"Moi, Tonya" la looseuse magnifique

Critiques
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25.02.2018
On se demandait bien ce qui pouvait intéresser le réalisateur Craig Gillespie dans l'histoire de Tonya Harding, patineuse artistique prête à tout, y compris au pire, pour gagner contre sa rivale Nancy Kerrigan. Réponse : la dualité.

Moi, Tonya

Surprenant choix que de s'intéresser à l'une des sportives les plus détestées toutes époques confondues. Surprenant, parce qu'en général, les biopics sont consacrés à des figures positives, courageuses ou bien révolutionnaires. À part Hitler, qui a eu droit à ses propres films ("Max", "Hitler, la naissance du mal", "La Chute") et autres dictateurs. On se demandait bien ce qui pouvait intéresser le réalisateur Craig Gillespie dans l'histoire de Tonya Harding, patineuse artistique prête à tout, y compris au pire, pour gagner contre sa rivale Nancy Kerrigan. Réponse : la dualité. Celle qui nous habite lorsque on est face à un défi, que la pression se fait trop forte et que les choix que nous faisons nous définissent.



Tonya est programmée par une mère omniprésente et omnipotente pour gagner (elle est la première à avoir fait un triple axel en compétition) rien d'autre ne compte pour cette jeune femme venue d'un milieu défavorisé. Elle est moquée par une intelligentsia qui voit d'un mauvais oeil cette fille de nul part débarqué dans les salons feutrés des grandes compétitions de patinage. C'est une outcast qui deviendra une looseuse magnifique. L'agression de Nancy Kerrigan peu avant les Jeux olympiques d'hiver de 1994 à Lillehammer, avait eu un écho important dans toute la presse de l'époque. Le choix du réalisateur d'opter pour un schéma narratif en forme de faux documentaire où chacun donne sa version des faits permet de rappeler l'ultra-médiatisation de l'affaire et de deux prendre une distance dans un jugement de valeur. Le risque de rendre misérable des personnages, certes parfois pathétiques, mais humains est évité via un humour cynique et incisif. On regrettera parfois le manque de sensibilité et l'envie d'un trop-plein dans tout qui font s'essouffler le film dans sa dernière partie.


Moi, Tonya

Les lacunes d'une lisibilité, parfois, bouillonne et d'une trop grande conscience de "l'exercice de style" sont compensés par une bande-son pop enlevée, chère à la patineuse qui aimait les utiliser pendant les compétitions et par l'incroyable partition des acteurs. Margot Robbie est habitée par son rôle et confirme encore une fois qu'elle est bien plus qu'un joli minois, Sebastian Stan nous fait découvrir une autre facette de lui pleine d'autodérision en ex-mari loin de son Soldat de l'hiver. Mais la palme du talent revient à Allison Janney, parfaite en LaVona, mère de Tonya, despote à la limite de la folie.


Moi, Tonya

On pense beaucoup à David O. Russell et à "Spinal Tap" de Rob Reiner dans "Moi, Tonya" et le film de Gillespie souffre parfois de la comparaison. Il lui manque une profondeur et une épaisseur, mais compensé par une histoire au rythme effréné, un humour cinglant et par l'interprétation de haut vol de ses acteurs.


Moi, Tonya

MOI, TONYA

De Craig Gillespie

Avec Margot Robbie, Allison Janney, Sebastian Stan et Julianne Nicholson

Date de sortie 21 février 2018

Rédaction cinktank