"Ready Player One" : Papi Spielberg se frotte au numérique et met une pilule à tous les jeunes

Critiques
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31.03.2018
Pour Spielberg, quand même un film qui parle de lui et de jeux vidéos. Alors il aurait très bien pu être le tonton relou qui n'arrête pas de dire aux jeunes que c'était mieux avant, que c'est pas comme ça la vie, qu'ils ont jamais fait la guerre...

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Ça y est il l'a fait. Steven Spielberg a réalisé l'adaptation du livre "Player One" d'Ernest Cline. Imagine un fan de Johnny qui écrit une chanson sur lui, et finalement quelques années après, Johnny décide de la chanter. C'est relativement ce qu'il s'est passé avec "Ready Player One".

Steven Spielberg est, avec George Lucas et Robert Zemeckis, responsable de la plupart des figures cultes de la culture pop des années 80. Alors l'histoire d'un enfant qui part à la recherche de clés dans un monde virtuel créé par un ado attardé complètement geek, ça s'annonçait être de l'or pour le réalisateur. Puisque justement, le récit d'Ernest Cline est truffé de références à Spielberg. Maintenant, ça dit quoi ?


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Le film

"Ready Player One" est une colossale réalisation. C'est au-delà de tout. Steven n'avait pas eu le temps de faire son "Fast & Furious" ? Ça y est. Il n'avait pas pu réaliser son "Transformers" ? Ça y est. Il n'avait pas pu faire "King Kong" ni de film avec des batailles épiques ? Pareil. Ici, il a tout fait, et souvent mieux. Avec une telle lisibilité dans les scènes d'action entièrement numériques qu'on est projeté ailleurs. Plus que d'opposer le réel au virtuel Spielberg parvient à enrichir l'un et l'autre, exploitant comme jamais au cinéma un nouveau champ de l'imaginaire. Le monde virtuel du réalisateur des "Dents de la mer" est un monde multiple, libéré des contraintes où chaque recoin regorge d'informations et ou chaque scène promet une expérience nouvelle. Le passage des jeunes héros dans l’hôtel Overlook de "Shining" concentre à lui seul les possibilités visuelles et narratives du numérique. Voilà ça c'est pour la partie "virtuelle".


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Le film suit l'histoire d'un jeune garçon dans un monde décrépit où l'humanité s'échappe de son quotidien grâce à un univers virtuel appelé l'Oasis. Un monde numérique où tout est possible, où tout le monde peut être et faire ce qu'il veut. Sans limite. Enfin si, tu peux te faire tuer et tout perdre, puis recommencer à zéro. Comme dans un jeu. Mais dehors c'est le vrai monde. Et quand t'es pauvre, que tu peux pas t'acheter d'équipement, tu dois emprunter. D'où la présence de la firme IOI qui, en gros, base son business plan sur l'endettement et le leasing. D'un côté le monde virtuel, la liberté sans contraintes, de l'autre le réél, la vie chiante. Beaucoup se réfugient donc dans l'Oasis.

Et puis un jour le créateur de ce grand monde meurt, laissant son testament sous forme de chasse aux trésors cachés dans le jeu. Et celui qui trouve tout, il gagne tout. C'est à dire, une fortune de 500 milliards. Autant te dire que toute la Terre est dans le bordel en train de chercher le moindre indice. À tel point que la passion d'Halliday pour la culture Pop des années 80 contamine et façonne la culture mondiale. Et EVIDEMMENT la firme IOI. Qui veut se servir de cet argent pour le redistribuer aux pauvres. Non hein, tu te doutes bien que non.

À partir de là, c'est le début de l'aventure remplie de centaines de références aux dessins animés, comics, jeux vidéos, films etc...


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Tout ça pour te dire quoi

Eh bien tout ça pour te dire qu'il a été malin le Steven. C'est quand même un film qui parle de lui et de jeux vidéos, alors il aurait très bien pu être le tonton relou qui n'arrête pas de dire aux jeunes que c'était mieux avant, que c'est pas comme ça la vie, qu'ils ont jamais fait la guerre... Mais au lieu de ça, il a pris le problème autrement en montrant que toute cette folie du 80's revival dans les films devait prendre fin. Déjà parce que c'est lui qui a créé ces références, ensuite parce qu'il fait embrasser à ses personnages l'idée que se réfugier dans le passé est une bonne chose si l'on ne s'y enferme pas. C'est aussi une des limites du film. Aussi incroyable soit le monde de l'OASIS, le passage du monde réel à celui du virtuel diminue l'empathie que l'on peut ressentir pour les personnages. Autant les aventures de leurs avatars sont passionnantes, autant celles dans le vrai monde subissent la comparaison et on perd en investissement émotionnel.

C'est d'ailleurs là que résident la plupart des dangers du film : dans les souvenirs de James Donovan Halliday, le créateur, et finalement plus tellement dans le vrai monde. Dont même le méchant principal, Ben Mendelsohn, est représenté de manière grotesque dans ses motivations.


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Malin donc, le Steven, puisque sa volonté ne semble pas avoir été de faire son propre testament cinématographique. Plutôt de dire aux nouvelles générations qui chérissent ses films : regardez, ça n'est que du cinéma. C'est très dur à admettre, pour nous les enfants qui avons été bercés par "E.T" ou "Jurassic Park", mais c'est assez compréhensible de la part de quelqu'un qui a créé tout ça. Qui a tout le recul nécessaire pour voir plus loin qu'un simple pastiche ou une auto-citation. Sa nostalgie n'est plus une certaine idée figée dans la passé, mais bien un nostalgie qui se réinvente constamment dans le présent.

Malgré tout, comme on est dans l'univers du jeu vidéo et que de nos jours cinéma et jeux vidéos se taquinent de plus en plus l'abricot, on s'attendait à une lecture abordant ce thème. Et pas seulement une conclusion aussi cul-cul que dans le bouquin d'Ernest Cline qui t'explique que s'évader c'est bien, mais que le réel c'est mieux.
Alors évidemment, tout cela vu par le prisme de Spielberg c'est assez cohérent. Puisqu'il nous dit à demi-mot d'arrêter d'aller chercher des références passées pour plutôt essayer de se construire les nôtres. Mais un petit détour parce que ce représentent les jeux dans la narration d'une histoire et l'amorce de notre société vers le tout numérique, ça aurait été fort bienvenue.


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Mais peut-être dans ce cas là que Steven Spielberg n'est pas la bonne personne pour raconter ça. Son intérêt se portant ailleurs, dans une chambre d'enfant où Halliday adulte et celui enfant se retrouvent. L'un ayant nourri l'autre sans finalement jamais le quitter. Halliday est le personnage qui se rapproche le plus de Spielberg. Un conteur, passeur d'histoires qui voit en son héritage plus une transmission de l'émotion qu'une déification désincarnée d'une certaine idée des années 80 jouant sur une fibre nostalgique tendance.

Alors on attend la suite. Parce que l'auteur travaille sur le Tome 2, qui sera la continuité du livre (et pas du film, qui diffère sur beaucoup de points). Mais du coup il y aura un autre film. Voire même une trilogie.



Ready Player One
Un film de Steven Spielberg avec Tye Sheridan, Olivia Cooke, Ben Mendelsohn, T. J. Miller, Simon Pegg, Mark Rylance...

rédaction Cinktank