"Les Proies" c'est la guerre demi-molle des sexes

Critiques
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26.08.2017
"Oh non mon Dieu, je suis enfermé dans un endroit rempli de femmes et je suis le seul homme ah la la..."

Les gens attendant toujours un nouveau film de Sofia Coppola comme un petit bonbon qui brûle la langue. C'est encore le cas avec "Les Proies", adaptation du roman éponyme ("The Beguiled" en VO) de Thomas P. Cullinan sorti en 1966 et seulement traduit en français à partir de 2013. D'ailleurs, une première adaptation ciné avec Clint Eastwood fut réalisée en 1971 par Don Siegel ("Dirty Harry"). Et inutile de te dire qu'en 1971, un film qui parle d'un homme blessé dans un pensionnant de jeunes filles aux USA pendant la Guerre de Sécession, ça va pas être un pur acte de soutien aux femmes.


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Donc Sofia Coppola, grande habituée des histoires vaporeuses d'être féminins fragiles et perdus mais forts par réaction de défense, s'est emparée de cette histoire pour nous en donner sa propre vision : un huis-clos ultra-sexué, mais lourdingue. Un peu comme ce mec bourré qui veut te faire comprendre qu'il veut coucher avec toi et qui se met en mode "dernière chance". Un récit de manipulation où chacun bosse pour son propre compte. Pas une bête revanche des femmes sur les hommes, mais une histoire où les personnages sont à la merci de leurs pulsions.


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Remettons les choses dans l'ordre. Un soldat blessé (Collin Farrel, tout en respirations fortes et regards tristes), une directrice de pensionnat véritable mante religieuse, qui colle complètement à l'image de Nicole Kidman. Et puis des jeunes filles, qui découvrent l'homme. Qui découvrent ce que ça fait quand on a envie d'aller voir sous les draps, quand ça démange. Et ça les démange. Sauf pour Kristen Dunst, qui arrivera à calme garder parmi tout ce fourmillement d'oestrogènes où Elle Fanning semble être à son maximum de conflit interne baise-moi/j'ai peur, déjà observé dans "The Neon Demon" de Nicolas Winding Refn.




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Non pas que nous soyons ici toujours en accord avec ce qu'il ressort de Cannes, mais "Les Proies" y a reçu le prix de la mise en scène et c'est assurément mérité. Entre le choix de la photo et de la lumière, on est complètement plongé dans l'effet que doit faire ressentir ce lieu qu'est le pensionnat : une pause perdue au milieu d'une guerre. À l'écart de tout, comme un purgatoire pour ce pauvre soldat (Oh non mon Dieu, je suis enfermé dans un endroit rempli de femmes et je suis le seul homme ah la la...).

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Mais Sofia Coppola, a contrario, n'a surement pas reçu le prix pour ce qu'elle met en scène. C'est à dire ce qui devrait être la tension constante entre un homme blessé qui essaie, de manière primal, de s'imposer. Et face à lui des créatures mono-maniaques se jalousant entre elles. Du coup, cette atmosphère dense et vénéneuse parfaitement installée par le savoir-faire technique de la réalisatrice est tour à tour foutue en l'air par la prestation de Collin Farrel qui prouve bien qu'il ne sait pas quoi faire quand il y a plus d'une femme devant lui. Puis des réflexions lourdingues des femmes quand elles font des allusions au cul.


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Il n'en reste pas moins que "Les Proies" se déguste comme un petit plaisir coupable, où l'homme, sensé être une menace, va finalement devenir l'objet des frustrations. Quand tu vas le voir au cinéma, c'est une guerre froide des sexes qui s'opère. C'est pas mal, au moins ça ravive les débats.


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Les Proies
Un film de Sofia Coppola avec Nicole Kidman, Colin Farrell, Kirsten Dunst, Elle Fanning, Oona Laurence, Angourie Rice, Addison Riecke...

rédaction Cinktank