"Nos années folles" : L'homme qui voulait rester une femme

Critiques
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15.09.2017
Pas de jeu de mot sur les poilus ici, c'est promis.

Un bien surprenant film que "Nos années folles" d'André Téchiné, qui s'apparente à un drame historique mais dans une veine encore jamais vue avec Pierre Deladonchamps et Céline Sallette . Celle de la question de l'identité sexuelle. Parce que des histoires d'Amour en période de guerre, on en a déjà vu ("Un long dimanche de fiançailles" par exemple). Mais coupler ça à la question de la chair et du "choix", c'est plutôt rare.


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"Nos années folles" raconte donc l'histoire (vraie) de Paul et Louise Grappe, un jeune couple déchiré par la Première Guerre Mondiale. Paul n'est pas fait pour ça, et mets sa vie plus haut que son devoir national. Il ne veut pas mourir, il ne veut pas risquer de ne jamais revoir Louise et pire, il ne veut pas non plus risquer de revenir vivant mais traumatisé et/ou défiguré comme tant d'autres.

Alors il décide de déserter le front pour revenir se cacher à Paris chez Louise et sa grand-mère. Mais rester dans la cave n'est pas une solution, alors pour pouvoir ressortir, Louise va le déguiser en femme. Et cette transformation va changer sa vie.

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La Jolie Suzie

Ainsi, Paul devient Suzanne Landgard. Et commence pour lui/elle une nouvelle aventure. Les nuits interlopes dans le bois de Boulogne, les partouzes, les orgies, la prostitution. Suzanne découvre qu'elle aime ça autant qu'elle aime Louise, qui va l'accompagner quelque fois.


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On est dans les années 20, la fameuse période des "Années Folles", où c'est également la mode des "garçonnes" (filles aux cheveux courts). Donc Suzanne passe plutôt bien et son côté homme s'avère être un atout pour savoir ce que désirent ses conquêtes masculines. On la surnomme la Jolie Suzie, et grâce à ses revenus le couple vit plutôt bien, pendant que Louise continue sont travail à l'atelier de couture et la peinture de soldats de plomb.

Mais en 1925, le gouvernement amnistie les déserteurs. Paul n'est plus obligé d'être Suzanne et redevient Paul. C'est un drame pour lui.


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Paul

Là où le film d'André Téchiné s'impose, c'est qu'il traite d'un thème ultra-actuel : l'identité sexuelle. Dans notre époque où l'on commence à prendre en compte les genres et les accepter, "Nos années folles" montre bien que ce n'est pas quelque chose qui va avec notre société, mais bien quelque chose simplement humain. L'excellent Pierre Deladonchamps nous offre un jeu moins lourd dans sa subtilité qu'Eddy Redmayne dans "The Danish Girl" et c'est tant mieux. On est face à un Paul Grappe qui va tomber dans la violence et la haine créées par l'abandon de cette nouvelle vie. Soutenu par sa femme, en qui Céline Sallette insuffle ce qu'il faut de retenue et d'Amour passif.


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On regrettera cependant le montage non-linéaire qui parfois nous trompe sur le déroulement des évènements. Mais à ce stade là, c'est vraiment minime. Pour ce qui est de la fin, tu t'en doute, c'est pas joyeux. La vie des amants Grappe commence à ressortir, tu vas pouvoir aller te renseigner.


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Nos années folles
Un film d'André Téchiné avec Pierre Deladonchamps, Céline Sallette, Grégoire Leprince-Ringuet et Michel Fau

rédaction Cinktank