"Phantom Thread" est une piece of chic

Critiques
Audio picto à l'écoute
20.02.2018
Reynolds Woodcock, est un couturier tracassé passant de muse en muse pour mieux trouver l'inspiration à chaque nouvelle collection. Un jour, il rencontre Alma, jeune serveuse qu'il séduit et dont il fait sa nouvelle égérie.

PHANTOM THREAD

"Phantom Thread" ("Le Fil caché") de Paul Thomas Anderson est son œuvre qui accède le mieux à cet équilibre entre le cynisme de "There Will Be Blood" et l'humour d'"Inherent Vice". Un film somme concentrant tout son cinéma et qui contrainte physique oblige (le tournage se déroule principalement dans deux intérieurs, une maison de campagne et une autre dans Londres) pousse PTA à se débarrasser de tics de mise en scène redondants et parfois agaçants pour se concentrer sur l'essentiel. De facture faussement classique, rappelant Alfred Hitchcock dans la forme, la mise en scène est une leçon de cinéma, toujours discrète, mais sophistiquée, jamais inutile, elle souligne, caresse presque le récit, accompagnée de la sublime partition de Jonny Greenwood (Radiohead). Amenant chaque péripétie avec une distance malicieuse comme pour accentuer les effets, créant un déséquilibre déstabilisant et fascinant.


PHANTOM THREAD

Reynolds Woodcock, est un couturier tracassé passant de muse en muse pour mieux trouver l'inspiration à chaque nouvelle collection. En apparence solide, il se nourrit de l'autre par peur d'être dépassé et il déteste le mot chic, alors à la mode dans les années 50. Il ne veut pas être l'homme du passé. Un jour, il rencontre Alma, jeune serveuse qu'il séduit et dont il fait sa nouvelle égérie. Le schéma se répète, il semble attaché, l'utilise, lui donne beaucoup, mais jamais ce qu'elle désire réellement, son amour. De nouveau, il se lasse et la sœur de Woodcock, Cyril, vielle fille dévouée corps et âme doit se débarrasser de la jeune femme. Mais voilà, un évènement inattendu fait tout basculer et le film devient une parfaite métaphore du rapport entre l'artiste et son art. Comment il peut tout lui donner, mais aussi tout lui prendre, un rapport d'amour/haine, d'attraction/repulsion et d'interdépendance.

À lire aussi : "ALTERED CARBON" : LA SÉRIE QUI A RÉUSSI À FAIRE UNE INTRIGUE POURRIE DANS UN UNIVERS GÉNIAL


Reynolds Woodcock

C'est dans cette dernière partie que "Phantom Thread" est le meilleur. Avec un humour acide, source de distanciation, le film déploie toute sa profondeur portée par un trio d'acteur exceptionnel. Bien sûr, tout le monde l'a déjà écrit, Daniel Day-Lewis est formidable et son travail sur la gestuelle de son personnage est fascinant. Mais sa performance ne pouvait être réussie que face à des acteurs du même calibre. Et c'est le cas. Lesley Manville et Vicky Krieps, respectivement la sœur et la muse de Woodcock sont extraordinaires. L'une, dans sa raideur cachant des blessures anciennes et une sensibilité refoulée, l'autre qui sous des airs ingénus dissimule une force insoupçonnée et une détermination féroce.


PHANTOM THREAD

À lire aussi : AVEC "BLACK PANTHER" MARVEL A ESSAYÉ DE FAIRE UN BON FILM À PARTIR D'UNE MAUVAISE IDÉE DE STAN LEE

À l'image de ses personnages, "Phantom Thread" cache une complexité inattendue source d'interprétations diverses pour le spectateur. Une élégance de façade qui lorsque l'on gratte sous le vernis laisse apparaître toute la cruauté et l'égoïsme des personnages, sans jamais se départir de cet humour cynique. Un film d'époque pour une œuvre neuve. Un film européen pour un réalisateur américain qui signe peut-être avec "Phantom Thread" sa plus belle réalisation.




PHANTOM THREAD

PHANTOM THREAD

De Paul Thomas Anderson

Avec Daniel Day-Lewis, Vicky Krieps, Lesley Manville

Date de sortie 14 février 2018

Rédaction Cinktank