Man Seeking Woman : L'Amour pour les nuls

Critiques
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11.04.2017
Les cinéphiles le savent mieux que quiconque, l’amour ne se trouve pas aussi aisément qu’un chewing-gum séché sous un siège UGC.

man seeking woman

Les cinéphiles le savent mieux que quiconque, l’amour ne se trouve pas aussi aisément qu’un chewing-gum séché sous un siège UGC.

Il est à l’inverse un graal secret et périlleux, auquel les plus chanceux ne sacrifient que leur santé mentale.
Pourtant, malgré le caractère désespéré de l’entreprise, la masse des candidats s’agglutinant près du vide continue de croître chaque année.
Parmi eux, Josh Greenberg (Jay Baruchel).


jay baruchel

Anéanti par le départ de son ex, Joshua sacrifie ses rares moments d’éveil à remuer les cendres encore fumantes de leur relation passée.
Un spectacle gênant, rythmé de « Why ? » geignards, que son meilleur ami Mike Scaggs (Eric André) ne peut endurer passivement.
En King Of Bros assumé, Mike se met en tête de ramener Josh à la vie sociale à l’aide du kit de réanimation Business Bouillave Boisson©, cher à l’homme depuis la préhistoire.
La sœur aînée de Josh, Liz (Britt Lower) s’inquiète aussi pour son petit frère.
Mais pour l’aider à séduire, elle préfère conseiller les égards simples et agréables d’un dîner romantique, à la crudité intrusive d’une dickpick nocturne.
Flanqué de ses deux anges gardiens, Josh est ainsi bientôt prêt à reprendre la partie.
On ne finit jamais vraiment le Love Game.

Au vu du pitch de Man Seeking Woman (MSW), d’aucuns pourraient s’interroger voire laisser poindre un début de circonspection.


devil

Question brutale mais légitime.
Pour plusieurs raisons, en fait.
1) Simon Rich.
Certes, le créateur de la série réussit l’exploit d’être encore moins connu qu’elle.
Mais ce n’est là qu’un des rares motifs de réjouissance pour les haters tapis dans l’ombre.
A 32 ans, la légitimité de Simon Rich dans le monde des arts et spectacles américains n’est plus à démontrer.
Ainsi, après avoir été humoriste sur le Saturday Night Live, auteur télé pour Les Simpson, scénariste des derniers blockbusters d’animation à succès (Vice Versa, Comme Des Bêtes) et écrivain publié, Simon est aujourd’hui producteur.
Au cas où une dernière paire de cuisses hollywoodiennes se plairait à lui être sans doute indocile.
C’est de son avant-dernier recueil de nouvelles, The Last Girlfriend on Earth : And Other Love Stories (2013) qu’il a tiré l’essence profonde de MSW et développé à l’écran le personnage de Josh.
Un rôle sur mesure pour son acteur et une deuxième bonne raison de regarder la série.
2) Jay Baruchel
Celui dont la frêle silhouette se laisse régulièrement apercevoir dans de grosses comédies US (En cloque : Mode d’Emploi, Tonnerres Sous Les Tropiques, La Nuit au Musée 2) maîtrise aussi l’art de la non-procrastination et sait cultiver un talent précoce.


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Ceux qui regardaient « Fais-moi peur » le savent déjà, les autres sauront désormais que Jay Baruchel incarne toujours à merveille les galériens entêtés, torturés et sympathiques.
Nature, il donne vie à toutes les angoisses, joies, surprises, hontes qui émaillent la vie d’un célibataire fragile et rêveur.
Mieux : il les revêt de sa personnalité singulière, en ce compris, son don inné pour créer le rire, la gêne et l’empathie.
Cette faculté, rare, est d’autant plus remarquable qu’elle est partagée par son comparse à l’écran…
3) Eric André
Eric André est un ovni. Une de ses rares personnes dont la folie furieuse inquiète moins qu’elle ne divertit (a contrario, se reporter à l’œuvre complète de Guy Georges).
Dans des standups survoltés dont on ne sait s’ils visent l’hilarité ou le malaise du public, Eric André était déjà en roue libre.
Depuis, il a pris une dimension nouvelle avec son show éponyme, véritable BBC fonçant toutes veines dehors sur l’Amérique puritaine et son vagin serré.
On aurait pu craindre de n’en retrouver à l’écran qu’une version édulcorée…


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Le génie des auteurs a précisément été de conserver cet atome de dinguerie et d’en libérer l’énergie comique épisode après épisode.
Ce qui amène au quatrième point arbitrairement listé ici…
4) La réalisation
En plus d’une écriture fine privilégiant les vannes originales aux bons mots éculés, Eric André et le reste du casting peuvent compter sur une mise en image unique de leurs intrigues.
A elle seule, la réalisation mériterait que les abonnés Netflix détournent leurs regards bovins des séries-phare du moment et les reportent sur MSW.
La créativité dont font preuve les showrunners depuis trois saisons est remarquable.
Chaque situation vécue, chaque émotion ressentie par l’un des personnages deviennent l’objet d’un délire métaphorique dans lequel…
… l’envoi d’un rencard par texto deviendra crise d’état-major…
… le dîner dans la belle-famille aura l’air d’un talkshow des 80’s avec orchestre…
… et le copain envahissant d’une nouvelle petite amie prendra les traits d’un monstre japonais avec tentacules péniens hypertactiles.


tanaka

L’originalité est une constante dans le show.
Et on ne se lasse pas de découvrir les parallèles que trace chaque nouvel épisode entre les épiphénomènes de l’amour quotidien et les grandes dramaturgies de nos mondes passé, présent et à venir.

Pour ces raisons résolument subjectives mais aisément vérifiables, Man Seeking Woman est sans doute la série de ceux qui cherchent la bonne.



Texte : MJC