"The Cloverfield Paradox" perdu dans l'espace, mais pas pour Netflix

Critiques
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06.02.2018
Prévu pour une sortie en salle sous le nom de "The God Particle", le film a finalement été renommé et les droits de diffusions rachetés par Netflix. Quand on voit le film, on comprend la stratégie du géant du streaming légal. Misé un gros billet sur un spot publicitaire pendant le Super Bowl et diffusé dans la foulée le film sur sa plateforme partout dans le monde.

The Cloverfield Paradox

(Attention spoiler que si tu as vu la bande-annonce tu seras pas trop déstabilisé)

Tous les mystères doivent-ils être résolus ? Ou bien leurs méconnaissances participent-ils à l'intérêt qu'ils peuvent susciter ? Le premier opus de "Cloververse", sorti en 2008, devait son succès à son procédé de mise en scène found footage et à la qualité de son réalisateur Matt Reeves. Mais pas que. Toute la campagne virale qui a entouré sa sortie, les théories quant aux origines du monstre, ont crée une véritable émulsion, participant au succès du film et à la création d'une fan base solide et soucieuse de percer le mystère.

Alors que le second opus "10 Cloverfield Lane", abordait la menace pesant sur notre monde à hauteur d'humain, dans un huit clos anxiogène proche des films américains du temps de la Guerre froide. "The Cloverfield Paradox" fait le choix du survival SF façon "Alien" et "Interstellar". Et là, ça fait mal. Basé sur un scénario qui semble avoir été écrit en total autonomie vis-à-vis du "Cloververse". Le film emballe les scènes plus téléphonées les unes que les autres provoquant l'ennui là ou il y aurait du avoir suspense et frayeur dans une histoire où des scientifiques, dans un monde au bord de la guerre, provoquent une catastrophe en voulant maîtriser une source d'énergie inépuisable. Les personnages, archétypaux au possible, possèdent une fonction bien définie et l'on voit venir à dix mille qui mourra en premier, qui trahira qui, etc. La réalisation de Julius Onah, après 20 min prometteuses, plie sous le poids de ses références et le sentiment de déjà vu s'intensifie à mesure que le récit avance. Les évènements se succèdent, non pas dans une logique narrative, mais bien pour passer à la scène suivante. Rien n'est justifié, tout n'est qu'artificialité et prétexte pour péniblement faire avancer l'histoire. Le casting, pourtant composé de comédiens solides (Elizabeth Debicki, Chris O'Dowd, Daniel Brühl et Gugu Mbatha-Raw), semble aussi perdu que nous.


The Cloverfield Paradox

Alors où réside l'intérêt de "The Cloverfield Paradox" ? Et bien dans sa capacité à répondre aux questions quant à l'origine des monstres envahissant la terre. Ou plutôt les terres, puisque "The Cloverfield Paradox" confirme l'hypothèse des multiverses et par la même occasion se dote d'un argument plus ou moins tangible pour justifier les incohérences entre les trois films. Oui, les monstres ont bien profité d'une faille spatio-temporelle pour débarquer sur notre planète. Mais pas sur la même, pas en même temps et le passé, présent et futur se confondent. L'idée de base n'est pas mauvaise, mais le traitement ne l'utilise que pour lier un univers sans réellement l'exploiter. Le "Cloververse" se confronte aux mêmes difficultés que Marvel ou DC. Réussir à créer des films autonomes en éliminant cette désagréable sensation de visionner la bande-annonce du film suivant tout en conservant une cohérence générale.Ce qui est certain, c'est que balancer ici et là des easter eggs et des références aux deux précédents films (boissons Slusho, l'entreprise Tagruato, ...) ne fait que renforcer l'effet "bricolage" de "The God Particle". Des caches misères pour un film moyen.


The Cloverfield Paradox

Et il semblerait que les producteurs ne s'y soient pas trompés. C'est peut-être même ce qu'il y a de plus intéressant avec "The Cloverfield Paradox". Prévu pour une sortie en salle sous le nom de "The God Particle", le film à finalement été renommé et les droits de diffusions rachetés par Netflix. Quand on voit le film, on comprend la stratégie du géant du streaming légal. Misé un gros billet sur un spot publicitaire pendant le Super Bowl et diffusé dans la foulée le film sur sa plateforme partout dans le monde. Tu me vois, tu me vois pas. Pied bouche à la critique qui n'a pas le temps de répondre et on mise sur un visionnage massif dans les 24h. La jurisprudence "Bright" à été entendu et Netflix a très bien compris que le timing et l'emballage est aussi important que le contenu de la boite. Une stratégie de communication globale brouillant encore un peu plus la frontière entre Art et produit de consommation de masse. Des voix s'élèvent pour tirer la sonnette d'alarme et d'autres pour appeler à embrasser un nouveau modèle. Il est encore trop tôt pour évaluer les conséquences de l'émergence des plateformes de diffusion comme Netflix ou Amazon prime. Mais ce qui est certain, c'est que pour faire passer un bourricot pour un étalon, ils sont très fort.




The Cloverfield Paradox

THE CLOVERFIELD PARADOX

De Julius Onah

Avec Elizabeth Debicki, Gugu Mbatha-Raw, David Oyelowo

Date de sortie 4 février 2018 sur Netflix

Rédaction Cinktank