«Les bonnes manières» : ou comment un loup-garou doit apprendre à pas en foutre partout quand il mange ses victimes

Critiques
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03.04.2018
On n'a pas vraiment la sensation qu'ils ont pris le genre de haut mais plutôt qu'ils ont pris ça comme un canevas leur permettant de raconter une histoire classique de manière détournée.

Les bonnes manières

Le cinéma de genre est universel et il permet surtout de parler de tout, sans forcément adopter un point de vue sentencieux ou encore explicite. On en a une nouvelle preuve ici avec cette co-production franco-brésilienne (avec aussi la participation de ZDF et Arte), qui nous parle donc d'une relation difficile et profondément maternelle entre une jeune infirmière et son «fils», qui est en réalité un loup-garou (enfin, à moitié).

Oui, forcément, dis comme ça, ce n'est pas bien engageant ou bien alors carrément intriguant.



Bon, je vais commencer par évacuer les quelques défauts du film, à mon sens. Distingué par un prix spécial du jury au festival de Locarno l'année dernière, le film est donc un pur film de festival, en ce sens qu'il est plastiquement somptueux mais aussi profondément auteuriste, parfois abscons et difficile d'accès, mais aussi roublard et faussement subversif. En gros, le film que tu vois à une heure peu habituelle, entre deux autres films, et dont tu ressors soit complètement chamboulé soit bien énervé.


Les bonnes manières

Le hic, pour ces films de festival, qui écument donc les manifestations autour de la planète, ce n'est pas tellement de décrocher un prix, ce qui arrive fatalement quand il y a un minimum de qualités cinématographiques comme c'est le cas ici, c'est plutôt de se faire une place sur le marché des sorties «régulières». Donc d'exister au milieu d'une masse d'autres films, déjà plus solidement implantés dans la tête des spectateurs grâce aux campagnes promo. Et surtout, de se montrer à un public plus large que celui des festivals.

Parmi les défauts les plus évidents, à mon sens, on retrouve encore une fois cette foutue durée du film. Comme beaucoup trop de films, il est bien trop long (2h15 au compteur). En épurant un peu les séquences, en faisant plus d'ellipses et en évitant certaines redondances, mais aussi en faisant jouer ses acteurs à une vitesse normale (trop de films récents, pour imposer une atmosphère posée et méditative, étirent les scènes et nous montrent des acteurs presque amorphes, qui marchent au ralenti). Surtout qu'il ne raconte pas beaucoup de choses durant ce laps de temps et qu'il reste même assez évasif sur pleins de sujets.


Les bonnes manières

Les autres défauts, c'est une écriture qui manque de subtilité, de grosses facilités scénaristiques et surtout, une nécessité pour le spectateur de faire vraiment appel à une grosse suspension d'incrédulité.

Et pourtant, il y a également plein de qualités.

En effet, les acteurs sont très bons et les auteurs sont parvenus à jouer intelligemment avec les codes du film de monstre, respectant plusieurs codes (terme que je préfère à clichés quand on parle de cinéma de genre) tout en les incorporant à leur propos et à leur histoire plus «auteuriste».On n'a pas vraiment la sensation qu'ils ont pris le genre de haut mais plutôt qu'ils ont pris ça comme un canevas leur permettant de raconter une histoire classique de manière détournée.


Les bonnes manières

De plus, on retrouve dans quelques séquences cet amour pour le genre, avec déjà des effets spéciaux particulièrement soignés (et signés par une boîte française, prouvant que le savoir-faire est bien là et qu'il ne demande qu'à être exploité par des cinéastes français à qui on donne des moyens et du crédit) mais aussi de pures séquences de terreur, avec des plans réellement iconiques et marquants (la photo est par ailleurs magnifique).

Si le film n'est pas toujours hyper captivant, il reste tout de même intéressant, tout en étant réservé à un cercle de connaisseurs et de fans du genre, tandis que les plus curieux pourront toujours se raccrocher aux scènes intimistes, qui témoignent d'une certaine sensibilité qui pourraient les toucher. Quant au discours sur la maternité, sur les relations entre une mère et son enfant, on est dans le classique pur et dur, mais ça reste bien vu, l'angle d'approche lui donnant une toute autre saveur.


Les bonnes manières

LES BONNES MANIÈRES

De Juliana Rojas, Marco Dutra

Avec Isabél Zuaa, Marjorie Estiano, Miguel Lobo

Date de sortie 21 mars 2018

texte : Loïck Guérel

rédaction Cinktank