Si tu as des problèmes avec ta mère ne regarde pas la série "Mindhunter"

Critiques
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18.10.2017
On assiste à deux histoires qui ne cessent de s'entremêler. D'abord, aux débuts balbutiant du profilage criminel au sein du FBI, avec la création de la terminologie même de "tueurs en série". Ensuite, de l'influence que ces études, avec les rencontres des tueurs qui les accompagnent, peuvent avoir sur les agents Holden Ford et Bill Tench et leur entourage.

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"Mindhunter"est une série produite par David Fincher et Charlize Theron, sur un script de Joe Penhall, auteur anglais de pièces de théâtre et scénariste de "the Rood" avec Viggo Mortensen. La série s'inspire du roman "Mind Hunter: Inside The FBI's Elite Serial Crime Unit" de Mark Olshaker et John E. Douglas. Diffusée sur Netflix le 13 octobre 2017, elle connaîtra une seconde saison.

Très attendue, "Mindhunter" risque de laisser certains spectateurs circonspects. Froide et clinique dans son approche de la psyché des tueurs en séries, le show, en grande partie réalisé par David Fincher, se rapproche plus de son "Zodiac" que de "Seven".



Pas d'effets sanguinolents, mais une distillation de la peur et de la folie, qui s'insinuent tranquillement dans l'esprit du spectateur. Non pas pour justifier la monstruosité des meurtres, mais pour comprendre comment un être humain peut faire subir autant d'atrocité à un membre de sa propre espèce.


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La forme rejoint ici superbement le fond et impose un rythme lent, accentuant l'effet de fascination pour un objet sériel, fouillant avec une intelligence rare les esprits dérangés.

On assiste à deux histoires qui ne cessent de s'entremêler. D'abord, aux débuts balbutiants du profilage criminel au sein du FBI, avec la création de la terminologie de "tueurs en série". Ensuite, de l'influence que ces études, avec les rencontres des tueurs qui les accompagnent, peuvent avoir sur les agents Holden Ford et Bill Tench et leur entourage.

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Toujours avec cette même subtilité, se répandent dans l'esprit des deux principaux protagonistes, une fascination pour ses monstres, des dilemmes moraux, ou bien la gestion d'une reconnaissance publique inattendue et d'un trop-plein de confiance. Avec tout de même, une concentration plus forte sur le personnage de Holden Ford, incarné avec talent par Jonathan Groff. Sous couvert de gendre idéal, il laisse entrevoir une froideur et une forme de misanthropie. Belle performance pour un acteur découvert dans la série "Glee".


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Holt McCallany (Fight Club) qui joue l'autre agent, Bill Tench, représente une figure paternelle terre-à-terre, parfaite en contre poids de Ford. Lui aussi devra pourtant gérer, d'une autre manière, la place que prend les entretiens avec les tueurs en série dans sa vie.

On regrettera pourtant le traitement scénaristique des personnages féminins.Souvent simple faire-valoir et miroirs déformants des changements de comportement des personnages masculins. Même si celui du Dr. Wendy Carr, sobrement interprété par Anna Torv (Fringe), esquisse presque une histoire autonome un peu vite laissée de côté.


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On serait presque tenté de se dire que ce traitement est volontaire. Pour mieux appuyé la place centrale des femmes, mais invisibles, principales victimes des tueurs. Le show se penche sur le fait qu'il n'y est exclusivement que des hommes qualifiés de tueurs en série, avançant notamment comme explication, le rapport conflictuel qu'ils entretenaient avec leurs mères.

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Une idée avancée, mais pas martelée comme vérité absolue. C'est là une des autres qualités de la série. On avance à tâtons en même temps que les agents du FBI. Chaque nouvelle découverte est presque systématiquement remise en question. Le mystère de la psyché de ces monstres ne sera jamais connu, mais des schémas apparaissent, des points communs se retrouvent. On avance dans le noir, et même si l'on reste toujours dans l'obscurité un chemin se dessine. Mais plus que d'avancer dans une direction précise, c'est bien à une descente en enfer à laquelle nous assistons.


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"Mindhunter" n'en oublie pas pour autant de se situer dans un contexte historique et réaliste (la bande-son est d'ailleurs excellente). Nous sommes dans les années 70, La guerre du Viêt Nam vient de se terminer, le Watergate agite toujours les esprits, le Summer of Love de l'été 1967 est maintenant un lointain souvenir. Les États-Unis vivent une période d'inquiétudes, dans laquelle leurs principes fondamentaux sont mis à mal. Une séquence historique, où les tueurs en série seraient les symptômes visibles de la crainte et de la méfiance ambiante.

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Composée de dix épisodes à mi-chemin entre le documentaire et le fantasmagorique, sans se départir d’un humour cynique "Mindhunter", plus qu'une plongée dans l'esprit d'un tueur, est aussi un magnifique portrait d'une société en plein doute.


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Rédaction Cinktank