"Revenge" et le genre ciné du "Rape and Revenge" revu et corrigé par une femme

Critiques
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10.02.2018
En gros ce style de film a l'avantage d'avoir une immense puissance cathartique. Puisqu'à partir du moment où tu vois la victime se faire démonter, tu excuseras absolument tout ce qu'elle fera en suivant pour se venger.

Si t'as aimé : I Spit On Your Grave, The Bad Batch et Mad Max : Fury Road

Le film "Grave" de Julia Ducournau a rouvert la voie du film de genre en France. Et a également permis de confirmer l'idée que, depuis quelques années dans notre pays, les films les plus intéressants et risqués sont l'oeuvre de femmes.


revenge

"Revenge" de Coralie Fargeat est dans la veine assez controversée moralement du "Rape and Revenge", un sous-genre cinématographique proche de l'horreur où une héroïne se fait donc violer, et décide ensuite de se venger. Sous-genre controversé, car souvent accusé de proposer au spectateur un moment de voyeurisme malsain pur (le viol) et un champs libre aux fantasmes gores (la vengeance). Ingmar Bergman posera sans le vouloir les bases du genre avec "La Source" en 1961 (Oscar du meilleur film étranger), où une jeune fermière se fait violer par des cons de bergers qui ont ensuite la bonne idée d'aller demander l'hospitalité chez les parents de la victime.


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CES RÉALISATRICES QUI SECOUENT L'ABRICOT DU CINÉMA FRANÇAIS

Dans le même style, il y a le brûlant "Irréversible" de Gaspar Noé qui, pour le coup, déconstruit la mécanique du genre puisque le récit débute par la fin. Et il y a les plus primaires et violents : la saga "I Spit On Your Grave". Et ici la vengeance se rapproche beaucoup plus des "Hostel" que du côté furtif de Philippe Noiret dans "Le Vieux Fusil". Mais on n'est pas ici pour t'en faire toute la liste, parce que sinon il faudrait bien sûr citer les deux "Kill Bill" de Tarantino. Donc tu iras te renseigner si tu veux. En gros ce style de film a l'avantage d'avoir une immense puissance cathartique. Puisqu'à partir du moment où tu vois la victime se faire démonter, tu excuseras absolument tout ce qu'elle fera en suivant pour se venger.

Le film risqué


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"Revenge" est ainsi un "Rape and Revenge" filmé avec la photographie d'un Michael Bay, très intelligemment, pour démonter beaucoup de fantasmes masculins. La fille très belle qu'on croit trop conne, l'objet de séduction cliché qui devient une machine à tuer, la grosse villa du weekend de chasse... Tout est là pour te faire penser que tu es dans une réalisation bien couillue destinée à un Grindhouse américain. Du coup, les rôles masculins sont absolument mal joués (ou alors très bien mal joués, ça dépend d'où on se place) et l'horreur de la vengeance en devient parfois comique tant Coralie Fargeat a l'air d'avoir passé tout son budget dans les maquillages des plaies (la séquence du bout de verre dans le pieds relève de la charcuterie de quartier) et les litres de faux sang.

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Et il reste quoi ? L"héroïne principale interprétée par Matilda Lutz, qui joue extrêmement bien son rôle de fausse victime forcée à devenir un prédateur dans un décor à la Mad Max.
Alors même si ÉVIDEMMENT, on sait que le film ne va pas remporter de César vu sa gueule (hélas), on ne peut que saluer le risque pris par Coralie Fargeat pour décider de raconter une histoire de femme à travers un style absolument masculin d'habitude. Et rien qu'en y repensant, c'est tout de même surprenant et rassurant qu'un objet pareil ait pu atterrir dans les salles de cinéma.



Revenge
Un film de Coralie Fargeat avec Matilda Lutz, Kevin Janssens, Vincent Colombe et Guillaume Bouchède

rédaction Cinktank