"Marie Madeleine": Jesus Christ Superstar, Marie Madeleine almost famous

Critiques
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01.04.2018
L'enjeu du film était de donner à voir un nouveau visage, plus contemporain et cinématographique de Marie, tout en respectant des textes sacrés.

Marie Madeleine

"Marie Madeleine" de Garth Davis, c'est la tentative de réhabiliter Marie, apôtre des apôtres de notre bon Jésus d'après les écrits apocryphes (textes partiellement reconnus par l'Église) entre sa rencontre avec le messie et la Passion (l'ensemble des souffrances endurées par Jésus-Christ jusqu'à sa crucifixion). Avant qu'au vie siècle le pape Grégoire Ier, qui a donné son nom au chant grégorien si entrainant, ne décide d'en faire la tentatrice du fils de Dieu. Une image de pute disons-le clairement qui préfigura la place de la femme au sein de l'Église catholique. Figure ensuite abandonnée après Vatican II (1962-1965), pardonnant ainsi à Marie d'avoir été une femme. Une figure controversée non pas pour ses actes, mais bien pour son appartenance au beau sexe, comme dirait Philippe Sollers.



La madeleine de Christ

L'enjeu du film était de donner à voir un nouveau visage, plus contemporain et cinématographique de Marie tout en respectant des textes sacrés. Un difficile compromis sur lequel Pasolini ("L'Évangile selon saint Matthieu", 1964) et Martin Scorsese ("La Dernière Tentation du Christ", 1985) s'étaient déjà frotté avec plus de réussite. Garth Davis, malgré une écriture elliptique efficace et une mise en scène élégante, ne parvient jamais à transcender son sujet. Incapable d'insuffler une ampleur à sa narration, il finit par opter pour un point de vue passéiste et finalement un peu ennuyeux.


Marie Madeleine

Filmer le fait religieux est une chose, mais le but du cinéma en tant qu'art n'est-il pas de questionner, d'ouvrir la voie à la réflexion et l'émotion ? Bref, de s'emparer de son sujet, de le torde dans tous les sens et d'accoucher d'une vision. C'est tout ce qui manque à "Marie Madeleine". L'essentiel en fait. Malgré une bonne direction d'acteurs, Rooney Mara en tête, et même si la prestation de Joaquin Phoenix dans le rôle de Jésus sorte de mi X-Men, mi dépressif peut prêter à discussion, on peine à s'accrocher aux personnages. Certes saints, mais dans le cas présent également protagonistes cinématographiques. Pierre devient l'ennemi de Marie et de facto des femmes, les autres apôtres sont quasi inexistants, seul Judas (incarné avec beaucoup d'intensité par Tahar Rahim) dégage une vraie personnalité. Présenté comme bipolaire, il passe de l'exaltation à une profonde déprime, son chemin le menant à la trahison ayant plus de cohérence, l'éloignant de la caricature qui le définit dans l'imaginaire collectif.


Marie Madeleine

Oh, Marie, si tu savais, tout le mal que l'on me fait

Quant à Marie, vouloir en faire une femme moderne, cherchant à se libérer d'une société patriarcale, tout en la déifiant directement produit parfois l'effet inverse. Tous les personnages du film sont encrés dans le réel, même Jésus porte le poids de la pression populaire comme un fardeau. Alors que Marie, sa foi et son engagement ne sont jamais remis en cause. Vouloir à l'heure du #metoo, réhabiliter une figure aussi forte que Marie et par là même remettre la place de la femme au cœur de la société ne nécessitait pas d'en faire un parangon de pureté originelle. Pour être respectée, une femme n'a pas besoin d'être une sainte, seulement d'être traitée à l'égal de l'homme.


marie madeleine

MARIE MADELEINE

De Garth Davis

Avec Rooney Mara, Joaquin Phoenix, Chiwetel Ejiofor, Tahar Rahim, Ariane Labed, Denis Ménochet et Tchéky Karyo

Date de sortie 28 mars 2018

Rédaction Cinktank