesque de son début, "la Mort de Staline" glisse subtilement vers un réalisme, certes outrancier, mais effroyable sans toujours réussir à harmoniser le ton tragi-comique qu'il souhaite.** Une réussite pas globale, mais qui n'empêche pas le film de laisser un sentiment d'amertume quant au comportement parfois grotesque de nos dirigeants, confondant souvent intérêt personnel et collectif. Un discours qui enfonce peut-être une porte ouverte, mais qui confronté à la réalité historique des Grandes Purges Soviétiques fait froid dans le dos.


LA MORT DE STALINE

LA MORT DE STALINE

De Armando Iannucci

Avec Steve Buscemi, Simon Russell Beale, Jeffrey Tambor, Olga Kurylenko, Michael Palin, Andrea Riseborough et Rupert Friend

Date de sortie 4 avril 2018

Rédaction Cinktank