Avec "Pentagon Papers" Steven Spielberg ne pouvait pas être plus proche de l'actualité

Critiques
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27.01.2018
Steven Spielberg, l'homme qui arrive, en la filmant, à transformer une imprimerie en salle des machines d'un sous-marin d'attaque.

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Qu'est-ce que ça doit être bien, d'être Steven Spielberg. D'en être là où il en est, commercialement et créativement. Qu'est-ce que ça doit être bien d'être Steven Spielberg et d'avoir des ressources quasi-illimitées lorsqu'on veut faire un film. D'avoir accès à tous les décors, costumes et accessoires que l'on souhaite. De pouvoir filmer le passé ou le futur de telle sorte que l'on ait vraiment l'impression d'y voyager en restant assis.


pentagon papers

Qu'est-ce que ça doit être bien d'être Steven Spielberg et de pouvoir faire appel aux meilleurs scénaristes, aux meilleurs techniciens (surtout cameramen et directeurs de la photo). De pouvoir solliciter les meilleurs acteurs de leur génération et d'excellents second rôles qui, parce que vous êtes Steven Spielberg et qu'ils ont l'honneur de travailler avec vous, se donneront à fond sur chaque scène.

Qu'est-ce que ça doit être bien d'être Steven Spielberg. D'arriver sur le tournage avec son film en tête et toute cette gigantesque équipe prête à tout pour faire prendre vie à ce qu'on imaginé. Et "Pentagon Papers" en est un clair exemple.


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L'histoire

Il y a d'un côté l'histoire que tout le monde connaît. C'est à dire la révélation par les journaux des dossiers secrets du gouvernement américain concernant la guerre du Vietnam, emboitée par le Washington Post au début des 70's. Au total 47 volumes totalisant 7 000 pages secret-défense émanant du département de la Défense à propos de l'implication politique et militaire des États-Unis dans la guerre du Viêt Nam de 1955 à 1971. En gros, l'Amérique allait apprendre que les dirigeants, tout en sachant que la guerre serait perdue d'avance, on tout de même décidé d'envoyer des hommes se faire tuer. Des maris, des frères, des fils. Et que la raison principale (à 70%) du non-retrait des troupes sur place était : le refus de passer pour des gros débiles aux yeux du reste du monde et se ridiculiser.


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Il y a ensuite l'histoire que l'on connait moins. Celle de Katharine « Kay » Graham (Meryl Streep), héritière du journal The Washington Post racheté par son père lorsqu'il était en faillite. Et qui se retrouva à la tête de l'entreprise après le suicide de son mari, qui en avait alors la direction. Katharine, en qui personne ne croyait, devait à la fois se battre contre son manque de confiance en elle et ce milieu dominé par les hommes. Sa motivation étant simplement de rendre hommage à la mémoire de son père en faisant perdurer le journal et pouvoir le transmettre à ses enfants.

Le film

À partir de là, il y a le film de Steven Spielberg. Lui qui a talent pour transformer un fait historique en film d'espionnage. Qui a réussi à voir dans cette histoire : le combat d'une femme, le combat de la presse, le combat contre le capitalisme et le combat anti-militariste. Ouais, ça fait beaucoup, mais Steven il est comme ça. Il va nous montrer une femme se battant pour garder le contrôle de son entreprise face aux banquiers et aux futurs actionnaires. Qui va tenir tête aux hommes, même au plus bourru d'entre eux : Benjamin Bradlee son rédacteur en chef, incarné par Tom Hanks qui s'amuse à faire magnifiquement la tête de con pendant tout le film.
Une femme qui va sortir de son rôle pré-établi de femme au foyer (déjà parce qu'elle est veuve et, à son âge, sa change beaucoup de choses quand on est en société) pour faire valoir son poids et son pouvoir de décision.


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Et puis, entre les lignes, "Pentagon Papers" nous montre clairement la fin d'un monde où les journalistes étaient très TRÈS proches des dirigeants. Faisant même, pour certains, partie de leur cercle intime. Le film ne dit évidemment pas que ce temps là est révolu, mais il montre que, à la manière de la séparation de l'Église et de l'État, la presse ne peut pas être objective si elle est proche du pouvoir. Puisque nous sommes tous des humains, et que les humains se font des cadeaux lorsqu'ils s'entendent bien.

À voir pour tout ça. Et puis c'est Steven Spielberg, l'homme qui arrive, en la filmant, à transformer une imprimerie en salle des machines d'un sous-marin d'attaque.



Pentagon Papers
Un film de Steven Spielberg avec Meryl Streep, Tom Hanks, Sarah Paulson, Bob Odenkirk, Tracy Letts, Bradley Whitford, Bruce Greenwood, Matthew Rhys, Alison Brie, Carrie Coon, Jesse Plemons, David Cross...

rédaction Cinktank