"Sleepless", le polar qui ne réveille pas le genre

Critiques
Audio picto à l'écoute
09.08.2017
On ne va pas se mentir, «Sleepless» ne révolutionne pas le genre. Cette version US, signée par le cinéaste suisse Baran bo Odar, se contente de réciter les clichés du polar.

Pour commencer, il faut savoir que le présent film est le remake de «Nuit blanche» de Frédéric Jardin, petit polar français datant de 2011 avec Tomer Sisley dans le rôle principal (il s'agit d'ailleurs du 2ème remake de ce film après une version indienne de 2015). Et autant te le dire derechef cher lecteur, on ne va pas jouer au jeu des 7 différences car ça n'a pas grand intérêt. Saches juste que la boîte sordide de banlieue qui servait de cadre au film français a laissé place à un casino clinquant de Las Vegas.


sleepless

Et sinon, ça donne quoi, en simple film de genre ?

On ne va pas se mentir, «Sleepless» ne révolutionne pas le genre. Cette version US, signée par le cinéaste suisse Baran bo Odar, se contente de réciter les clichés du polar, le tout étalé sur une période d'à peine une journée, mais sans jamais chercher à en casser les codes ou bien à y apporter une once de réflexion qui lui permettrai d'être un peu plus qu'un énième polar générique.

On a donc droit à une collection de poncifs, sans imagination ni dans ses rebondissements ou bien dans la description de ses personnages. Le méchant est un psycho bien taré, le gérant du casino est un gros pourri, le héros cherche juste à rassembler sa famille, la fliquette est naïve et j'en passe. Niveau mise en scène, la photo est moche (mis à part quelques séquences), les acteurs oscillent entre médiocres et assez motivés, le découpage est nerveux, efficace dans les scènes de fight (face à quelques beaux morceaux de barbaque bien impressionnants), incroyablement mou dans les scènes de fusillade et la musique accompagne le tout sans aucune saveur. Bref, c'est un pur produit d'exploitation qui n'apporte rien de bien neuf au genre.



Dans le détail, on pourra dire que Jamie Foxx est bien peu motivé, voire parfois mou, ce qui contraste avec Michelle Monaghan, à l'aise et particulièrement intense. David Harbour (le shérif torturé de «Stranger Things» et futur Hellboy devant la caméra de Neil Marshall) s'impose sans forcer dans un rôle sans épaisseur grâce à son charisme et une belle puissance de jeu. Dans la peau du taré de service, Scoot McNairy (la série méconnue «Halt & catch fire») s'avère plutôt bon et l'ancien beau gosse Dermot Mulroney se fait plaisir en gérant de casino. Et puis il y a l'innénarable T.I, rappeur célèbre (??) qui ne peut pas dire son texte sans déformer son visage (autant vous dire qu'il mauvais comme tout et jamais crédible dans son rôle).

A lire aussi: "LA PLANÈTE DES SINGES : SUPRÉMATIE" EST CERTAINEMENT LE SEUL VRAI BLOCKBUSTER DE L'ÉTÉ

Voilà tout ce que l'on peut dire de ce film, qui se conclut sur une ultime scène qui devait faire office de teasing pour une éventuelle suite (le grand mal hollywoodien actuel), et effectivement, ça promettait beaucoup sauf que l'échec du film a tué cette initiative dans l'oeuf (30 M$ de budget, à peine 20 M$ de recettes).


sleepless

Un petit mot sur la mise en scène également, preuve soit de l'incompétence de son réalisateur, soit du manque de confiance des producteurs en leur public, c'est qu'on a par exemple un smartphone qui s'allume pour un appel, le nom de la personne qui appelle s'affiche sur l'écran mais afin d'être bien clair, le personnage qui décroche aura le bon goût de le dire à son acolyte. Bon, on n'a qu'à dire que c'est lui qui ne sait pas lire...

A lire aussi: APRÈS "DUNKIRK", QUE VA POUVOIR FAIRE CHRISTOPHER NOLAN ?

Autre truc qui m'agace, un perso dépose une petite boîte près du gros méchant. Vu ce qui s'est passé quelques scènes avant, on sait ce qu'il y a dans la boîte. Et quand la boîte vient dans l'histoire, un personnage l'ouvre et fait une grimace. Autant vous dire que l'on sait désormais vraiment ce qu'il y a dans cette foutue boîte ! Et bien non, il faut que le gros méchant valide le tout à haute voix !!!!! Du coup, on ne peut que se demander à quoi ça sert de le suggérer visuellement si c'est pour le dire après !


sleepless

A lire aussi: MARVEL, DC, UNIVERSAL, PARAMOUNT, SONY...ET SI ON FAISAIT JUSTE UN FILM ?

Bref, c'est un autre mal qui ronge le cinéma en général, cette négation absolue du langage de l'image, pourtant base du support cinématographique et qui prouve bien que ce divertissement du samedi soir ne mérite qu'un coup d'oeil rapide, à réserver aux fans hardcore du genre.

SLEEPLESS

De Baran bo Odar

Avec Jamie Foxx, Michelle Monaghan, Dermot Mulroney

Date de sortie 9 août 2017

texte : Loïck Guérel