«The Captain - L'usurpateur» : au plus profond des ténèbres

Critiques
Audio picto à l'écoute
08.04.2018
Sans doute lassé d'être un pion servile au service de films médiocres voire tout juste sympathiques, il retourne en Allemagne et signe son 1er scénario depuis «Taboo» et livre un film de guerre plutôt surprenant.

The Captain - l'usurpateur

Drôle de parcours que celui de Robert Schwentke. Cinéaste Allemand, il débarque à Hollywood après son thriller «Taboo» en 2002 pour y signer le thriller aérien «Flight Plan» avec Jodie Foster. Le solide succès du film lui ouvre donc les portes des studios, il y signera «Hors du temps»et «Red» avant de se retrouver aux manettes de «R.I.P.D», qui prendra la poussière sur les étagères de la Unviersal durant plusieurs mois avant d'être sorti en catimini en août 2013, et de se ramasser au box-office. Il viendra ensuite faire le pompier sur la saga «Divergente», prenant la suite de Neil LaBute et enquillant les volets 2 et 3 en à peine deux ans avant d'être arrêté pour surmenage.Sans doute lassé d'être un pion servile au service de films médiocres voire tout juste sympathiques, il retourne en Allemagne et signe son 1er scénario depuis «Taboo» et livre un film de guerre plutôt surprenant.



Tourné dans un Noir et Blanc numérique (c'est à dire converti en post-production lors de l'étalonnage) qui fait la part belle aux grands aplats noirs, avec un contraste particulièrement marqué, mais aussi un format en 2:35 qui lui permet d'exploiter au mieux les paysages désolés et rugueux de son pays, Schwentke signe une également une mise en scène assez virtuose, passant d'un genre à l'autre avec facilité tout en restant cohérent.

En effet, le film lorgne tout autant du côté du fantastique, avec des hommages obligatoires au cinéma de Lang et à l'expressionnisme allemand, par exemple dans la scène de l'auberge et celle qui suit dans la rue, mais on retrouve aussi des emprunts au cinéma d'horreur et bien sûr au film de guerre.


The Captain - l'usurpateur

Il dépeint un contexte qui a été peu exploité au cinéma, c'est à dire la débâcle de l'armée allemande, du point de vue des soldats et au cœur de leur propre pays. C'est ainsi que l'on découvre les pillages commis par les déserteurs, le désarroi de la population mais aussi les camps remplis de ces mêmes déserteurs. Quant au film, il nous propose de suivre le parcours, authentique, de ce simple soldat, dont on ne saura rien de son passé, qui trouve un uniforme d'officier et qui va se transformer en bourreau inhumain de la pire espèce.

À lire aussi : "RED SPARROW" : LE MEILLEUR GADGET DE JAMES BOND, C'EST SA BITE

Sans chercher à l'excuser, Schwentke nous donne quelques détails psychologiques qui l'ont peu à peu poussé aux confins de la folie barbare, le héros s'enfermant dans des mensonges plus gros, tandis qu'il devient obsédé par le souci de restaurer la grandeur de l'Armée. Après s'être constitué une petite troupe, il arrive donc dans ce camp de prisonniers, qu'il va transformer en charnier.


The Captain - l'usurpateur

Si le film n'exploite pas à fond toutes ses sous-intrigues (que devient le chef du camp ? Le personnage du capitaine Junker qui disparaît trop vite), il demeure parfois fascinant, terrifiant bien sûr aussi, étirant parfois certains moments aux limites de l'insoutenable, ne jouant jamais la carte du voyeurisme quand il dépeint la barbarie, tout en offrant quelques plans ou quelques bruitages assez traumatisants.

À lire aussi : "GASTON LAGAFFE" EST SORTI AU CINÉMA POUR SURTOUT POUVOIR RESSORTIR EN LIBRAIRIE ET FAIRE GAGNER PLEIN D'ARGENT À L'ÉDITEUR.

En voyant le film, j'avais parfois l'impression d'assister à la genèse de la petite troupe du Colonel Kurtz dans «Apocalypse Now», ce ramassis de soldats perdus dans les horreurs de la guerre, qui s'enfonce dans une certaine décadence, porté par un idéal qui leur sert d'excuse pour commettre le pire.


The Captain - l'usurpateur

Le film fait parfois froid dans le dos, se révèle implacable, sans jamais juger explicitement ses personnages, mais plutôt en nous jetant en pâture leur comportement, qui file presque la gerbe. Il dépeint des hommes qui ont oublié leur humanité, des hommes sans repères moraux si ce n'est celui de maintenir l'ordre, à tout prix. Le film est peut-être mal rythmé dans sa dernière partie, mais il demeure fascinant, tandis qu'il nous offre quelques visions de cauchemars proprement tétanisantes.

Ce n'est clairement pas à mettre devant tous les yeux mais il a le mérite de remettre dans la lumière le talent de Schwentke, qui devrait poursuivre dans cette voie.


The Captain - l'usurpateur

texte : Loïck Guérel

rédaction Cinktank