«Lady Bird» : feel bad ado

Critiques
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24.03.2018
Reste que Gerwig signe un film dense, avec une vraie maîtrise de l'ellipse (sa façon de rendre l'écoulement du temps est très efficace et limpide), quelques enchaînements de plans sont vraiment bien vus, que sa courte durée ne l'empêche pas de développer ses personnages

Lady Bird

Il y a plusieurs façons d'aborder le 1er film de l'actrice Greta Gerwig, coqueluche du ciné indé et arty de la scène new-yorkaise et fiancée de Noah Baumbach, figure branchouille du ciné indé et arty de New York (la vie est bien faite). Soit on se dit que c'est un film de gonzesses, fait par une gonzesse, pour des gonzesses (et ce n'est pas totalement faux si on en juge par le regard porté sur les rares personnages masculins), soit on se dit qu'on vient de voir un film qui réussit un croisement improbable, un feel good movie sensible et parfois poignant, porté par des actrices (et quelques acteurs) tout bonnement excellents.



Alors, choisis ton camp, camarade lecteur !

Personnellement, j'ai choisis de ne pas trop m'attarder sur la figure Gerwig. Son regard de cinéaste, celui qu'elle porte sur l'adolescence, n'a rien de bien neuf, transcendent ou inédit, tout en restant très personnel.

Pour le style, on retrouve quelques tics agaçants comme cette image avec un gros grain (marque de fabrique du cinéma indé type Sundance (où «Lady Bird» n'a pas concouru, glanant tout de même plus de 100 récompenses dans divers festivals ou cérémonies, la plus importante étant le Golden Globe du meilleur film, catégorie comédie ou comédie musicale), une mise en scène un peu trop illustrative, avec une plus grande attention portée aux acteurs et aux dialogues plutôt qu'au langage de l'image.

Reste que Gerwig signe un film dense, avec une vraie maîtrise de l'ellipse (sa façon de rendre l'écoulement du temps est très efficace et limpide), quelques enchaînements de plans sont vraiment bien vus, que sa courte durée ne l'empêche pas de développer ses personnages, choisissant avec soin ses moments. Il faut dire qu'elle est partie d'un scénario de 350 pages (soit presque 6 heures de film normalement) pour arriver à un résultat plus dépouillé, qui évite la redite.


Lady Bird

Son autre point fort, c'est de parvenir à capter ce petit truc de l'adolescence, pas tellement les comportements, le langage ou bien l'état d'esprit mais plutôt le fait de vivre des trucs géniaux mais de ne pas savoir s'y attarder. Ainsi, les quelques moments joyeux paraissent presque trop courts, trop fugaces, là où les moments plus graves deviennent envahissants. C'est là où j'ai été le plus bluffé, là, et bien sûr au niveau de l'écriture et de l'interprétation de certains personnages.

En tête de liste, il y a bien sûr Saoirse Ronan, révélation pour certains, confirmation pour ma part, la jeune actrice écumant les plateaux hollywoodiens depuis presque 10 ans, et sa révélation dans le «Lovely Bones» de Peter Jackson. L'autre rôle important, c'est celui de la mère de Lady Bird, tenu par Laurie Metcalf, plus connue pour ses nombreuses participations à des séries TV, et qui trouve ici un rôle magnifique, à la hauteur de son talent. Les 2nds rôles, prépondérants dans le ressenti face à un tel film, sont également très bien campés, avec des nouvelles stars comme Lucas Hedges ou Timothée Chalamet, la révélation Beanie Feldstein, ou bien quelques têtes connues comme le personnage de la bonne sœur Sarah Joan (exquise Loïs Smith).


Lady Bird

Le personnage du père est également fantastique, plus nuancé qu'on peut le croire, campé par Tracy Letts, sans oublier toute une galerie d'autres personnalités qui gravitent dans cet univers. En peu de scènes, le film nous les rend humains ou identifiables. Et puis il y aussi beaucoup d'humour, avec quelques séquences hilarantes (la scène de répétition de théâtre par un prêtre coach sportif) et un ton général doux amer.

Ce ton est d'ailleurs une sorte de mix entre le réalisme cru et provocant de Larry Clark, avec ses ados obsédés par le sexe et la défonce (même si ça reste très minime dans le film, on retrouve cette influence en arrière-plan) et le cinéma de John Hughes (sa description d'une ville, Chicago pour lui, Sacramento pour elle, sa représentation des ados entre bienveillance et acidité, un certain humour potache). Un mélange étonnant mais qui donne un ton bien particulier au film.


Lady Bird

On pourrait aussi jouer au jeu de traquer ce qui révèle de l'autobiographie et de la fiction dans le film (le prénom de l'héroïne est Christine, comme la mère de Gerwig, l'actrice-réalisatrice-scénariste est née à Sacramento avant de partir faire ses études à New York) mais cela ne présente qu'un intérêt limité, tant l'histoire s'avère universelle.

Mais tout ce qu'on peut dire ne vaudra sans doute pas ce joli moment vu dans la salle de projection : lors du moment le plus poignant du film, la jeune fille assise à côté de moi, qui devait avoir le même âge que l'héroïne, est venue se blottir contre sa maman, très émue. C'est probablement l'effet que recherchait Greta Gerwig en signant ce film, et c'est doute sa plus belle récompense.


Lady Bird

texte : Loïck Guérel

rédaction Cinktank