"Stalker" d'Andreï Tarkovski : Le chef d'oeuvre des chefs d'oeuvre

Critiques
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29.07.2017
Alors oui, c'est une appellation bien pompeuse et qui pourrait presque vous donner envie de détester ce film afin de vous démarquer d'une certaine frange de la critique cinéma qui tient ce film en très haute estime.

Oui, vous pourriez, sauf que le mot clé dans la phrase d'introduction, c'est « presque ».

Andreï Tarkovski était un cinéaste russe honni par le régime communiste, et ce, quel que soit le dirigeant du parti durant sa carrière (même si il les a presque tous enterré). « Stalker » compile à la fois toutes les difficultés qu'il éprouvait à monter un projet et symbolise la quintessence de son cinéma.

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Les galères de tournage du film sont devenues légendaires mais la plus marquante restera la perte de la quasi-intégrité de ses rushs à cause d'une erreur du laboratoire chargé du développement de la pellicule. Qu'importe, le cinéaste repartira tourné son film avec ce qu'il restait du budget, avec un nouveau directeur photo et dans des décors conçus par ses soins. Cette galère de tournage l'obligera à diviser son film en 2 parties visuelles distinctes (l'ouverture en sépia, une grosse partie du film qui suit en couleur, une fin mélangeant les 2 styles) et à revoir son découpage, désormais composé de 144 plans jouant sur la continuité de l'action.



Autant le dire tout net, le film n'est pas aimable et ne se laisse pas apprivoiser comme n'importe quel divertissement mainstream. Le symbolisme, la philosophie, la métaphore, la poésie visuelle, un refus des conventions classiques, tout cela fait que le film est assez compliqué à suivre, à aimer et à comprendre. Quoique la compréhension immédiate ne soit pas le but du film.

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En effet, à l'instar de Kubrick et son « 2001, l'Odyssée de l'espace », le but est plutôt d'interpeller le spectateur, de balancer les questions métaphysiques et de laisser chacun y trouver sa propre explication. L'Homme remis au centre des enjeux. C'est bien normal pour un film ouvertement humaniste.


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MARVEL, DC, UNIVERSAL, PARAMOUNT, SONY...ET SI ON FAISAIT JUSTE UN FILM ?

Formellement, on est sans doute devant un film d'une rare beauté, filmé dans des décors comme on en avait alors jamais vu au cinéma, dans une espèce de no man's land rappelant vaguement une zone industrielle qui aurait mal tournée. La Nature a repris ses droits, l'Homme cherche des réponses et des solutions à ses problèmes quand bien même il les possède déjà, sans le savoir. Le rythme est lent, chaque action est exposée avec une lenteur qui pourrait décourager certains curieux mais pour ceux qui voudraient bien accepter le prix du voyage, la récompense pourrait être belle.


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Tarkovski y a mis toutes ses tripes, y laissant sa santé (c'est sur le tournage du film, à Tallinn en Estonie, au milieu de ce ramassis de relents toxiques, qu'il finira par développer le cancer qui mettra un terme trop prématuré à une carrière certes étalée sur trois décennies mais ne comptant que 8 longs métrages). Reste donc, pour l'éternité, un chef d'oeuvre qui n'aura jamais finit de questionner les voyageurs qui auront accepté cette main tendue du Stalker, qui les emmène dans cette Zone d'où on ne revient pas indemne.


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À noter que la restauration assurée par Mosfilm à l'occasion de son édition en Blu-Ray dans la collection Criterion (et reprise par Potemkine pour la ressortie en salles) est d'une grande qualité, assurant la pérennité de cette œuvre.

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texte : Loïck Guérel
rédaction Cinktank